LIVRE IX
qu'elle ne devait point d'actions de grâces à son ennemi et à un calomniateur public.
M. Marcan, à qui cette consultation avait fait le plus d'horreur par l'aversion qu'il avait contre la méchante morale, avertit charitablement M. Grandin de se modérer par la considération de l'intérêt qu'il avait dans cette affaire où il y allait de son honneur plus que d'aucun qui fût dans la compagnie; il lui remontra qu'il ne fallait être ni janséniste ni hérétique pour trouver à redire à une si honteuse délibération; qu'il ne fallait qu'avoir tant soit peu de bon sens pour la détester; qu'il devait garder le silence et reconnaître sa faute pour la corriger au lieu de la rendre encore plus publique par ses cris et ses emportements. Enfin, voyant que sa modération ne servait qu'à lui faire commettre de plus grands excès, il lui soutint qu'il était de la bienséance et de l'honnêteté tout ensemble de remercier M. le recteur du service qu'il venait de rendre à l'Église et à l'Université en découvrant d'une manière si douce et si charitable un mal si pernicieux, et qu'il était du devoir de la Faculté de théologie de punir rigoureusement ceux qui avaient commis cette faute, tels qu'ils pussent être. Mais M. Grandin s'opiniâtrant toujours dans ce refus et ne voulant pas entrer dans cette délibération ni faire aucun remerciement au recteur selon la coutume, les plus sages lui firent leurs compliments et lui témoignèrent combien la Faculté de théologie lui était obligée de l'avoir traitée avec tant de déférence et de bonté.