‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 11 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

formulaires de foi dans son diocèse, ce qui est d'une conséquence périlleuse, parce que c'est le moyen de déchirer la robe de l'Église, où il y aura autant de symboles qu'il y aura de diocèses.

« Je prévois que les évêques ne s'en tiendront pas à ce formulaire, car comme ils ne trouvent point de résistance, ils ne manqueront pas de nous faire de nouveaux symboles dans toutes les assemblées. Ils ont à présent décidé que les cinq propositions sont condamnées dans le sens de Jansénius sans vouloir dire quel est ce sens, et dans la prochaine assemblée ils décideront que ce sens est celui de la grâce efficace. 11 ne sera plus temps pour lors de leur contester le droit de faire des professions de foi, ni de s'élever contre une juridiction qu'on aura reconnue.

« 11 semble que M. l'évêque d'Orléans ait voulu autoriser la délibération du clergé, l'ayant suivi dans tous les articles, sans même avoir oublié les délations secrètes qui tendent à introduire l'Inquisition. 11 taxe même les autres diocèses de n'avoir pas rendu au Saint Siège une soumission parfaite comme lui.

«Je vous demande pardon si je parle avec tant de liberté; mais l'amour que Dieu m'a mis dans le cœur pour la vérité et l'innocence ne permet pas que je parle avec déguisement. Si j'agissais autrement avec vous, non-seulement je trahirais ma conscience ; mais aussi je n'userais pas du droit que l'honneur de votre amitié me donne de vous parler de la sorte, quoique j'en userais avec plus de retenue si ce que je vous écris était mon avis particulier. Mais comme c'est celui de mes meilleurs amis, qui honorent particulièrement M. l'évêque d'Orléans, j'ai cru leur devoir demander leur sentiment. Ils sont sensiblement affligés de voir que vous ayez employé vos mains pour autoriser un formulaire d'iniquité. Ils déplorent la plaie que vous vous êtes faite à vous-mêmes en blessant la vérité et accablant l'innocence. Je loue Dieu de tout mon cœur de n'avoir pas été avec vous lorsque vous avez signé, puisque vous croyez que j'aurais fait comme vous.

« Au reste, pour ce qui est du parti de l'obéissance où vous dites que vous vous êtes rangé, je sais que nous devons obéir à nos prélats, mais je sais aussi que c'est par subordination à celui qui est le pasteur de tous les pasteurs,

qui me commande de ne point parler contre ma propre conscience, et qui me défend d'accuser une personne que je sais être innocente. Et quand un évêque demande quelque chose de contraire à cette loi, on est obligé de ne lui point obéir, selon cette parole de saint Jean, aux Actes des apôtres : Sijustum est in conspectu Dei nos potius audire quam Deum, judicate. Non enim possumus quse vidimus et audivimus non loqui.

« Je vous envoie l'écrit dont je vous ai parlé dans une dernière lettre. Comme il était sous la presse, j'ai cru qu'il n'était pas nécessaire de vous l'envoyer manuscrit, et que vous auriez la patience d'attendre qu'il fût imprimé. Je n'ai pu vous écrire plus tôt à cause des fêtes et du jubilé dont il y a une station à Sainte-Magdeleine, ce qui m'a emporté beaucoup de temps, outre que j'ai été bien aise de savoir le sentiment de nos amis pour vous le mander. Je vous prie de croire que je suis tout à vous. »

Cette lettre, écrite au milieu de Paris, dans la chaleur de la persécution, par une personne qui remplissait la place d'un exilé, était capable de faire un peu de peine à celui qui la recevait à Orléans, où l'on avait été jusqu'alors dans une entière liberté de donner de bons exemples à l'Église, si la prudence humaine ne l'eût emporté dans ce temps-là audessus de l'Évangile. Ainsi Dieu continuait de susciter des prêtres pour la défense de la vérité, pendant que les évêques se vantaient de ne pas vouloir commettre leurs mitres avec la tiare du pape, et autorisaient les usurpations de leurs confrères par une prompte et aveugle exécution des ordres dont ils détestaient l'injustice.

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