‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 450 sur 510 · LIVRE XllI · texte numérisé non relu

LIVRE XllI

défendait absolument^ et qu'il improuvait leur conduite dans l'administration du diocèse de Paris. Après cette déclaration, que M. l'offîcial leur fît le jour même, s'étant assemblés chez M. le doyen, la crainte qu'ils eurent que Ton ne donnât quelque atteinte à leur grand-vicariat s'ils ne déféraient à cet ordre leur fit prendre le parti de donner parole à M. le nonce qu'ils ne prendraient point connaissance du jubilé, dont lui seul serait le maître, et ils prièrent M. le pénitencier d'aller lui porter cette assurance de leur part.

Le jour même, M. le nonce écrivit au roi pour lui donner avis que le pape lui avait envoyé la bulle du jubilé dans le dessein de la faire publier dans son royaume, non par l'ordre des grands-vicaires du chapitre, mais par celui des grands-vicaires de M. le cardinal de Retz, Sa Sainteté faisant instance en leur faveur auprès de Sa Majesté de les rappeler de leur exil et de les rémettre dans les fonctions de leur charge. Cette affaire fut traitée en particulier et sans éclat, et ceux qui en étaient chargés tâchèrent d'y observer toutes les règles de la prudence, et de ne pas sortir des bornes du respect que Ton doit aux souverains.

Le dimanche 6 du même mois, le pénitencier alla donner avis à M. le nonce de l'arrêté de messieurs les grands-vicaires du chapitre, et l'assurer de leur part qu'ils déféreraient à ses ordres. Mais le lendemain, M. le Tellier étant arrivé à Paris avec M. l'abbé Fouquet, les choses changèrent de face. Car ce secrétaire d'État étant allé trouver M. le nonce pour conférer avec lui sur le contenu de sa lettre au roi, il lui remontra que Sa Majesté n'était point en pouvoir au commencement de la campagne de s'appliquer à une affaire de cette importance qui regardait le général de son État; que Sa Majesté priait Sa Sainteté d'avoir pour agréable que les choses demeurassent dans le même état où elles étaient au mois de septembre de l'année précédente, et que la publication du jubilé se fît par l'autorité des grands-vicaires du chapitre, en assurant qu'il s'appliquerait entièrement à cette affaire à son retour de la campagne, outre qu'il y avait encore d'autres difficultés à éclaircir sur les stations de l'église de Paris et l'Hotel-Dieu, qui rendaient impossibles la station du jubilé en la manière qu'on le proposait au roi.

676 MÉMOIRES DE GODb:FROl ÏÏEKMANT

M. le nonce ne prit pas d'autre parti sur cet embarras que de consulter le Saint-Siège tout de nouveau, et cependant M. l'abbé Fouquet ayant rapporté à messieurs les grands-vicaires la conférence qui s'était tenue chez M. le nonce sur cett,e affaire, ils s'assemblèrent tous chez M. le doyen de Notre-Dame, et après avoir examiné la bulle, ils prirent la résolution de la publier, comme si elle leur eût été adressée.

Le lundi 14 du même mois^ un gentilhomme de M. le cardinal de Retz apporta aux doyen et chanoines de Paris la lettre de cet archevêque qui a été rapportée ci-dessus. Le chambrier l'ayant mise sur le bureau, le greffier la prit de ses mains et l'ouvrit sans en rompre le cachet. La compagnie voyant qu'elle lui était adressée en demeura tout interdite; mais dans cet étonnement personne ne s'opposa à sa lecture qui se fît par le greffier, depuis le commencement jusqu'à la fin sans aucune interruption. M. le doyen ayant ensuite proposé d'en délibérer, les avis se trouvèrent fort partagés ; les uns dirent qu'elle n'avait point dû être lue, les autres que c'était rendre la compagnie criminelle; quelques-uns qu'il la fallait porter au roi et à M. le chancelier; les autres au contraire représentèrent que cette lettre leur étant envoyée par M. le cardinal de R(ptz qu'ils avaient toujours reconnu pour leur archevêque, ils n'auraient pu la rejeter sans commettre un attentat contre son autorité et exciter un scandale encore plus grand que celui qu'on leur attribuait, de l'avoir dépouillé de la puissance attachée à son caractère. Après que cette contestation fut finie, il fut conclu à la pluralité qu'elle serait apportée à M. le chancelier par MM. Rivière et de Ventadour.

Ces députés étant allés l'après-dîner porter le paquet à M. le chancelier, et n'ayant pu le lui présenter à lui-même à cause de son indisposition, ils le laissèrent entre les mains d'un de ses officiers. Dans le même temps, MM. Chassebras et de Hodencq^, archiprêtres, apportèrent au même M. le chancelier la commission qu'ils avaient reçue de M. le cardinal de Retz par les lettres qu'il leur avait adressées pour leur donner l'autorité de faire la fonction dé

1. Alexandre de Hodencq, docteur de Sorbonne, et curé archiprêtre de Saiat-Séverin jusqu'en 1662, mourut en 1665.}

Page 1