LIVRE XITI
Gaudin firent beaucoup de bruit contre ce curé; mais ils ne purent pas empêcher que cette grâce ne fût accordée au bachelier, et tout ce qu'ils purent obtenir par ce tumulte et par le grand nombre de leurs partisans, fut que la conclusion n'exprimerait pas les motifs de cette dispense.
Comme la retraite de M. Chassebras dans Paris même n'était nullement agréable à la cour, le vendredi 2"'e de juillet au matin, M. le chancelier envoya un de ses officiers chez ce curé de la Madeleine pour lui donner avis qu'il eût à paraître hardiment en public, et à lever toutes les appréhensions qu'il voulait bien prendre sans en avoir un véritable fondement. Que la lettre de cachet qui lui avait été envoyée par M. Le Tellier l'avait été sans sa participation ; que l'ordre porté par cette lettre était changé, que l'on ne l'obligeait nullement de sortir de Paris, et qu'enfin il n'avait qu'à paraître à son ordinaire devant tout le monde. On n'eut de lui aucune réponse sur ce sujet parce qu'il ne se trouva point au logis.
Le samedi 3 du même mois, on reconnut que ces belles protestations de la part de M. le chancelier n'étaient qu'un piège, car le sieur de la Forest, lieutenant du Prévost de l'Isle, accompagné de quelques archers, alla chez ce même curé de la Madeleine, demanda à sa servante où était son maître, et sur le refus qu'elle fit de se charger de la lettre de cachet du roi dont il était porteur, il la menaça de la mettre en prison et lui donna quelques coups. Le premier marguillier de la paroisse ayant entendu le bruit que cet outrage avait excité accourut au logis de son curé, où il apprit que ce désordre ne venait que de ce que la servante ne voulait pas se charger de la lettre de cachet du roi. 11 voulut bien s'en charger lui-même pour en procurer l'effet, croyant que son pasteur se rendrait rebelle aux ordres de Sa Majesté s'il n'y déférait entièrement. Et parce qu'il savait que M. Chassebras avait un oncle de même nom, chanoine de Saint-Jacques-de-l'Hôpital, il fît tous ses efforts auprès de ce bon vieillard pour l'obliger de faire tenir cette lettre à son neveu. Mais n'ayant pu réussir dans sa prétention, il fut contraint de s'en revenir avec sa lettre.
Le lundi 5, M. le chancelier, qui poussait chaudement cette affaire, tant par son inclination personnelle que par l'exactitude avec laquelle il tâchait d'exécuter les ordres de
la cour dans une affaire que M. le cardinal Mazarin regardait comme la plus grande du royaume, envoya un huissier à la chaîne d'or au lieu où les curés de Paris étaient assemblés. Après qu'ils l'eurent introduit dans leur assemblée, il leur déclara que le roi voulait que les ordonnances qu'il avait faites contre M. le cardinal de Retz, fussent entièrement exécutées, et leur défendit de recevoir aucune lettre de ce cardinal et d'avoir aucune communication avec lui en quelque manière que ce pût être. M. de Saint-Roch lui ayant demandé en vertu de quoi il leur faisait cette défense, si c'était par arrêt du conseil, ou par quelque lettre signée de la main de l'un des secrétaires d'État, et qu'il le montrât si cela était, cet huissier lui répondit que c'était en vertu d'un ordre que M. le chancelier lui avait donné verbalement, et qu'il n'avait point d'autre acte que cet ordre exprès. M. de Saint-Roch ayant fait écrire sur le registre les termes de la défense qu'il leur avait faite de la part du roi et le voulant obliger à la signer, cet huissier s'en excusa.
Dans cette même assemblée, M. Chassebras fît présenter de sa part une lettre qui s'adressait à la compagnie, par laquelle il lui donnait avis de l'état où il était et du dessein qu'il avait d'exercer la fonction de grand-vicaire de M. le cardinal de Retz autant qu'il lui serait possible, en demeurant caché autant de temps qu'il y serait contraint, exhortant les curés de s'unir à lui dans un dessein si juste et si canonique, de contribuer de tout leur pouvoir à la conservation de l'autorité de leur archevêque, et de s'adresser à lui archiprêtre dans tous les besoins spirituels de leurs paroisses. Après la lecture de celte lettre, il fut arrêté que l'on ferait tout ce que l'on pourrait pour s'adresser à lui en qualité de grand-vicaire de M. le cardinal de Retz, en évitant néanmoins de faire aucun éclat, de peur d'irriter le roi.
Le mardi 6, on apprit par des lettres de M. de Hodencq, curé de Saint-Séverin, que jusqu'alors il n'avait pas encore eu d'audience de M. le cardinal Mazarin, et qu'ayant parlé à M. le comte de Brienne, ce secrétaire d'Etat lui avait représenté que le seul moyen qu'il avait pour obtenir son retour et son rétablissement dans sa paroisse était de promettre qu'il ne ferait nulle fonction de grand-vicaire; qu'il avait répondu sur cela que sa conscience l'empêchait de faire