LIVRE IX
soyez parfaitement d'accord, n'ayant qu'un même sentiment et une même doctrine ; » et encore le même aux Éphésiens : « Je vous prie de vous conserver en ce monde dignement selon la vocation à laquelle vous êtes appelés, avec toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant ■les uns les autres en charité et vous rendant soigneux de garder l'unité d'esprit par le lien de la paix. »
Il finissait ce mandement par un souhait : Que Dieu leur en fit la grâce.
Le bruit de cette signature de M. l'archevêque de Paris s'étant répandu, les Jésuites s'employèrent à solliciter leurs amis pour porter les curés de Paris à entrer dans leurs sentiments en faisant la publication de ce mandement, et de l'accompagner d'une exhortation catholique pour animer les peuples contre les disciples de saint Augustin. Ils recommencèrent de nouveau à faire publier la constitution sous les mêmes titres injurieux qu'ils avaient fait la première fois.
M. Amyot, l'un des curés de Saint-Merry et le plus emporté de tous les défenseurs de Molina, avait obtenu un privilège en 1651. Il s'en servit d'abord pour faire imprimer dans cette même année le libelle touchant l'affaire des Hibernois, dont on se plaignit que M. le chancelier avait été surpris. En 1652, il fit imprimer les censures de la Faculté contre Luther et Mélanchton. Enfin, en vertu du privilège, il fit imprimer au mois de juillet de cette année 1653 un libelle qui avait pour titre : La doctrine du livre intitulé Augustin, de Jansénius, condamnée par les définitions de l'Eglise, décrets des Papes, et censures de la Faculté de Théologie de Paris, avev les propositions de Calvin et dés Jansénistes ; et prit le soin de le faire crier de tous côtés à l'entour de son église, lorsque M. Duhamel, son confrère, publierait dans sa chaire le mandement de M. l'archevêque et la constitution du pape. L'intention qu'il avait d'y attirer beaucoup de monde lui réussit, mais il n'eut pas pour cela le débit qu'il espérait de son libelle. Car tous ceux qui sortaient duprône où M. Duhamel venait depubUer, le20^jour de juillet, ce mandement et cette constitution demeurèrent tellement édifiés de sa modération et de son silence, qu'ils ne purent entendre ce cri sans indignation, et ceux-mêmes qui avaient inclination de lire ces pièces méprisèrent cet
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artifice si bas et si indigne de la qualité de prêtre et de passeur des âmes que portait M. Amyot, et ne se hâtèrent pas beaucoup de se charger de cette marchandise.
Les autres curés dévoués aux Jésuites s'acquittèrent des promesses qu'ils avaient faites à ces Pères. Quoique M. le curé de Saint Germain de l'Auxerrois n'eût pas accoutumé de prêcher, il voulut monter en chaire ce jour-là et il dit des choses si pitoyables, et s'emporta à de si grands excès pendant deux heures, que ses meilleurs amis en ressentirent beaucoup de peine. M. de Saint-Sulpice voulut aussi cejour-là signaler son éloquence par une déclaration digne de la cérémonie et conforme à la violence de sa passion. M. Roullé, curé de Saint-Barthélémy^ qui était encore plus transporté que les Jésuites mêmes, oublia les obligations dont il était redevable de tout ce qu'il avait de plus cher au monde à ceux qu'il traitait du titre injurieux d'hérétiques, et couronna ses invectives par cette pernicieuse maxime : « qu'il fallait tellement déférer à son curé, que quand il prêcherait des hérésies, il le faudrait croire plutôt que de se séparer de lui ; maxime détestable, contraire à la maxime de saint Paul qui nous oblige d'anathématiser même un ange du ciel s'il nous enseignait quelque chose de contraire à l'Évangile ; et tous ceux qui l'entendirent en firent paraître une horreur d'autant plus grande qu'il est certain qu'il faut toujours demeurer dans l'unité de l'Église avec les pasteurs, quelque méchants qu'ils soient, jusqu'à ce qu'ils en soient retranchés par l'Église; mais qu'il ne faut pas pour cela prendre part ni à leurs erreurs, ni à leur méchante vie. Les autres de même parti ne furent pas tout à fait si emportés ; mais ils ne purent néanmoins se retenir dans le transport de joie où ils étaient.
Les curés indifférents parurent très modérés, et en cela ils donnèrent des marques de leur sagesse et de leur justice. Et quoiqu'on les eût sollicités de dire quelque chose dans leur prône qui pût lever le soupçon qu'on avait d'eux qu'ils favorisaient les disciples de saint Augustin, ils tinrent ferme et aimèrent mieux se charger de cette petite haine que de dire la moindre chose qui pût faire croire qu'ils expliquaient en un mauvais sens la constitution du pape. Ilsavertirentleursparoissiensqu'il fallait seulement se donner de garde d'abuser de son intention et de celle de [leur]