LIVRE IX
libertés et aux privilèges de son royaume. Comme le Conseil de Sa Majesté était composé de plusieurs officiers, et qu'il y en avait d'ecclésiastiques aussi bien que de séculiers ou politiques, ils l'examinèrent chacun selon leurs lumières et leurs connaissances. Quelques-uns d'eux remarquèrent que le pape, dans son bref adressé au roi, ne lui donnait pas le titre de roi de Navarre, qui lui appartient et ne pouvait pas lui être refusé par Sa Sainteté que dans le dessein d'autoriser l'usurpation de ce royaume en faveur de ceux qui l'avaient faite sur celui qui en était le légitime souverain et ses successeurs; que l'usage du Conseil de Sa iMajesté était de ne point déférer aux actes qui venaient de Rome lorsque cette qualité n'y était pas exprimée, comme il était arrivé en plusieurs rencontres, particulièrement en celle du dernier jubilé, où la supposition* de ce titre, jointe à d'autres circonstances, avait été considérée comme essentielle pour ne la pas recevoir; que pour eux ils la jugeaient telle et étaient d'avis qu'on pouvait suspendre l'exécution de cette constitution jusqu'à ce que M. le nonce eût présenté un bref en forme.
ils représentèrent aussi qu'il y avait des défauts très considérables dans la constitution, comme qu'elle n'était pas en forme, n'étant ni en parchemin, ni scellée en plomb, qui étaient des circonstances qu'on n'avait point dû omettre pour ne pas blesser l'honneur qui était dû à Sa Majesté, à laquelle on ne devait jamais présenter d'actes qui ne fussent authentiques et en forme, comme il avait toujours été pratiqué dans toutes les occasions où les papes avaient imploré l'assistance et l'autorité de nos rois pour faire exécuter leurs jugements. Et ils remarquèrent qu'elle n'avait point été faite : Ex consilio fratrum, dans le consistoire, qui était une clause de conséquence et qui faisait partie des privilèges du royaume.
D'autres ensuite furent d'avis que cette omission n'était pas considérable, tant parce que ce bref avait été dressé sur le style ordinaire des brefs, et que Sa Majesté ne laissait pas d'être toujours ce qu'elle était, qu'à cause que la difficulté qui concernait le possessoire de ce royaume ne se déciderait jamais par un acte de cette nature, non plus
1. Il y a susposilion dans le texte ; faut-il lire suppression"!
qu'il ne pouvait rien faire qui pût nuire au droit que Sa Majesté y avait. Que pour les autres difficultés, il était aisé de les faire réfomner, et que ce qui était [le] plus important"V était que cette constitution était véritable, qu'elle décidait des points qui causaient de grands troubles dans l'Eglise et dans l'État; que ces troubles s'augmentaient de jour en jour par la nouvelle de la constitution qui échauffait les esprits jusqu'à l'excès; qu'enfin il était de la justice du roi de faire cesser ces contestations et d'employer son autorité pour le service de Dieu dans une occasion où Sa Majesté avait signalé son zèle en faisant solliciter cette constitution par son ambassadeur.
Comme M. de Marca, qui était nommé à l'archevêché de Toulouse, faisait partie de ce conseil et qu'il avait pressenti l'inclination du premier ministre, et que d'ailleurs il avait à ménager la cour de Rome où se trouvait l'affaire de son archevêché qui souffrait de grandes difficultés, il donna la pente entière à ce conseil, et il fut conclu que Sa Majesté pouvait appuyer de son autorité la constitution du pape pour la faire exécuter, et donner une déclaration par laquelle il marquerait formellement qu'elle ne blessait en rien les libertés de l'Église gallicane ni les privilèges de son royaume^ afin que les évêques n'eussent aucune peine à la recevoir. Et pour prévenir toutes les difficultés qu'on y pourrait faire si elle était présentée au Parlement, qu'elle n'y serait point vérifiée, mais qu'elle serait seulement envoyée dans toutes les provinces sans autre forme. Cette conclusion fut approuvée généralement de tout le Conseil de Sa Majesté.
On avait mandé de Rome à M. le cardinal Mazarin qu'il était absolument nécessaire qu'il employât tout son crédit pour faire exécuter cette bulle d'une manière éclatante et qui ne souffrit point de retardement ni d'opposition, parce que le pape n'avait rien tant à cœur que de rendre son pontificat glorieux par cette décision, et que comme il avait été persuadé que le parti le plus puissant était celui que le roi appuyait de sa recommandation, et qu'il l'avait plus favorisé que l'autre dans sa constitution, il était très important pour Son Éminence, et pour soutenir ses affaires dans la cour du pape, qu'elle fit rendre à cette bulle tout l'honneur et toute la déférence qu'il lui serait possible ; qu'autrement il serait très difficile de repousser une infinité de coups qui se por-