LIVRE XIII
on ne leur imposait par la majesté de Tautorité apostolique la nécessité de Tembrasser; que si autrefois elle avait obligé les princes de faire la paix ou la trêve, pour contribuer par leur secours au recouvrement de la Terre sainte, il n'y avait rien qu'il ne fallût faire dans la conjoncture présente pour la conservation de la foi, qui était comme renversée et foulée aux pieds par ces diversions et ces contestations civiles de tout le christianisme. Qu'il ne tiendrait pas au roi très chrétien, assisté des conseils de ce cardinal si sage et si prudent qui gouvernait si heureusement en la place de Sa Majesté les affaires avec une fidélité inébranlable, que l'on ne vît le rétablissement de cette paix, dont nos ancêtres avaient joui et qui nous mettrait en état de pourvoir à la foi et à la piété, d'augmenter la dignité de l'Église et du Saint-Siège de Rome, et de faire passer avec éclat dans tous les siècles futurs la gloire de Sa Sainteté pour avoir eu l'avantage de procurer la tranquillité publique ; que le seul désir que l'Espagne avait d'étendre les bornes de sa domination pourrait retarder l'exécution d'un si grand bonheur; qu'en effet, encore qu'elle finît la diminution des frontières de son royaume par la vicissitude des guerres, et par le courage et la puissance de notre grand roi son adversaire, néanmoins, de peur qu'en acceptant les conditions si avantageuses de la paix qui lui avaient été offertes si souvent elle ne parût perdre quelque chose de sa réputation et se voir ainsi déchue de son ancienne espérance, elle aimait mieux s'exposer encore aux événements douteux de la guerre avec la ruine du christianisme, que de souffrir la tranquillité et le repos qui lui étaient procurés par les soins des médiateurs. Que la gloire d'une si grande action était due au courage invincible de Sa Sainteté, laquelle, en alliant la prudence à la fermeté et à la constance, conserverait par le rétablissement de la paix la foi chrétienne, qui était déjà branlante et chancelante sur la terre, en ôtant aux hérétiques et aux infidèles l'espérance qu'ils ont conçue, et qui n'est fondée que sur nos divisions, de ruiner la religion catholique. Qu'étant obligé envers Sa Sainteté par plusieurs considérations, il lui souhaitait cette louange, ne lui pouvant mieux témoigner sa reconnaissance pour tant de bienfaits qu'en lui souhaitant un si grand bien, demandant à Dieu avec vénération qu'il lui plût de lui ac-
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corder cette faveur, et le suppliant de tout son cœur'de procurer la félicité de toute l'Église, en donnant une longue vie à Sa Sainteté, dont il faisait profession de vouloir être à jamais, avec une humilité profonde, le très obligé et très dévot serviteur, Marca, archevêque de Toulouse.
M. de Marca voulut flatter plus d'une personne par cette lettre. Ayant de vastes desseins dans la cour de Rome et dans celle de France, il tâchait d'y augmenter son crédit et sa réputation, et il se mettait fort peu en peine de l'innocence des disciples de saint Augustin, qui ne lui était que trop connue, pourvu que cette conjoncture si favorable lui facilitât les moyens d'établir sa grandeur sur leur ruine.