‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 52 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Les Jésuites, qui gouvernaient absolument l'archiduc, le prévinrent aussitôt et lui firent croire que cet arrêt était un attentat contre l'autorité du pape; qu'il devait nécessairement en empêcher l'exécution et commander à ces deux prélats d'obéir au décret de Rome, et de se tenir pour interdits. Il le fit comme ils le lui avaient conseillé, voyant bien que si une fois les Flamands rentraient en jouissance de leurs privilèges, jamais la bulle contre les cinq propositions ne serait reçue en Flandre, ce que le pape appréhendait sur toutes choses.

Les amis de ces deux évêques sollicitèrent puissamment l'archiduc pour lui faire entendre la justice de cet arrêt du souverain conseil de Brabant, et l'injustice qu'il commettait en pressant deux prélats si irréprochables dans leur conduite de déférer à leur interdit et de donner satisfaction au pape. Ils lui représentaient que l'Église de Flandre était en possession de connaître des crimes et des méchantes actions de tous les évêques et de tous les ecclésiastiques qui la composaient, et qu'elle leur avait toujours fait défense de se transporter en d'autres tribunaux pour y être ouïs, et nommément en celui de Rome ; que l'arrêt du Conseil était fondé sur cette possession perpétuelle et sur ce privilège incontestable; que par plusieurs requêtes qu'on lui avait présentées pour cette même cause on avait marqué les canons qui ordonnaient que les causes des évêques seraient expédiées sur les lieux par les juges de leurs provinces. Mais quelque fortes et quelque puissantes que fussent toutes leurs raisons, ils ne purent jamais rien gagner sur l'esprit de l'archiduc ; le grand nombre de Jésuites qui l'investissaient lui faisant fermer les oreilles à leurs justes remontrances. Cependant les deux évêques se voyaient réduits à la dernière humiliation, étant forcés de garder continuellement leurs maisons sans faire aucune fonction de leur ministère pour ne pas aigrir l'esprit de ce prince, dans l'espérance qu'ils avaient qu'à la fin il se laisserait vaincre par la justice de leur cause, qui était celle de toute la Flandre. Mais plus ils se tenaient dans l'esprit de paix, d'humilité et de patience, et plus les Jésuites leur insultaient et disaient publiquement que les Jansénistes n'avaient qu'à se bien tenir, que le pape les allait pousser et qu'il ne les épargnerait plus.

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Cette conjoncture de leurs affaires de Flandre leur était trop favorable pour n'en pas tirer de grands avantages en France. Ils y publièrent partout que ces deux prélats étaient excommuniés à cause qu'ils étaient jansénistes, afin de faire trembler les évêques qui ne recevraient pas la nouvelle bulle et qui pouvaient faire sur ce sujet des remontrances au pape. Mais le procédé que Ton tenait à l'égard de ces deux évêques de Flandre fut estimé si dur par quelques-uns des prélats qui étaient amis de ces Pères qu'ils en firent des plaintes à quelques-uns de ceux qui en triomphaient le plus, et témoignèrent ne pouvoir souffrir qu'on traitât ainsi des évêques par des interdits qui ne devaient point avoir de lieu en leurs personnes. Néanmoins ces Pères et leurs adhérents ne manquèrent à rien pour faire valoir cette procédure. M. Guyart en parla à un docteur de ses amis et lui dit que c'était ainsi qu'il fallait traiter les Jansénistes, puisqu'ils se mettaient en possession de rejeter toutes les bulles du pape qui leur étaient contraires. Ce docteur lui répondit qu'elles étaient moins contraires à ces prélats qu'elles ne l'étaient aux libertés et aux privilèges de leurs églises qu'elles ruinaient entièrement. L'autre lui soutint que ce n'était pas en cette exemption que consistaient les libertés et les privilèges des églises; que quand le pape citait des ecclésiastiques pour lui rendre compte de leur foi de ce qui regardait purement l'Eglise, il lui fallait obéir. Mais ce docteur lui soutenait au contraire que les libertés dans l'usage desquelles les églises de France s'étaient maintenues s'étendaient sur toutes choses; que les églises de Flandre avaient autrefois été de ce nombre; et qu'ainsi ces deux évêques étaient exempts de comparaître à Rome selon la citation, comme tous les évêques de France s'ils étaient cités par le pape. Qu'il n'y avait que le crédit que les Jésuites avaient auprès de l'archiduc qui suspendait l'exécution de l'arrêt du Conseil; mais que tous les gens de bien et les plus sages du pays s'intéressaient pour eux. Sur cela il lui lut deux lettres qui lui avaient été écrites par l'un des plus considérables de tous les Pères de l'Oratoire de Flandre. Parla première, qui était du 7 mai, il lui mandait, en 1 ui envoyant la copie de cet arrêt du conseil du Brabant, que jusqu'alors leur archiduc en retenait l'exécution quoique la sentence fût imprimée et publique; que ces deux prélats n'avaient pas laissé de

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