LIVRE Xlll
ment les esprits des curés de leur détroit, et pour les rendre susceptibles d'une obéissance aveugle. On s'abstint même de prononcer aucun jugement sur la contestation qui s'était mue entre les curés de la ville épiscopale et les doyens ruraux pour la séance, de peur d'altérer les esprits de ceux qui perdraient leur cause.
Comme on savait que dans le diocèse de Meaux il y avait nombre de curés habiles et fort affectionnés à l'ancienne doctrine de l'Eglise et de saint Augustin, si souvent confirmée par les conciles et par les papes, et que parmi ces personnes il s'en trouverait d'assez désintéressées pour déclarer hautement les vérités dont ils étaient convaincus si on leur permettait de parler, et si cette affaire était traitée dans les formes par les suffrages, on s'avisa d'un expédient que l'on eut soin de tenir secret, parce qu'il était manifestement contraire au véritable esprit de l'Église : ce fut de faire sortir en même temps tous les curés hors de la salle de l'assemblée sans leur permettre de parler, de les faire entrer en différents appartements du palais épiscopal, de leur présenter tout à la fois en confusion et sans ordre trente-sept ou quarante plumes pour signer sur le champ, sans avoir, le temps de délibérer et de lire ce qu'ils signeraient sans discussion et sans examen, et de mêler parmi eux des personnes affîdées qui faisaient retentir hautement les noms effroyables d'hérésie, de schisme et de rébellion contre TÉglise et le Saint-Siège dès que l'on ouvrait la bouche pour former la moindre difficulté. Ainsi les moins éclairés ne pouvaient recevoir aucune instruction des autres, ce qui était directement opposé à l'institution des assemblées ecclésiastiques.
Le jour même du synode, et quelque temps avant qu'il se tînt, plusieurs curés, pressés d'une juste crainte d'engager leur conscience, et n'ayant encore formé aucune résolution de ce qu'ils auraient à faire dans une rencontre si importante, consultèrent diverses personnes de mérite et de vertu pour se régler par leur avis. La réponse qu'ils en eurent fut que ce procédé paraissait un peu violent et fort extraordinaire ; que s'il ne se fût agi que de condamner les cinq propositions, il n'y avait pas de catholique qui ne le dût faire sincèrement et sans équivoque ; mais que pour le fait particulier dont il s'agissait, de savoir si ces propositions
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étaient véritablement de Jansénius ou si elles n'en étaient pas, si toute la doctrine de cet évêque était condamnée ou non, il eût été à désirer, qu'avant de faire une telle signature on eût été instruit et pleinement informé de la vérité de ce fait, de peur de porter un jugement téméraire et peut-être injuste, puisque M. Duval l'aîné, qui ne pouvait passer pour suspect en ces matières, traitant de l'infaillibilité du pape, enseignait et prouvait nettement, aux pages 207 et 254 de son livre imprimé en 1614, que le pape agissant comme pape, même dans un concile général et avec lui, pouvait errer et se tromper dans les questions de faits particuliers ; que souvent on condamnait les innocents et on renvoyait absous les coupables ; que ceux qui semblaient quelquefois être hors de l'Église éti\ient dans l'Eglise, comme au contraire ceux qui semblaient être dans son sein en étaient séparés ; qu'il citait sur ce sujet le Maître des sentences * et le canon : Non incompetenter, etc. ; et que, quoique le même M. Duval avouât que le pape Honorius avait été condamné comme monothélite par deux ou trois conciles généraux, ainsi que plusieurs papes en étaient demeurés d'accord, néanmoins il se déclarait pour ceux qui le défendaient et qui soutenaient quil n'y avait aucun sujet de le condamner ; que les cardinaux Bellarmin, et Baronius enseignaient la même chose et établissaient cette maxime comme certaine et indubitable parmi tous les catholiques : Summo Pontifîci, etiamcum concilio generali, in rébus facti particularibus error polest ohrepère; de sorte qu'il n'était pas défendu d'excuser ceux qu'il avait condamnés : Salvapace Ecdesiœ, et avec tout respect : Omnia judicia de factis particularibus possunt retraclari et emendari. Que néanmoins, comme il était visible atout le monde que l'on menaçait de traiter d'hérétiques, de schismatiques et de rebelles au Saint-Siège ceux qui refusaient de signer, n'y ayant pas lieu de faire des remontrances ni de faire concevoir aux moins instruits la différence qu'il y avait entre la foi et les faits particuliers, on pourrait signer et acquiescer /jro bono pacis, (disaient les personnes timides et un peu trop accommodantes), pour conserver l'unité de l'Église, laquelle on hasardait de rompre si on s'engageait dans la défense d'un fait particulier ; qu'il valait mieux ôter