‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 98 sur 510 · LIVRÉ IX · texte numérisé non relu

LIVRÉ IX

classes à tous leurs écoliers, depuis les plus grands jusqu'aux petits, la firent crier par les colporteurs dans les rues et dans toutes les places publiques, de sorte que M. de Fléclières, lieutenant-général au présidial de Lyon, à la requête du procureur du roi, pour réprimer cette insolence fut obligé de faire défense de continuer ces cris sous de grandes peines. Ils y traitèrent d'hérétiques tous les ecclésiastiques qui n'étaient pas de leur sentiment, et particulièrement M. Puys', alors secrétaire de S. Nizier, à qui n'ayant pu ôter l'honneur quelques années auparavant par des calomnies et des crimes supposés qu'ils furent contraints de désavouer, ils tâchèrent de le lui ravir en cette occasion par une autre voie en rendant sa foi suspecte pour le rendre odieux au peuple que Dieu avait soumis à sa conduite.

Ils y publièrent que M. et M™^ de Liancourt avaient été faira abjuration de jansénisme entre les mains de M. le nonce qui les avait reçus avec joie et l'avait mandé au pape ; qu'on avait interdit la chaire à tous les disciples de saint Augustin ; que le roi avait fait une déclaration par laquelle il [leur] ordonnait, sous le titre odieux de jansénistes, de sortir de son royaume, ou de déclarer s'ils ne renonçaient pas à la doctrine dont ils faisaient profession. Ils débitèrent les mêmes faussetés à Bordeaux, à Toulouse, à Dijon^ à Rouen, à Orléans et à Amiens, et ils dictèrent dans leurs classes la constitution ; ils en firent le sujet de leurs harangues et de leurs exhortations à leurs écoliers; ils en firent des emblèmes pour leurs affiches dans quelques-uns de leurs collèges ; et ils crurent être fort modestes en quelques autres parce qu'ils s'y étaient contentés de l'avoir lébitée et annoncée dans leurs classes. C'est ce qui leur •riva dans Amiens, où quelques-uns leur ayant demandé >urquoi dans ces fanfares de leurs actes, ils avaient oublié ('y représenter le triomphe de la bulle, après l'avoir en (ivers jours et durant plusieurs leçons prônée par leurs agents, ils répondirent par ce froid adoucissement : que Iglise usait modestement de ses victoires. Dans Bordeaux, ils avaient débité à. leurs écoliers plus de cinq cents [xemplaires de la bulle, un des plus habiles de la ville leur

1. Deaoit Puys, d'abord chartreux puis oratorieu, devint eu 1633 iré-chevecier de Saint-Nizier à Lyou et mourut en 1654. Il eat quesm de lui dans la 15e Provinciale.

dit : « Triomphez donc tant que vous voudrez, ce sera : sine senatus consulto, et seulement parmi les simples. Il n'y a point de triomphe, puisque la doctrine du grand saint Augustin n'est pas condamnée, et qu'il n'y a que les cinq propositions de M. Cornet qui sont censurées. » On réserve pour un autre endroit le détail des extravagances qu'ils firent à Poitiers.

A Gaen, ils renouvelèrent le vœu détestable qu'ils avaient fait au mois de juin précédent, lorsqu'ils firent paraître sur le théâtre un de leurs écoliers qui, ayant Tépée à la main, déclara au nom de toute la compagnie, que jusquelà ils avaient combattu les Jansénistes : in barbara ; mais que désormais ils n'agiraient plus contre eux que : inferioK Et quoique tous leurs amis, tant de la ville que des environs, à la réserve de quelques emportés, en eussent de l'horreur, ils prirent néanmoins plaisir à en faire passer Taffichcdans les mains de tous leurs plus fidèles partisans qui en faisaient la glose aux plus ignorants *. Ce vœu était imprimé en forme de placard. Il avait pour titre : Ad beatam virginem votum, et contenait environ vingt vers dont voici les huit derniers :

Qui le, MarisB progenies, negat Fudisse largi sanguinis omnibus Et singularem (?) cuique vulnus, ïergere sufficiens malagma, Si bis refossum de veteri scrobe Mussarepergat dogma Leerdamum, Is e redemptis singulis, etc.

Omnibus excipiatur unus.

Les plus sages de leurs amis qui leur avaient conseillé de le supprimer ne purent s'empêcher, lorsqu'ils le virent courre {sic) dans les maisons, de dire qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Un autre dit de ce vœu que l'inscription eût été plus juste s'ils l'eussent exprimée par ces paroles : Ad dœmoniorum principem, parce qu'il n'y avait que lui

1. 11 faut encore aujourd'hui faire cette glose, même pour ceux qui ne sont pas ignorants. On connaît le vers didactique relatif aux formes du syllogisme :

Barbara, Celarent, Darii, Ferio^ Baralipton.

Les Jésuites de Caen prétendaient faire un mot spirituel à propos de Ferio, qui veut dire Je frappe; il ne faut pas oublier que l'écolier, leur mandataire, avait l'épée à la main.

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