LIVRE XXV
vérité surle fait de Jansénius, parce que M. l'évêque d'Orléans déclare qu'on n'a mis dans le formulaire pour décision de foi, que la même décision qui est contenue dans la constitution d'Innocent X et dans celle d'Alexandre VII. Mais quand il nous ordonne de nous conformer en toutes choses à ces deux constitutions, il nous commande de condamner les cinq propositions dans le sens de Jansénius, et d'avouer qu'elles ont été tirées du livre de ce prélat, ainsi que parle la constitution d'Alexandre VII : quinque illas propositiones ex libro prsememorati CorneliiJansenii excerplas, ac in sensu ab eodem Cornelio intento damnalas fuisse declaramus, et de/înimus : et uti taies... iterum damnamus. Il veut même par son mandement que vous parliez comme le pape, et par conséquent il vous met dans la bouche les paroles ci-dessus d'Alexandre VII ; ce qui ne se peut dire par ceux qui ne croient pas que les cinq propositions soient dans Jansénius et qu'elles soient condamnées dans son sens. Car je ne puis paS'parler comme le pape si je ne pense comme le pape, et si je parle contre ma pensée, quoique je parle comme le pape, je ne laisse pas de faire un mensonge, puisque mentir n'est autre chose que déparier contre sa propre pensée. Au reste on voit bien par cette déclaration qu'on n'a pas osé dire la vérité, savoir qu'on n'obligeait à signer que le droit et non pas le fait. Et néanmoins c'est ce qu'on espérait de la générosité épiscopale de M. d'Orléans dans un tamps où l'on exerce sur les esprits des théologiens une tyrannie toute nouvelle, en les obligeant de croire des faits non révélés. Il fallait parler franchement dans une affaire de cette importance, parce que c'est une occasion où la vérité ne doit point être cachée : nihil veritas erubescit, nisi solum modo abscondi.
« Mais, Monsieur, ce qui me touche le plus est ce que je vois, que l'on fait à l'église de France la plus grande plaie qu'elle puisse jamais recevoir, en ce qu'on permet que des évéques, assemblés pour des chosespurementcivileset sans aucune autorité ecclésiastique, s'attribuent la puissance de faire des articles de foi. Car comme le symbole oblige à la croyance, et qu'il est la marque de notre foi, tassera fidei^ et que d'ailleurs il est très constant que l'Assemblée du clergé peut se tromper, même dans les choses de foi, n'est-ce pas exposer l'église gallicane à croire des choses comme
de foi, qui néanmoins ne seront point de foi, et même seront fausses? Que si autrefois un mot de quatre syllabes, filioque, ajouté au symbole de Nicée, et dont l'addition fut blâmée de Léon III, a fait un si grand ravage dans l'Église en donnant occasion au plus cruel schisme qui ait jamais été, et qui sépara l'Orient d'a\ec l'Occident, comment une poignée d'évêques, assemblés pour les choses purement temporelles, osent-ils entreprendre, non pas d'ajouter un mot à un symbole, mais d'en composer un tout entier, où ils mêlent à dessein un fait non révélé et incapable de faire un article de foi, afin de trouver occasion de persécuter des innocents? Y a-t-il le moindre scholastique qui n'enseigne qu'il n'appartient de faire aucun symbole de foi qu'à ceux qui ont droit de juger définitivement et en dernier ressort des choses de la foi? Car ne sait-on point qu'ils n'ont pas cette autorité ? C'est une chose assez étonnante de voir que les évêques de France qui, écrivant au pape il y a environ huit ou neuf ans pour lui demander la censure des cinq propositions, reconnaissent qu'ils n'ont pas droit d'en juger : Majores causas, disent-ils, ad Sedem Apostolicam re ferre solemnis Ecclesise mos est, quem fides Pétri nimquam deficiens perpétua retineri pro jure suo postulat, veulent néanmoins aujourd'hui se donner le pouvoir de nous faire un symbole de foi ? Après avoir fait cette lâcheté que de se dépouiller entre les mains du pape d'un droit qui leur appartient, ils commettent un attentat en usurpant un droit qui n'appartient ni à eux, ni au pape, mais seulement à un concile général.
« Vous êtes trop clairvoyant pour n'être pas convaincuque c'est saper la religion par le fondement, puisqu'on établit la foi sur un fondement ruineux. C'est une erreur pire que celle qui rend le pape infaillible, parce que le clergé de France est plus corrompu que la cour de Rome, qui en ce point tâche de se maintenir par quelque équité apparente dans l'estime de leur prétendue infaillibilité. Mais qui ne sait que le clergé de France est une assemblée de gens pour la plus grande partie prostituée à la passion de la cour, et où l'ambition préside au lieu du Saint Esprit. Et ainsi ils feront autant de formulaires de foi que la cour changera d'intérêts.
« Cela donne mêmement lieu à chaque évêque de faire des