CHAPITRE PREMIER
Empressement de M[M.] Duhamel [et de Sainte Beuve] ' pour signer le formulaire.
Les disciples de saint Augustin eurent un surcroît d'affliction au commencement du mois de juin par la chute de deux de ceux qui avaient toujours été considérés comme étant les principaux défenseurs de la doctrine de ce saint docteur de la grâce. Ce furent MM. Duhamel et de Sainte Beuve, qui lâchèrent le pied honteusement dans un temps où ils devaient prendre de nouvelles forces selon toutes les apparences humaines, et se décrièrent par une précipitation peu conforme à la haute réputation qu'ils s'étaient acquise parmi le monde.
Il y avait déjà deux ans que M. Duhamel, curé de Saint- Merry, après avoir porté avec lui son inquiétude en autant de provinces du royaume qu'il avait eu de différents lieux d'exil, s'était déchargé dans le sein de M. Singlin par cette lettre qui ne faisait que trop voir qu'il était déjà sur le peuchant du précipice :
« J'ai une peine d'esprit touchant Rome. J'appréhende le précipice :
« 1" Parce que j'ai naturellement un grand respect pour mes supérieurs, et très grand pour les ecclésiastiques, parce que reddiluri sunt rationem pro me, et parce qu'ils représentent la souveraineté de Dieu sur moi ;
« 2° Parce que dès ma jeunesse j'ai été nourri dans le respect à cette souveraineté par le respect et la hantise que j'ai eue avec tous MM. les nonces, Bagni, Spada, Bolonetti et autres, et parce que j'étais destiné pour aller demeurer
1. 11 u'est pas question du docteur Sainte-Beuve dans ce chapitre. V 1
dans cette cour pour y être employé ou de la part du roi^ ou de la part de Sa Sainteté ;
« 3° Parce que je suis redevable à tous les peuples auxquels j'ai donné la pâture et la nourriture, auxquels j'ai enseigné cette soumission qu'on devait avoir au jugement du souverain pontife dans les difficultés qui s'élèvent sur les matières de la foi. Je leur ai dit en public et en particulier qu'on avait tort de nous accuser d'hérésie et de schisme, puisque par nos docteurs envoyés nous avions recours au centre de l'unité, que nous attendrions avec soumission sincère le jugement et la décision que le souverain pontife en devait faire;
« 4° Que j'avais juré, auparavant de soutenir aucun de mes actes en Sorbonne : 7ne nihil diclurum aut scriplurum quod repugnaret decretis summorum pontificum. Et que ma devise avait toujours été : Qui cathedne Pétri adhseret, meus est ;
« 5° Que dans tous nos voyages à Langres et Quimper, je ne me suis soutenu que par ce principe, ayant donné ma parole aux évéques qui étaient importunés de la cour et de mes parties de me traiter comme un hérétique; je n'ai point eu d'autre raison que de leur dire : Je suis soumis au jugement de mes supérieurs, de mon évêque et du souverain pontife, et ces évêques sur ma parole ont répondu pour moi, m'ont défendu et ont pris mes ennemis à partie.
« Tout ce peuple qui a écouté notre voix comme celle de J, G. n'aurail-il pas sujet de croire que je l'aurais trompé en toutes choses; et les prélats n'auraient ils pas sujet de me reprocher que j'étais véritablement tout ce que mes ennemis ont dit de méchant de ma personne?
« Jugez quelle est cette peine sur ces choses à une personne qui a de la vérité et de la sincérité dans le cœur. Je ne crois pas que je puisse jamais paraître devant aucun homme ;
« 6° J'ai toujours cru que la véritable dévotion consistait à détruire son sentiment propre en toutes choses, et que le meilleur moyen était de se soumettre au supérieur, que je suppose éclairé, et que cette règle était fondée en la hiérarchie, qui n'est qu'une subordination de moindres lumières à de plus grandes et de plus assurées.
« C'est sur cela que j'ai travaillé un peu à me démettre de