‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 100 sur 440 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

RelatioQ de ce qui se pasHa à Paris dans une grande maladie de M. Feydeau entre lui et les prêtres de la conanauDauté de Saint- Sulpice.

Ce qui se passa en ce temps-là à Paris dans une maladie extrême de M. Feydeau ne fut pas l'un des moindres évémentsdu mois de juillet, qui d'ailleursest fort rempli d'événements très considérables.

Ce docteur avait eu une liaison très considérable, pendant qu'il était à Saint-Merry, avec M. de la Planche', trésorier des bâtiments du roi, qui depuis l'expulsion de M. Duhamel s'était retiré avec sa famille dans la paroisse de Saint-Sulpice^ en une maison appelée la Cour des Flamands. Y étant venu voir pendant l'été tant de personnes qui y logeaient et qui étaient de ses anciens et intimes amis, il y tomba malade le 7«»e jour de juillet, et lel4™« on jugea cette maladie mortelle.

Le dimanche suivant 17, il dit à M. Girard, licencié en théologie, son ancien ami, qu'il ne croyait pas en relever, et qu'il remettait à ses amis si on le transporterait ou non en quelque autre lieu, à cause de la difficulté qu'il prévoyait que M, le curé de Saint-Sulpice pourrait lui faire dans l'administration des sacrements, ses emportements contre les disciples de saint Augustin lui donnant lieu de croire qu'il ne garderait aucune mesure.

Le lundi 18, M. de la Planche, qui avait beaucoup d'es-

1. Raphaël de la Planche, seigneur de Fondruisseau et de Croissant, fut d'abord entrepreneur et directeur des manufactures en tapisseries du roi, pais trésorier général de ses bâtiments.

time et d'affection pour lui, ne put se résoudre à le laisser transporter hors de son logis, quelques instances que leurs amis communs lui en fissent.

Le mardi 19, M. de la Planche envoya à Saint-Sulpice à quatre heures du matin, et pria qu'on fît venir un prêtre pour confesser un prêtre, et que l'on ne différât point d'apporter le Saint Sacrement^ parce qu'il était pressé. Il vint un prêtre, qui confessa le docteur malade, et aussitôt le vicaire de la paroisse, assisté d'un autre prêtre, lui administra le saint viatique sans lui demander qui il était.

Le même jour au soir, M. de Poussé, curé de Saint-Sulpice, vint au logis de M. de la Planche sur les neuf heures. MM. de la Planche père et fils lui déguisèrent la chose par une tendresse un peu trop humaine pour le malade, de peur que ce pasteur ne fût venu pour lui faire insulte et ne le troublât.

Le mercredi 20 au matin, M, Girard dit à M. de la Planche qu'il aurait mieux fait de ne rien dissimuler, et que M. Feydeau ne trouverait pas ce procédé assez sincère. Ce qui fit que le même jour M. de la Planche résolut qu'il enverrait remercier M. le vicaire de Saint-Sulpice et le prier de venir voir le malade. 11 promit d'y venir le jour même, mais il ne le fit pas.

Le jeudi 21, M. Le Maître', docteur en théologie de la maison de Navarre, étant venu voir M. Feydeau, rencontra dans le chemin M. Chérard*, prêtre, aussi docteur en théologie, demeurant au séminaire de Saint-Sulpice, et après quelques discours, il lui dit qu'il allait voir M. Feydeau qui était malade dans cette paroisse ; que M. de la Planche n'avait pas dit à M. leur curé que ce fût ce docteur de Sorbonne qui était malade dans sa maison et à qui on avait administré les sacrements de pénitence et d'eucharistie, parce qu'il craignait les insultes de M. le curé, dont il avait donné des marques sensibles en pareilles occasions ; que néanmoins, comme les amis de M. Feydeau faisaient profession de sincérité aussi bien que lui, ils eussent mieux aimé qu'on en eût usé autrement, et que M. de la Planche avait

1. Charles Le Maître, prêtre, docteur de Navarre et ami de P. R. mort en 1688, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme le docteur Nicolas Le Maître, dont les opinions étaient bien différentes.

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