‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 75 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

toute intrigue qu'il n'osa même leur proposer son dessein ; de sorte qu'on n'en aurait jamais rien su si lui-même ne Tavait dit à ses amis qui l'ont ensuite publié.

Les disciples de saint Augustin n'auraient donc pas été si imprudents, après des témoignages si publics de leur renoncement à toutes sortes de partis et du refus qu'ils faisaient d'admettre au sacrement de réconciliation ceux qui étaient engagés dans celui de Monsieur le Prince, que de s'adresser à lui-même pour lui demander son assistance dans une affaire qui ne lui pouvait être avantageuse. Ainsi cette seule considération devait les mettre à couvert de cette honteuse calomnie, et faire traiter les Jésuites de trompeurs et de perfides qui jouaient tous les partis et ne cherchaient qu'à faire leurs affaires. Tout leur était bon, pourvu qu'ils attirassent l'indignation de la cour sur ceux qu'ils haïssaient sans sujet.

Ils mandaient à plusieurs de leurs amis dans la Hollande, dans le temps que cette bulle était arrivée, qu'on avait découvert depuis peu une intrigue que les Jansénistes de Paris avaient avec M. le Prince; qu'ils l'invitaient par leurs lettres de se joindre à eux et d'assister leur parti en lui promettant des sommes considérables d'argent s'il voulait les écouter dans leur proposition ; que ces lettres ayant été surprises, on les avait mises entre les mains de la reine qui les avait envoyées au pape pour lui faire connaître combien ces Jansénistes étaient pernicieux à l'état, et de quelle importance il était pour le service du roi qu'il terminât promptement leur affaire.

Ce bruit se répandit ensuite dans toute la Flandre, d'où l'on manda aussitôt les mauvais effets qu'il produisait dans l'esprit des gens de bien. On l'écrivait dans ce même temps à un docteur de Paris pour lui donner avis de ce bruit venu de Hollande dans les Pays-Bas^ et dont les Jésuites étaient les auteurs, et lui témoigner que les gens de bien en étaient affligés.

Mais ces bons Pères ayant dessein d'exposer les disciples

Ie saint Augustin au mépris et à la risée du peuple, Slchèrent contre eux un tas de colporteurs qui étaient à îur dévotion, et quoique M. l'archevêque de Paris, ni ses icaires généraux n'eussent donné aucune permission pour

torité et ne cessèrent pendant près de quatre jours de faire retentir dans toutes les rues de Paris les voix de ces hommes mercenaires pour crier : La condamnation des Jansénistes par notre saint père le Pape! Cette clameur séditieuse et si contraire à la police ecclésiastique donna de l'indignation à beaucoup de personnes désintéressées qui, ne demandant que la paix de l'Église, s'en plaignirent par leurs lettres à M. l'archevêque de Paris qui était absent, et de vive voix à MM. ses vicaires généraux ; de sorte que les juges de la police de la ville, en étant informés par leur moyen, empêchèrent cette publication et la firent cesser, mais sans aucune marque éclatante qui flétrît et réprimât les auteurs de cette témérité. On ne voulait rien faire qui pût donner le moindre avantage aux disciples de saint Augustin, quoiqu'on ne leur dût pas moins la justice qu'à tous les autres sujets du roi.

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