‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 56 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

deux d'entre eux, et M. Gilmans qui n'avait pas encore acquis la qualité de docteur en l'année 1650.

Étant arrivés en Espagne, ils firent savoir aux ministres du conseil de Sa Majesté Catholique le sujet de leur députation. Et comme ces sortes de commissions, qui sont toutes publiques en elles-mêmes, se produisent bientôt au dehors, les Jésuites ayant appris leur arrivée et les poursuites qu'ils faisaient pour obtenir leur audience et pour être promptement expédiés, employèrent tout ce qu'ils avaient d'amis à la cour auprès du roi et de ses ministres pour les traverser dans cette poursuite et leur faire essuyer tous les rebuts imaginables. Mais comme ces sages députés étaient accoutumés à endurer avec tous ceux de leur corps toutes les difficultés et toutes les persécutions que les Pères de Flandre leur faisaient souffrir par le crédit qu'ils avaient auprès de Tarchiduc, ils s'armèrent de patience et prirent la résolution de ne point désemparer de la cour du roi d'Espagne jusqu'à ce qu'ils eussent vu la conclusion de leur affaire. Ils trouvèrent quelques sages Espagnols, des hommes de considération qui avaient de l'amour pour la justice, qui les encourageaient de tout leur pouvoir et les soutenaient par leurs conseils et leurs consolations. Mais quelque assistance et quelque protection qu'ils reçussent d'eux, les Jésuites, qui avaient une infinité d'amis contre eux, s'étaient emparés de l'esprit des principaux officiers qu'ils avaient prévenus par de fausses suppositions. Ces Pères étaient principalement soutenus par M. le nonce, qui portant les intérêts de la cour de Rome et de la bulle, traitait la députation de ces théologiens d'injurieuse à l'Église et au Saint-Siège, et soutenait qu'elle n'avait pour but que de la rendre inutile et d'en empêcher l'exécution.

Ainsi on avait fait durer plusieurs années entières cette affaire qui pouvait être terminée en une seule audience après avoir entendu une seule harangue de ces députés. Car il n'était question que de leur accorder qu'ils demandassent au pape, au nom de Sa Majesté Catholique, l'examen d'un livre d'un très savant et très saint évêque que fon traitait d'hérétique sur une bulle qui ne le condamnait pas et qui avait été faite sans qu'il eût été examiné; et on

Iui fit prendre le train des affaires épineuses qui demandent feaucoup de temps pour les éclaircir et en lever toutes les

difficultés. On leur remit devant les yeux tout ce qui s'était passé dans le refus que toutes les églises du Pays-Bas avaient fait do recevoir cette bulle d'Urbain VIII. On leur faisait entendre qu'ils demandaient la revision d'une affaire qui était terminée par la réponse que M. le cardinal Spada avait faite à M. Sinnich à l'entrée du conclave qui avait été tenu pour l'élection du pape Innocent X;, et par la publication de cette bulle qui avait été faite en Flandre : que de retoucher à cette affaire, c'était réveiller des contestations assoupies et aigrir des esprits qu'il était plus à propos de ménager.

Toutes ces difficultés, outre une infinité de calomnies qu'on semait partout contre eux, les obligèrent de remontrer aux ministres du roi que, bien loin que la bulle d'Urbain VIII eût terminé toutes les difficultés dans toutes les églises où elle avait été reçue, que dans la seule ville de Paris, qui était la principale où l'on s'était efforcé de la faire passer, il s'y était élevé de si grandes contestations qu'il était à craindre qu'on n'en vît jamais la fin; que la députation que les évoques de France avaient faite à Rome des docteurs de part et d'autre en était une preuve manifeste; qu'en Flandre cette même bulle qui devait y apporter la paix y avait causé une guerre qui troublait tout le repos dont elle jouissait avant qu'elle fût publiée ; que les ennemis de M. févêque d'Ypres et de la doctrine de saint Augustin s'en prévalaient de telle sorte qu'il y avait tout à craindre pour cette doctrine, qui était celle de TÉglise et du Saint-Siège; que la réponse qu'on avait faite à M. Sinnich n'avait rien terminé parce qu'elle renvoyait à une chose dont on ne doutait nullement, savoir qu'il y avait une bulle, et qu'elle ne prononçait rien sur la demande qu'il avait faite touchant cet examen ; qu'il n'était nullement question dans sa députation de savoir si cette bulle était supposée ou non ; mais seulement qu'ayant été faite sans que le livre de M. d'Ypres eût été examiné dans les formes, toute la Flandre demandait qu'il le fût en cette manière, et qu'ainsi cet examen restait encore à faire depuis ce temps-là; que la bulle d'Urbain VIII ne portait qu'une prohibition provisionnelle et non pas une censure absolue selon que le prétendaient les adversaires de la doctrine de saint Augustin et de celle de M. l'évêque d'Ypres; qu'il était nécessaire de

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