‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 71 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

taient contre lui, s'il arrivait que la constitution souffrît la moindre résistance et reçût la moindre atteinte.

Les avis les plus secrets de Rome portaient qu'on avait écrit à ce cardinal qu'il considérât cette affaire très sérieusement et qu'il l'envisageât dans les circonstances qu'on la lui représentait. Et il est certain que quiconque examinera les affaires de ce temps-là de l'une et l'autre cour remarquera aisément qu'elles étaient dans une telle conjoncture qu'il semblait que celle-ci était venue dans un temps tout à fait favorable et dans la plus grande nécessité où les affaires de ce cardinal pouvaient être à l'égard de Rome, où on lui imputait la détention de M. le cardinal de Retz, et qu'ainsi il n'y avait pas à prendre d'autre parti que celui de se rendre nécessaire par la déférence que le pape voulait qu'on rendît à sa constitution.

Sa Sainteté avait tenu diverses congrégations d'état sur cet emprisonnement de M, le cardinal de Retz ; il en avait parlé plusieurs fois en consistoire, et même en avait tenu un exprès pour exposer sa douleur sur ce sujet aux cardinaux qu'il avait extraordinairement assemblés. Il en avait écrit deux brefs, l'un au roi et l'autre à la reine, avec assez de hauteur, et il y avait glissé quelques mots de censures encourues qui n'étaient pas du goût de la cour. Le nonce Bagni les présentant y avait ajouté une remontrance de vive voix, et il avait député presque en même temps M. Marinis, archevêque d'Avignon, en qualité de nonce extraordinaire, pour aller demander au roi la liberté du cardinal emprisonné. Mais il fut arrêté à Valence et prié de ne point passer outre pour être parti sans la participation du roi, comme Monsignor Corsini *, envoyé pour la nonciature de France, avait été arrêté à Marseille par cette même considération, et parce qu'on savait que tous ceux de sa famille étaient dans la dépendance du grand-duc, et parents des Gondy et du cardinal de Retz que l'on avait déjà dessein de pousser à bout.

Dans toutes les audiences que le pape avait données à M. l'ambassadeur depuis cet emprisonnement, il n'avait cessé de crier, de soupirer et de se plaindre avec larmes de la détention d'un prêtre, d'un archevêque, d'un cardinal, par les ordres d'un roi très chrétien et du fils aîné de l'Église,

1. Nérée Corsini (1600-1678), archevêque de Damiette, fut nommé nonce en France eu 1652, et élevé au cardinalat en 1664.

et de ce qu'on avait fait commencer à Sa Majesté l'exercice de sa puissance royale et sa majorité par des actions de cette nature. Et comme l'innocence et la jeunesse de Sa Majesté, qui étaient connues de tout le monde, ne permettaient pas qu'on lui attribuât de telles résolutions, il attribuait ce procédé extraordinaire au seul cardinal Mazarin, dont il faisait la peinture avec d'étranges couleurs, comme ayant violé la dignité [de] cardinal en la personne d'un de ses confrères et ayant déshonoré le Saint-Siège par un affront si sanglant. Il n'y avait donc pas d'autres voies à prendre pour ce premier ministre^ pour suspendre les mauvais effets de l'indignation du pape, que de l'adoucir en lui procurant toute sorte dedéférence à sa constitution.

D'ailleurs on mandait de Rome à M. de Marca que c Ue affaire de M. le cardinal de Retz avait tout à fait ruiné la sienne pour l'archevêché de Toulouse, et qu'en ce pays-là on rappelait les vieilles fautes, quoiqu'elles fussent couvertes ou pardonnées, quand on en commettait de nouvelles. Qu'encore bien qu'il eût chanté et rechanté la palinodie de son livre : De concordia regni et sacerdotii; que M. Albizzi publiât partout que c'était lui qui la lui avait fait chanter, et que cette faute apparût même abolie par la grâce que le pape lui avait faite en lui accordant les bulles de l'évêchéde Conserans, on ne laissait pas néanmoins d'en rappeler la mémoire et de dire que c'était un prévaricateur, comme il le faisait voir par toute la suite de sa conduite dans tous les avis qu'il donnait sur cette affaire à M. le cardinal Mazarin, étant constant qu'il n'y avait que lui qui lui proposât tous les expédients qu'on y trouvait pour éluder les plaintes du pape et les sollicitations de son nonce. Que Sa Sainteté était persuadée que sans les ouvertures qu'il avait faites au cardinal, il l'aurait déjà accommodée et se serait relâché à lui donner contentement, ou au moins à lui accorder son assistance auprès du roi, telle qu'il la lui avait fait demander tant de fois et qu'il n'avait encore pu recevoir jusque-là. Qu'enfin il n'aurait jamais les bulles de son archevêché s'il ne changeait de conduite et s'il ne portait ce cardinal à faire ce que le pape désirait de lui ; que les plaintes que M. l'ambassateur avait faites à Sa Sainteté de ce que son nonce avait refusé de recevoir l'information de sa vie et de ses mœurs pour l'archevêché de Toulouse avaient achevé de

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