‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 73 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

mettant d'entretenir six mille hommes de guerre sitôt qu'il serait descendu dans l'une des provinces voisines de la mer. Et ils avaient même passé jusqu'à cet excès de malice que de leur supposer de fausses lettres remplies de cette horrible imposture, qu'ils avaient forgées en la manière la plus propre pour faire réussir leur dessein, et qu'ils les avaient fait tomber entre les mains de la reine en l'assurant qu'elles étaient écrites de la main des principaux Jansénistes, ce qui était un crime faux et imaginaire qui se détruisait de luimême; car il y avait peu d'apparence que douze ou quinze personnes qui étaient sans richesses, sans forces, sans nom, sans qualité, telles que tout le monde les connaissait, pussent être assez puissantes pour entretenir une armée et attirer sur les bras de leur roi légitime un ennemi qui d'ailleurs avait de très grandes afl'aires dans le royaume qu'il avait usurpé qui demandaient sa présence et celle de toutes ses troupes, et qu'il abandonnât ses prétentions tyranniques pour venir en France maintenir un parti imaginaire qui n'avait nulle consistance dans la nature des choses. De plus, ils n'eurent jamais la hardiesse de déclarer les noms de ceux qu'ils disaient être les auteurs de ces lettres, ce qui néanmoins était nécessaire pour vérifier leur accusation. Mais sans se mettre en peine de la vraisemblance, ils ne laissèrent pas d'employer tout de nouveau une si ridicule et si horrible calomnie dans cette occasion de la bulle, et d'en rebattre Tesprit de Sa Majesté.

La cour, pour s'éclaircir de cette imposture des Jésuites, n'avait qu'à les obliger d'en donner des preuves et à écouter les défenses des disciples de saint Augustin. Mais nous avons vu très souvent dans cette affaire que quand on a une résolution ferme de nous perdre, on se laisse persuader à toutes sortes d'accusations, môme àcellesqui n'ontaucune apparence, et nos accusateurs sont en toute sûreté; car on a tant de peur de connaître notre innocence qu'on ne veut point examiner les choses de peur que la conviction publique de leurs mensonges ne nous donne quelque avantage.

Les Jésuites ajoutèrent deux autres accusations à celle-ci ; l'une que les disciples de saint Augustin cabalaient pour M. le cardinal de Retz et qu'ils étaient sur le point de faire soulever toute la ville de Paris contre le roi par le moyen des curés dont ils disposaient absolument, le plus grand

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nombre étant de leur parti, afin de délivrer de prison celui qu'ils considéraient comme leur archevêque.

M. l'abbé Fouquet' était le plus grand appui des Jésuites auprès de M. le cardinal Mazarin pour faire valoir cette calomnie et celle dont on parlera dans la suite. C'était un homme dont le principal emploi était de veiller dans Paris sur les cabales qu'il disait y être. Il avait pour cela toutes sortes de gens à ses gages, qui après avoir couru de tous côtés dans la ville durant le jour et durant la nuit, venaient tous les matins lui rendre compte de ce qu'ils avaient découvert. Les disciples de saint Augustin étaient des gens qu'il ne pouvait souffrir par la seule raison que son inclination ne s'accommodait point avec eux, et que les Jésuites qui étaient du nombre de ceux qu'il employait à cet exercice, les haïssant au point qu'ils faisaient, ne cessèrent point de l'aigrir contre eux en les mettant dans toutes les découvertes et les révélations d'intrigues dont ils lui faisaient la relation. Ainsi cet abbé ne faisait point de rapport à M. le cardinal Mazarin qu'il n'y mêlât les disciples de saint Augustin et ne tâchât de persuader par de continuelles suppositions que c'étaient des hommes dangereux, de grande intrigue, et entièrement dévoués au service de M. le cardinal de Ketz. Et quoi que ces disciples de saint Augustin ne bougeassent de leur chambre et ne sussent pas ce que c'était qu'entrer en intrigue, néanmoins, selon son rapport, ils se trouvaient partout, dans l'assemblée d'un tel quartier, dans le complot qui avait été pris en cet autre, dans ces conférences, tantôt aux Chartreux, tantôt au Luxembourg, tantôt dans les Auguslins du faubourg Saint-Germain, tantôt chez une telle dame. Cependant il n'y avait rien de vrai dans tous ces avis; mais il faisait ses affaires et celles de sa maison en trompant et intimidant le ministre qui le croyait en toutes choses et lui allouait tout ce qu'il lui demandait pour l'appointement de ces bons offices.

La moindre enquête qui aurait été faite sur cela dans les formes et dans la sincérité aurait détrompé ce cardinal et lui aurait fait voir plus clair que le jour que les disciples de

1. Basile Fouquet (^612-1680), frère du suriutendant et instrument docile de Mazarin, était, sans être prêtre, titulaire de plusieurs abbayes auxquelles il renonça en 1656.

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