‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 443 sur 510 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

par notre permission, auraient écrit à feu notre saint Père le pape, lequel par son bref du 29 septembre dernier, ci attaché sous le contre scel de notre chancellerie, aurait satisfait à toutes les difficultés mues, et y aurait pris une telle résolution qu'il ne reste que de rendre l'obéissance due à ce qu'il lui a plu en ordonner ; et n'y ayan t en icelui rien de contraire aux libertés de l'Église gallicane et aux droits de notre couronne, Nous voulons et entendons qu'il soit reçu partout; qu'il soit publié et exécuté en toute l'étendue de notre royaume, pays et terres de notre obéissance, et que les livres, lettres et écrits qui ont élé composés pour la défense des opinions condamnées demeurent supprimés, nonobstant les permissions et privilèges que les auteurs pourraient en avoir obtenus. Car tel est notre plaisir. En témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces présentes.

« Donné à Paris le 17™^ jour de mai 1655, et de notre règne le douzième.

Signé : Louis ». Et sur le repli : Par le roi, de Loménie *; scellé du grand sceau de cire jaune.

La lettre circulaire que ces évêques assemblés au Louvre avaient arrêté d'écrire à leurs confrères ne parut que longtemps après, et ils prirent un assez grand terme pour l'adoucir, quoiqu'elle soit datée du 10°*" jour de mai. Elle contenait ce qui suit :

« Monsieur,

« Nous avons reçu depuis peu de temps un bref de notre saint Père le pape Innocent X, d'heureuse mémoire, qui sert de réponse à la lettre que nous lui avons écrite sur le sujet des cinq propositions tirées du livre de Jansénius, et qui donne la dernière perfection à tout ce qui s*est fait depuis que cette mauvaise doctrine a paru. Elle avait donné lieu à plusieurs évêques de France de consulter Sa Sainteté pour apprendre d'elle ce que l'on devait croire, dans le seul dessein d'établir la vérité pour être enseignée aux peuples qui sont soumis à leur conduite, et pour apaiser les troubles qui commençaient à naître par la contrariété des sentiments dans une matière dont la décision devait donner la paix à

1. Henri-Auguste de Loménie, comte deBrienne (1594-1666), ministre d'État chargé des affaires étrangères.

l'Église et le repos aux consciences. La lettre qui lui fut écrite en date du dernier mai 1653 porta Sa Sainteté d'envoyer sa constitution, par laquelle elle condamne les cinq propositions susdites; les qualifie chacune en particulier, et exhorte les évéques d'employer tous leurs soins pour la faire observer dans leurs diocèses.

« Cette constitution fut présentée au roi par M. l'archevêque d'Athènes, nonce de Sa Sainteté, et depuis donnée aux agents généraux du clergé avec une déclaration de Sa Majesté du 4""'' juillet en suivant, adressée aux cardinaux, archevêques et évêques de son royaume. Ceux qui se trouvèrent alors en cette ville s'assemblèrent, et après avoir reçu avec respect la dite constitution, tous d'un même esprit prononcèrent avec Sa Sainteté la condamnation des cinq propositions, lesquelles y étaient censurées. Pour vous eh informer, il fut fait une lettre circulaire, du 15 de juillet de la même année, avec laquelle la dite constitution fut envoyée à tous les diocèses, et en même temps il en fut écrit une autre à Sa Sainteté, pleine de reconnaissance et d'actions de grâces. Depuis, s'étant mues de grandes difficultés sur ce que quelques personnes prétendaient que la dite constitution n'avait décidé que des controverses imaginaires et supposées, et que les cinq propositions n'étaient point de Jansénius ni condamnées au sens de Jansénius, pour arrêter le cours de ce mal et empêcher que ce venin se répandît davantage, les cardinaux, archevêques et évéques, assemblés de nouveau, jugèrent à propos de commettre le soin de cette affaire à MM. les archevêques de Tours, d'Embrun, de Rouen, de Toulouse, et les évêques d'Autun, de Montauban, de Rennes et de Chartres, lesquels après la lecture de la constitution et un sérieux examen du livre de Jansénius en ce qui regarde les cinq propositions, reconnurent qu'elles étaient de Jansénius, et qu'elles avaient été condamnées au propre sens de cet auteur, et selon les termes auxquels elles sont conçues dans son livre. Sur leur rapport, les dits prélats derechef assemblés, après avoir eux-mêmes examiné la chose et reconnu clairement cette vérité, le déclarèrent par jugement exprès, et prononcèrent que ceux qui soutiennent ou qui approuvent les cinq propositions sont de ceux qu'Innocent X appelle dans sa constitution contredisants et rebelles, et qu'il ordonne être

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