CHAPITRE XVIP
Les archiprêtres avaient toujours fait la fonction de grands vicaires de M. le cardinal de Retz depuis que sa lettre avait été lue au chapitre. Mais le mercredi 30 du mois de juin, le roi leur envoya des lettres de cachet qui leur donnaient ordre de se rendre incessamment au lieu où serait Sa Majesté. Ce commandement ne fut pas signifié à M. Chassebras, curé de la Madeleine parce qu'il n'était pas chez lui quand on y vint pour lui rendre cette lettre. Mais M. de Hodencq, curé de Saint-Séverin, ayant reçu cet ordre en personne, y déféra promptement et partit de Paris dès le soir même.
On crut qu'un changement si subit était un effet du conseil qui avait été tenu l'après-diner du même jour par MM. le chancelier, le garde des sceaux, les deux surintendants et M. Bignon, et que le dessein d'appeler les archiprêtres en cour n'avait été formé que sur ia résistance que les grands-vicaires du chapitre avaient faite de reprendre l'administration du diocèse tandis que les autres grandsvicaires de M. le cardinal de Retz seraient à Paris et y exerceraient leur commission. En effet M. Zongo Ondedei", depuis évêque de Fréjus, avait eu plusieurs conférences sur ce sujet avec M. le doyen de Notre-Dame et plusieurs de ses confrères du corps du chapitre, et M. de Contes lui avait toujours représenté que les grands-vicaires de M. le cardinal de Retz n'étant point empêchés de faire leurs fonctions,
1. Même observation que pour le chapitre xvr ; on pourrait iatituler ce chapitre : Suite de l'affaire des grands vicaires de M. le cardinal de Retz.
2. Joseph Zongo (ou Longo?) Ondedei, évêque de Fréjus en 1654, mourut en 1674.
eux ne pouvaient pas exécuter en cela les ordres de la cour et reprendre l'administration du diocèse. Néanmoins comme M. Chassebras, leplus vigoureux de ces deux archiprêtres, était encore à Paris et n'avait point suivi son confrère, plusieurs étaient persuadés que M. de Contes et les autres grands-vicaires agréables à la cour continueraient leurs fonctions sans faire de nouvelles délibérations dans le chapitre, et agiraient comme si les deux archiprétres étaient absents, parce que l'un était à la cour, et que l'autre, qui était encore à Paris, n'y paraissait point.
M. Thévenin, qui était absent lorsque la lettre de M. le cardinal de Retz fût lue hautement dans le chapitre, ne put s'empêcher à son retour de faire de grandes plaintes contre M. le doyen de Notre-Dame de ce qu'il avait souffert qu'une pièce de cette nature fût lue dans la compagnie; et déclara que s'il y eût été présent, il l'aurait bien empêché par quelque moyen que c'eût été. D'un autre côté, ce même doyen et la plupart de ceux du chapitre qui s'étaient déclarés contre M. le cardinal de Retz faisaient aussi de très grandes plaintes contre lui de ce que dans la commission qu'il avait envoyée aux archiprétres pour prendre l'administration de son diocèse, il avait traité fort injurieusement le chapitre. Mais toutes les personnes équitables connaissaient assez l'injustice de ces plaintes, et voyaient bien que ce n'était qu'un prétexte pour justifier leur lâcheté ou pour couvrir leur indifférence. Cependant M. le nonce était pénétré de douleur en voyant la manière indigne dont on traitait les grands-vicaires de cet archevêque, et ne pouvait digérer cette amertume.
Le jeudi 1" jour de juillet, un bachelier de licence ayant demandé à la Faculté la grâce de continuer ses actes quoi qu'il ne fût point dans les ordres sacrés, et ayant exposé dans sa supplique qu'après avoir consulté plusieurs docteurs de la même Faculté touchant la validité des ordinations faites sur l'autorité du chapitre, ils lui avaient conseillé de ne se pas présenter aux évêques qui les entreprenaient, on lui accorda sa demande, et il fut dispensé du statut, ce qui ne se fit pas néanmoins sans contestation ; car si d'un côté M. Rousse, curé de Saint-Roch, parla avec beaucoup de vigueur contre les grands-vicaires du chapitre et contre le chapitre même, de l'autre MM. Séguier et