‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 96 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

archevêque en se persuadant que la sévérité de la morale qu'on devait inviolablement garder^ si on voulait être chrétien, fût condamnée par les deux actes qu'ils venaient de leur publier, ni que la doctrine de saint Augustin touchant la nécessité de la grâce efficace par elle-même pour toutes les bonnes œuvres eût reçu quelque atteinte par cette décision.

Si le mandement de M. de Paris donna de la joie aux Jésuites et aux partisans de leur Molina, il produisit un effet bien ditlérent dans l'esprit de ceux qui souhaitaient de recevoir la paix que ces Pères avaient troublée depuis tant d'années; et ceux qui n'étaient attachés ni aux uns n aux autres ne le purent entendre lire qu'avec beaucoup de douleur. Quelques-uns en témoignèrent leur ressentiment aux principaux officiers delà maison de M. l'archevêque de Paris, et il y en eut même qui ne purent s'empêcher de se plaindre à ce prélat duquel ils étaient amis. Mais il leur répartit que c'était son officiai qui avait eu en tête de faire ce mandement, et qu'il serait tombé dans d'étranges extrémités s'il n'avait pas été joint à la constitution, dans l'ardeur qu'il avait d'obtenir les bulles de son évêché. Que pour lui, il n'était nullement changé; qu'il était toujours le même qu'il avait été jusqu'alors, et que l'on verrait dans la suite du temps.

Les évêques s'en plaignirent comme d'un acte qui était injurieux à leur dignité et qui trahissait l'honneur de leur caractère épiscopal par l'abus de quelques exemples de l'histoire ecclésiastique cités ou faussement ou mal à propos. D'autres mandèrent à leurs amis dans les provinces qu'il y avait deux choses assez surprenantes dans ce placard : l'une que \ de Paris oubliât qu'il était évêque et juge de la matière de la foi, comme si les causes majeures appartenaient uniquement au Saint-Siège; l'autre qu'il passait à une autre extrémité et se donnait plus d'autorité que le pape en défendant sous de telles peines l'explication de la bulle. Un autre mandait que ce mandement était très mal fait et plein d'ignorances; qu'il était visible que celui qui l'avait dressé était partisan des Jésuites; que c'était sans raison qu'il s'était avisé de [défendre de] décréditer la bulle en la taxant de fausseté; qu'il devait encore ajouter de grandes défenses de décréditer son mandement sous peine d'excom-

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munication, étant certain qu'il méritait d'être décrié par toutes sortes de personnes ; qu'il n'y avait point de gens tant soit peu raisonnables qui n'en parlassent avec mépris. Et en effet ce mépris fut si public et si général que les partisans de Molina les plus emportés ne daignèrent lui donner aucune louange. Mais il n'en fut pas de même à Rome, car le pape, qui regardait toute cette affaire comme la gloire de son pontificat, l'estima à un tel point qu'il commença à se radoucir sur les bulles de l'évêché, et depuis ce temps-là l'affaire de cet officiai n'eut plus besoin ni de solliciteur ni de patron auprès de Sa Sainteté. Le mandement seul lui rendit tous les offices qui étaient nécessaires à ce bon vieillard pour aplanir toutes les difficultés d'une cour qui veut l'emporter par-dessus toutes les puissances et les dignités sacrées, et qui prétend avoir toute seule le pouvoir et l'autorité de juger les causes majeures de l'Église. M. du Saussay mit tout le monde en état de pouvoir dire de lui ce qu'un ancien disait autrefois de ces sortes de personnages : « Qu'ils sont parvenus aux dignités par de grandes indignités, et qu'après une infinité de travaux et de peines qu'ils ont essuyés pour y parvenir, il se trouve enfin qu'ils ne travaillent que pour une gloire qui se termine au vain éloge d'un sépulcre. »

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