LIVRE IX
temps qu'il avait donné l'exclusion pour l' évêché de Grasse à M. l'abbé Le Roy, qui lui était présenté par M. l'évèque de Vence. Il avait refusé de consentir à la démission que le trésorier de Saint-Jacques de l'Hôpital faisait en faveur de M. Taignier, docteur en théologie de la Faculté de Paris, homme très sage et d'un grand mérite. Il avait aussi contribué à faire perdre le procès à M. Du Hamel contre son confrère M. Amyot, et à M. Cordon contre les Chartreux pour la charge de principal du collège de Montaigu, et tout cela par la seule aversion du prétendu jansénisme. Néanmoins il passait en cette rencontre par dessus toute considération, parce que d'un côté il ne voulait pas se commettre avec M. le duc d'Orléans, qui pressait avec beaucoup de chaleur l'exécution de cette affaire, et que de l'autre il voulait se prévaloir de ce moyen pour faire [sentir] aux disciples de Saint-Augustin qu'il les favorisait en tout ce qui dépendait de lui, et qu'il ne leur était pas si contraire qu'ils le prétendaient*. Ainsi, ne pouvant pas désobliger M. le duc d'Orléans, il fit ce qu'un sage politique a accoutumé de faire en cette rencontre, et sans la faire dépendre de l'inclination de la reine, il dit à Sa Majesté que le roi ne pouvait refuser M. Le Féron qui lui était présenté par M. le duc d'Orléans pour cette abbaye, et qu'il ne fallait pas qu'elle s'arrêtât en cette rencontre à la qualité de janséniste qui ne devait pas lui donner l'exclusion, les Jansénistes n'étant pas encore condamnés par le pape, et Sa Sainteté n'ayant pas encore envoyé sa bulle. La reine donna les mains à l'expédition de ce brevet, et M. Le Féron en fit ses compliments d'actions de grâces à M. le cardinal au commencement du mois de juin.
Mais pour faire valoir cette grâce à M. l'abbé de Bourzeis, quoiqu'il n'eût nullement considéré les jansénistes, il lui dit que la qualité de disciples de Saint-Augustin, au nombre desquels il croyait M. Le Féron, l'avait fait incliner de son côté; mais que, quoiqu'il les chérît tous, il voyait par leurs procédés qu'ils n'avaient point d'amour pour lui, qu'ils s'attachaient à ses plus grands ennemis et ne perdaient nulle occasion de le désobliger quand ils le pouvaient. Il se préparait par ces reproches à faire tout ce qu'il fit contre eux
i. Ms. : se le persuadaient.
depuis ce temps-là, et ayant déjà reçu des nouvelles assurées de la bulle, il formait un prétexte pour en appuyer l'exécution et pour la rendre un moyen propre à sa passion et à sa politique, dans le dessein qu'il avait conçu de les perdre.
M. le recteur de l'Université, ayant appris tout ce qui s'était passé dans cette célèbre consultation de M. du Coudray-Montpensier, crut qu'il était de son devoir d'en parler dans la harangue publique qu'il devait faire à l'assemblée générale aux Mathurins, le 21" jour de juin.
Il en parla donc, mais d'une manière si touchante, quoiqu'accompagnée de modération et de sagesse, qu'il persuada à toute l'Assemblée que cette consultation méritait d'être punie en des docteurs de Sorbonne de toutes les peines de la justice de l'Université et de la Faculté de théologie. 11 exhorta les docteurs de rentrer sérieusement en eux-mêmes pour considérer cette flétrissure qui était faite à leur commune mère. Il les conjura avec une éloquence digne de la majesté de cette Université si célèbre de ne pas souffrir parmi eux de semblables fautes sans les punir très sévèrement, et de s'exciter tous les uns les autres à conserver l'ancienne doctrine de l'Université de Paris, qui lui avait acquis tant d'honneur et tant de gloire, et qu'elle n'aurait jamais méritée si elle ne s'était attachée inviolablement aux sentiments de l'Église, des saints Pères et des conciles.
M. Grandin, qui avait été l'un des consulteurs de M. du Coudray, ne pouvant souffrir l'éclat des vérités que le recteur lui représentait, excita un si grand murmure du côté des docteurs en théologie qu'il troubla les délibérations de toutes les autres Facultés; ceux de son parti se mirent à invectiver contre les disciples de saint Augustin parce que ceux d'entre eux qui se trouvèrent à cette assemblée donnaient des éloges à cette action si célèbre du chef de l'Université. Ils leur attribuèrent tout ce bruit et tout ce scandale, et firent tous leurs efforts pour empêcher qu'ils ne délibérassent sur le remerciement qui se devait faire à M. le recteur pour cette action et pour la fonction de sa charge, disant que c'était un janséniste, que ceux de sa cabale l'avaient animé à faire cette invective pour se venger d'eux, qu'ils s'en plaindraient à la Faculté de théologie, et