LIVRE IX
faire de Rome du sens des propositions, mais seulement des propositions, et que l'écrit ne pouvait pas servir aux Jansénistes pour s'exempter de condamnation, puisque les propositions étant d'eux, ainsi qu'il l'avait fait voir et le ferait encore tout de nouveau pour les en convaincre, et la condamnation tombant sur les cinq propositions, elle retombait sur eux par conséquent. Et comme il prévoyait bien, par la force de la vérité qui le convainquait du contraire au dedans de lui-même dans Taliaire de ces propositions dont il était l'unique auteur^ que les disciples de saint Augustin déclareraient qu'ils n'y avaient jamais eu aucune part, qu'ils lui remettaient dans la mémoire ce qu'il avait dit en pleine Faculté, parlant à M. Marcan en 1649 : qu'il ne s'agissait point de Jansénius; et qu'ils soutiendraient qu'elles n'avaient été forgées que par lui seul à dessein de perdre ses propres confrères et ses amis qui ne lui étaient devenus odieux que parce qu'il les croyait attachés à Port- Royal contre- lequel il avait une extrême aversion, il demeura ferme dans sa première imposture, disant qu'elles étaient d'eux. 11 ajouta seulement, ce qu'il n'avait dit encore qu'obscurément, qu'elles étaient de Jansénius, parce qu'il se persuadait bien qu'ils n'en tomberaient jamais d'accord et qu'ainsi il aurait son compte sur la bulle. Et comme il savait que les Jésuites et tout ce grand nombre de sectateurs de Molina étant pour lui dans cette affaire, elle ne pouvait enfin qu'accabler les disciples de saint Augustin, il croyait qu'il n'y avait rien à dire pour lui contre cet écrit, sinon qu'il n'avait été fait par eux que pour se maintenir avec opiniâtreté dans la liberté de défendre les cinq propositions, sous prétexte d'un sens prétendu^ ce qui serait toujours odieux à Rome et attirerait la condamnation du pape comme rendant illusoire la bulle par laquelle il condamnait les cinq propositions : prout sonabant et in propriis terminis, et non pas des sens qui feraient d'autres propositions. Mais ce docteur no savait pas encore que le pape avait déclaré à M. l'ambassadeur qu'il n'avait eu nulle intention de condamner la doctrine de saint Augustin et la grâce efficace par elle-même, mais seulement des propositions que les docteurs qui défendaient saint Augustin avaient déclaré qu'ils condamnaient de vive voix et par écrit. M. Vincent, ainsi que l'on Ta déjà vu, fut d'abord touché
de cet écrit et de la déclaration que faisaient les disciples de saint Augustin qu'ils avaient toujours condamné et condamnaient encore les cinq propositions que le pape avait condamnées, et comme il était persuadé qu'ils parlaient sincèrement, il entra dans des pensées de paix dont il donna même depuis des témoignages publics. Et il serait demeuré dans cette bonne et équitable disposition, s'il eût été moins crédule aux calomnies dont on se servit depuis, pour lui faire changer de sentiment et de conduite.
Cependant M. le nonce disposait toutes choses pour faire recevoirà la cour la bulle qui lui venait d'être envoyée. Et comme il ne voyait pas encore bien clair dans le fond des motifs de cette affaire^ et qu'il en avait une autre sur les bras qui était fort épineuse, savoir celle de M. le cardinal de Retz qui l'engageait à être fort circonspect pour n'y pas faire de faute, il se résolut de faire un simple compliment au roi, pour lui représenter seulement que le pape, voulant donner à sa piété le consentement pour lequel- il l'avait fait solliciter par son ambassadeur, avait fait cette bulle pour assoupir tous les différends qui s'étaient formés dans l'Église de France et qui troublaient son repos, et que Sa Sainteté conjurait Sa Majesté en celte occasion d'employer son zèle pour la faire recevoir dans tout son royaume avec tout le respect qui était dû au Saint-Siège et à la qualité de fils aîné de l'Église que Sa Majesté portait avec un si grand mérite.
Il ne parla de rien autre chose, quoiqu'il eût accoutumé de ne se présenter jamais à l'audience de Sa Majesté sans lui parler de l'affaire de M. le cardinal de Retz, dont il était chargé comme de son affaire propre, assurant qu'elle donnerait enfm la mort au pape si elle traînait davantage en longueur et si on refusait toujours de faire satisfaction à Sa Sainteté. 11 avait reçu un ordre précis de ne parler dans cette audience que de cette seule affaire, afin d'obliger davantage Sa Majesté et son ministre à l'embrasser pour la faire exécuter promptement; le pape n'appréhendant rien tant sinon que cette affaire manquât, ef, comme portait un avis de Rome du mois précédent, qu'il n'en eût le démenti. On sut même par cette lettre qu'il était entré dans des inquiétudes extraordinaires depuis que le paquet de cette constitution était parti, de peur que son autorité ne fût