‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 445 sur 510 · LIVRE XIIÎ · texte numérisé non relu

LIVRE XIIÎ

était alors à Toulouse. Mais comme il avait quelque intérêt de se distinguer du commun des autres évéques pour se signaler à Home, d'où il était venu autrefois des censures contre lui, et pour prévenir le pape contre les disciples de saint Augustin dont la persécution lui acquérait un grandmérite à la cour, il s'avisa d'écrire au nouveau pape une lettre de conjouissance sur son exaltation, qui fut une nouvelle sollicitation contre les défenseurs de la grâce de J.-C.

Il lui mandait que s'étant occupé à Toulouse, parmi les autres fonctions de sa charge épiscopale, à faire des prières à Dieu pour lui demander un digne pasteur de l'Église, il y avait reçu une très agréable nouvelle, savoir que par une grâce particulière d'un sort tout divin, on avait élevé au pontificat M. le cardinal Chigi à la faveur de ses mérites et avec le suffrage de tout le sacré collège, comme à celui qui était le plus capable de le remplir. Qu'en effet, quoique la majesté du siège apostolique fût si auguste, et que Dieu l'eût tellement élevée au-dessus de tout ce qu'il y a de mortel que rien d'humain ne lui peut être comparable, néanmoins Dieu ayant voulu depuis son institution que les hommes en eussent le gouvernement sous la conduite du Saint-Esprit, il était de l'intérêt de la république chrétienne qu'il se trouvât quelqu'un capable de le remplir, et tout le corps des fidèles a dû se promettre avec une confiance tout entière que la miséricorde divine lui ferait un si grand bien; que Dieu qui a si souvent exaucé en de semblables rencontres la piété de ses peuples venait de combler pleinement les vœux de tous les chrétiens par l'élection de Sa Sainteté, en leur donnant pour l'heureux gouvernement des clefs de l'Église un homme capable de faire rougir les criminels par son extrême piété, de dissiper l'obscurité de toutes sortes de ténèbres, et de ramener les aveugles dans le bon chemin par la lumière de sa rare érudition, et de ruiner par l'admirable pénétration de son esprit les vaines subtilités des hommes artificieux, et d'apaiser enfin par l'adresse de la prudence civile les tempêtes dont le vaisseau de l'Église était alors si malheureusement agité par les ennemis du dehors et par ses propres citoyens. Que Sa Sainteté avait déjà montré à tout le monde, dès sa première promotion à la pourpre du cardinalat, ce qu'on en pouvait attendre dans

l'un et dans l'autre genre, puisque d'une part elle avait acquis cette dignité en procurant par ses conseils et par son zèle la constitution qu'Innocent X, son prédécesseur de très heureuse mémoire, avait publiée contre quelques erreurs de Jansénius; et que de Tautre elle avait fait paraître la même chose à tout le monde, en contribuant par ses soins à apaiser les mouvements d'Allemagne. Qu'ayant fait des choses si rares et si avantageuses à toute la chrétienté en qualité de ministre et de vicaire du Saint-Siège apostolique, il en ferait à l'avenir d'incomparablement plus grandes quand il agirait sous ses propres auspices, pourvu que l'occasion d'obliger le genre humain ne lui manquât point. Que notre siècle était assez malheureux pour lui en fournir une très grande, non seulement afin de terminer les disputes touchant la foi dont toute l'Europe était agitée depuis si longtemps, quoique la longueur de la maladie semblât être au-dessus des remèdes; mais aussi pour éteindre ces guerres si furieuses et si cruelles qui s'étant augmentées depuis tant d'années menaçaient le nom de chrétien d'une ruine générale. Que d'un côté les hérétiques de l'Europe, qui avaient conspiré la perte de l'Église romaine, faisaient durer par leurs artifices et par leurs secours la guerre que les catholiques se faisaient les uns aux autres. Que d'une autre part les peuples qui faisaient profession de la religion des Grecs tâchaient de ruiner le nom romain dans la Sarmatie^par l'alliance qu'ils avaient faite les uns avec les autres. Qu'enfin la barbarie des Turcs ayant détruit l'île de Candie après avoir ruiné les forces des princes chrétiens par la guerre qu'ils faisaient entre eux, se disposait au triomphe qu'il lui serait aisé de remporter sur tout le reste de l'Occident. Qu'il n'y a point d'autres remèdes à tous ces dangers, ou pour mieux dire à tous ces maux, que la piété et la constance du cœur généreux de Sa Sainteté, qui peut les faire cesser en obligeant tous les princes chrétiens de faire la paix que toutes les personnes de piété souhaitaient avec tant d'ardeur. Qu'en efïet il y avait quelques-uns de ces princes si opposés et si déraisonnables sur ce sujet qu'il ne leur suffirait pas de tâcher de leur persuader le bien public, si en même temps

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