Pierre Lombard
LTVRR XIII 695
Toccasion à ceux qui ne cherchaient que des prétextes pour faire du bruit ; qu'on ne pouvait croire que l'intention de M. de Meaux fût de considérer tous ses curés comme juges ou témoins de ce fait, puisqu'il savait bien que peu de personnes étaient capables d'en juger; mais qu'il n'exigeait d'eux qu'une simple déférence à ce que quelques prélats en avaient déclaré, pour contenir toul le monde par cet acquiescement, et prévenirles divisions qui pourraient naître dans l'Kglise par une discussion plus exacte de ce fait.
Comme on était sur le point d'entrer dans la salle où se devait tenir l'assemblée, on publia parmi les curés comme une chose constante que M. Julien, docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne et curé du diocèse de Meaux, avait eu une grande conférence sur ce sujet avec M. Le Moine, aussi docteur et ancien professeur de Sorbonne, qui avait sollicité cette affaire et était le principal conducteur de la souscription du bref dans le synode ; qu'il lui avait fait entendre qu'il était très raisonnable de séparer la question de fait d'avec celle de droit pour ne point embarrasser ceux qui avaient trop ou trop peu étudié cette matière; et qu'il savait très bien que c'était une maxime incontestable parmi les catholiques, que les faits particuliers ne sont point objets de foi ; que M. Le Moine lui avait répondu que M. de Meaux ne prétendait point aussi obliger les curés de son diocèse de souscrire ce fait, qui n'était inséré dans cette formule de serment sinon par manière de récit, recitative, et que cette clause étant relative à la déclaration des évêques du '23 mars 1654, on ne souscrirait qu'à la foi et non point au fait.
On crut trop facilement ce rapport parce que l'on était persuadé que M. Le Moine, qui était intime de M. de Meaux, connaissait mieux qu'aucun autre ses véritables intentions, et qu'on pouvait s'assurer sans scrupules sur sa parole, nonobstant les conséquences que l'on en pourrait lirer dans la suite ; qu'il ne fallait pas craindre que la doctrine de saint Augustin, si bien établie par l'Eglise et par les souverains pontifes en fût moins honorée à l'avenir; qu'au contraire ces empressements extraordinaires et ces menaces seraient des moyens très avantageux pour ruiner toutes les preuves que l'on voudrait tirer de ces signatures forcées, y ayant lieu de s'étonner comment des politiques si raffinés n'avaient
pas prévu qu'une douzaine de signatures faites avec une entière liberté auraient plus de force et plus de poids qu'une centaine de souscriptions extorquées.
M. de Meaux prit sa place, fît l'ouverture du synode par la prière ordinaire^ qui fut suivie de sa harangue, dans laquelle il ne traita que de cette affaire. 11 montra que l'union était désirable, non seulement dans les points de foi, mais aussi dans l'obéissance au Saint Siège ; que le défaut de l'une de ces deux choses ouvrait le chemin à Thérésie, et que le manquement de l'autre engageait visiblement dans le schisme, citant sur ce sujet plusieurs passages de saint Cyprien : de Unitate Ecclesiœ et de saint Augustin. 11 dit qu'encore que tous les évêques tinssent chacun une partie de l'épiscopatdeJ.-C, néanmoins ils devaient en toutes occurrences avoir recours à Sa Sainteté comme au centre de l'unité ecclésiastique. Ayant ensuite exposé la bulle et le bref du pape, il déclara combien il était nécessaire de condamner ces propositions et de s'unir dans la défense de la vérité ; qu'il ne croyait pas qu'il eût dans son diocèse des personnes infectées de ces mauvaises maximes, et que s'il y en avait, il les exhortait à rendre une entière soumission à l'Eglise, telle que M. Jansénius avait témoigné, et que si cet évéque eût encore vécu en ce temps-là, il aurait très volontiers condamné ce que le Saint-Siège avait été obligé de condamner sur la requête des évêques de France. Enfin, pour conclusion, il dit que sa volonté était que tous signassent au plus tôt, et que leurs signatures fussent conservées au greffe de l'officialité. Qu'à faute d'y satisfaire, il procéderait contre tous les réfractaires par toutes les voies, comme contre des schismatiques et des hérétiques, même par imploration du bras séculier, et qu'il en avait par écrit le pouvoir et la volonté du roi en date du mois de mars dernier.
Cette harangue fut suivie de la lecture de la bulle, du bref du pape, de la déclaration du roi et du mandement de M. de jMeaux, qui était exprimé en termes impérieux et absolus : « Nous voulons, etc. *. »
(Voyez l'imprimé.) 1. Ms. Voici ce qu'il contenait : 1 page blanche.