LIVRE XIII
grands-vicaires dans son diocèse pendant que MM. Ladvocat et Chevalier seraient absents ; qu'ils avaient ordre de lui témoigner leurs soumissions et leurs respects envers le roi, et de l'assurer qu'ils ne feraient rien dans l'exercice de cette charge qui ne fût conforme aux règles de l'Église et à celles de son Etat, ni qui pût être désagréable à Sa Majesté. M. le chancelier leur dit qu'ils en usaient bien de vouloir ainsi demeurer dans les justes bornes de la modération; qu'il donnerait avis au roi de leur commission et de la lettre qui leur avait été adressée au chapitre ; et que cependant il les priait de surseoir à toutes fonctions jusqu'à ce qu'il eût reçu des nouvelles de Sa Majesté. Ils se défendirent le mieux qu'ils purent touchant ( ette suspension de l'exercice de leur charge; mais enfin ils s'engagèrent à l'observer.
Dès le lendemain 15, les ayant fait appeler, il leur demanda l'original de leur commission, leur déclarant que le roi le voulait voir. Mais ils lui remontrèrent que comme c'était une pièce qui les établissait dans le pouvoir de gouverner le diocèse de Paris, ils ne pouvaient pas s'en dessaisir sans se rendre criminels à l'égard de M. le cardinal de Retz, et ils lui promirent de lui en donner une grosse en bonne forme. M. le chancelier insista sur l'original et dit que le roi le voulait voir, qu'une grosse n'était pas suffisante, et ils le lui promirent.
Le mercredi 17, ils s'acquittèrent de leur parole, lui remettant en ses mains l'original de leur commission. M. le chancelier leur dit qu'il pouvait leur déclarer qu'il avait empêché qu'on les envoyât en cour rendre compte de l'intelligence qu'ils avaient avec M. le cardinal de Ketz ; que dans cette vue de les obliger il avait retenu des lettres de cachet qu'on leur envoyait pour ce sujet; qu'il s'étonnait comment ils avaient pu se résoudre à entrer dans cette intelligence avec ce cardinal après les défenses publiques et expresses que Sa Majesté avait faites à tous ses sujets d'avoir aucun commerce avec lui, et comment ils avaient eu la hardiesse [de recevoir une lettre] de sa part. Messieurs les archiprêtres lui représentèrent que la défense de Sa Majesté étant générale et n'ayant point spécifié les personnes en particulier, elle ne regardait point les archiprêtres, qui sont obligés de faire savoir aux peuples et aux curés du diocèse
de Paris les volontés de leur archevêque; que M. le cardinal de Retz n'avait point perdu cette qualité à leur égard, puisque Messieurs du chapitre l'avaient toujours reconnu pour tel dans tous les actes qu'ils avaient publiés; qu'après tout ils étaient venus lui apporter leurs lettres et lui donner avis de leur commission dès l'instant qu'ils l'avaient reçue. M. le chancelier leur répliqua que M. le nonce le devait venir trouver sur les quatre heures du soir , et qu'il ferait tous ses efforts pour faire que le tout se passât dans l'esprit de paix.
Peu de temps après qu'ils se furent retirés, M. le nonce étant venu chez M. le chancelier, ce chef de la justice lui fît de très grandes plaintes sur la lettre que M. le cardinal de Retz avait écrite au chapitre de Paris, la qualifiant de séditieuse, d'injurieuse au roi et à son conseil, d'extravagante et peu conforme au caractère d'évêque et à la dignité de cardinal. Il ajouta qu'il ne croyait pas que le pape autorisât une telle pièce, qui avait si peu de rapport avec sa sagesse, son zèle et son amour pour la paix; que le roi avait une telle opinion de la bonté et de la justice de Sa Sainteté qu'il espérait qu'aussitôt qu'elle aurait été informée de la conduite criminelle de M. le cardinal de Retz, il le réduirait lui-même dans l'ordre et le mettrait en état de rendre à Sa Majesté la soumission et le respect qu'il lui devait.
M. le nonce lui répondit que quoiqu'il n'eût point vu la lettre de M. le cardinal de Retz, il était néanmoins persuadé qu'il ne l'avait point envoyée sans la participation du pape, et qu'ainsi il était convaincu qu'elle ne contenait rien de tout ce que le chef de la justice de France lui attribuait; que pour ce qui était de M. le cardinal de Retz, il assurait que le pape n'omettrait rien pour le rétablir dans son autorité et dans l'exercice de sa j uridiction spirituelle, et qu'ainsi il conseillait au roi de prendre plutôt le parti de la douceur, en rappelant les grands-vicaires exilés, ou souffrant que les archiprêtres fissent leurs fonctions dans le diocèse de Paris sans aucun trouble. Que pour ce qui était des grands-vicaires du chapitre, il fallait qu'ils s'abstinssent de ce ministère, s'ils voulaient ne se rendre pas réfractaires aux ordres du pape et aux volontés de leur archevêque, et passer à l'avenir pour schismatiques dans l'Église; qu'il le