LIVRE IX
rivé le dernier jour de juin, dès que M. le nonce eût reçu son paquet et les Jésuites le leur, le bruit s'en répandit aussitôt dans tout Paris, et le lundi, qui était le premier jour de juillet, la nouvelle en fut distribuée à tous les amis et à tous les partisans de ces Pères. On redoubla les Te Deum et les actions de grâces dans Saint-Sulpice, dans Saint-Germain de l'Auxerrois, dans les maisons religieuses où ces Pères avaient du pouvoir, et on y disait hautement * et sans déguisement que les disciples de saint Augustin étaient condamnés et leur hérésie censurée par la bulle du pape dans les cinq propositions qu'ils avaient préchées et enseignées. On ne parlait pas encore de Jansénistes, mais on les nommait seulement « leurs propositions. »
L'écrit de la distinction du sens des propositions ayant été publié avant l'arrivée de cette bulle, toutes les personnes équitables qui l'avaient lu en avaient été tellement convaincues qu'elles avaient dit que la doctrine des disciples de saint Augustin était à couvert. Mais après qu'ils eurent lu la bulle, ils en furent tellement persuadés qu'ils s'étonnèrent de voir l'emportement où étaient sur ce sujet les Jésuites et leurs partisans. Quelques-uns d'eux ne pouvant souffrir que ces Pères se fissent ce tort à eux-mêmes que de faire passer cette bulle pour une condamnation de la doctrine de saint Augustin, que les disciples de ce saint avaient toujours déclarée être la seule qu'ils défendaient, les allèrent trouver, particulièrement ceux de leur maison professe de Saint-Louis, pour remontreraux plus sages qu'ilsdevaient modérer leur joie en cette occasion, tant parce que c'était une chose contraire à l'honneur qui était dû à l'Église et à la vérité qu'ils prétendaient défendre que de s'abandonner à de tels excès, que parce que cette bulle ne pouvait être appliquée de bonne foi et sans se vouloir tromper soi-même à la doctrine des disciples de saint Augustin après Técrit qu'ils avaient présenté au pape.
Il y en eut qui dirent la même chose à Saint-Sulpice et à Saint-Germain de l'Auxerrois, et qui par la charité qu'ils eurent particulièrement pour le curé de cette dernière paroisse prirent le soin de lui représenter que le sens de la colonne
pitre vu; elles paraissent nécessaires pour l'intelligence de ce qui va suivre; la conversation chez Conrart est en effet bien curieuse. 1. Ms. : à pleine bouche.
du milieu n'ayant point été condamné en termes exprès par le pape, et les disciples de saint Augustin protestant ne soutenir point d'autre doctrine, il fallait absolument, pour ne pas blesser ni la charité ni la justice^ s'abstenir du mot de condamnation de la doctrine des Jansénistes. Et comme ce curé se défendait sur ce que les propositions étaient d'eux, et qu'ils n'avaient fait cet écrit qu'à dessein d'éluder la censure et doter la force à la bulle du pape, ils passèrent jusqu'à lui dire que quand même elles seraient d'eux, supposé la vérité de cet écrit, il ne pouvait pas sans violer la charité traiter leur doctrine de condamnée, puisqu'ils y condamnaient ces propositions dans tous les sens condamnables, et ne défendaient que le sens catholique, qui non seulement n'avait pas été condamné par le pape, mais même ne le pouvait être par aucun de ceux qui avaient tant soit peu de lumière de la doctrine de l'Église. Que pour la vérité ou la supposition de l'écrit, c'était une vérité de fait qui pourrait aisément se vérifier dans peu de temps, et que leur sentiment était d'attendre jusqu'à ce qu'on eût des nouvelles de Rome qui fissent voir que cet écrit était une supposition et un artifice des Jansénistes pour ôter la force que la bulle devait avoir contre eux. Mais comme ce curé était attaché aux sentiments de M. Ollier, curé de Saint-Sulpice, qui tenait avec tous les siens que les disciples de saint Augustin étaient condamnés par cette bulle, et que les propositions étaient les erreurs qu'ils soutenaient, ces remontrances ne firent nulle impression sur son esprit. Il y en a encore de ceux qui ont eu cette charité qui vivent aujourd'hui dans le monde, qui peuvent rendre ce témoignage à la vérité, et dire sMl n'est pas vrai qu'ayant représenté ces raisons aux plus sages Jésuites, quelques-uns d'entre eux en furent tellement convaincus qu'ils s'excusèrent sur ce qu'ils n'étaient pas les maîtres, étant emportés par les autres qui étaient en plus grand nombre, et qu'ainsi ils étaient contraints de laisser aller les choses et de lever les épaules.
M. Cornet, qui était plus pénétrant que tous les autres, et qui n'avait autre chose en tête que le succès de son entre^ prise du premier jour de juillet 1649 pour faire retomber les propositions sur les disciples de saint Augustin et faire condamner le livre de M. d'Ypres, parlait de l'écrit d'une autre manière; il disait qu'il n'était pas question dans l'af-