LIVRE XXV
dit qu'il avait été mal excommunié, et que ce n'était point pour avoir baptisé trois fois un enfant, n'étant pas si ignorant que cela, lui qui par grâce de Dieu avait enseigné depuis trente ans la manière d'administrer les sacrements, mais qu'il avait été excommunié, etc. Messieurs, dit-il, vous m'entendez bien, et que celui qui l'avait excommunié était lui-même excommunié et irrégulier, qu'il ne pouvait point conférer les saints ordres, et que ceux qui les recevaient de lui offensaient Dieu mortellement.
Apostrophant sa chaire il ajouta : Ha ! pauvre chaire 1 qu'avais-tu fait pour te traiter avec cette indignité, de te déshabiller et de te dégarnir? Si tu avais du sentiment, qu'est-ce que-tu ne dirais pas? Mais enfin j'appréhendais qu'on fît de toi comme de la galère. »
Puis s'adressant à ses auditeurs, il dit : « Mais, messieurs, voulez-vous que je vous dise une chose qui est étonnante et qui vous surprendra ? On a écrit au roi que j'avais prêché dans cette chaire que M. d'Alet était hérétique, et on sait bien qu'il y a trois ans que je n'ai prêché depuis la grande bataille contre les jansénistes. Messieurs, je ne parle pas fort contre eux aujourd'hui parce que ce n'est que le jour de ma justification, mais en carême. Dieu aidant, je les traiterai de telle façon que cette canaille n'aura pas de quoi lever la tête.
« Ils font courir le bruit, ajouta-t-il, que tout est calme à Paris; qu'on n'y parle point contre les jansénistes, et moi qui vous parle, et nous tous du bon parti, avons les poches pleines de nouvelles contraires, et que le roi prépare des supplices contre ceux qui seront convaincus de cette hérésie. Et voyez-vous, messieurs, si après cela le roi leur donnera des abbayes ? »
Comme il avait dans son auditoire un très grand nombre de religieux, il les anima tous à prêcher contre ceux qu'il traitait de jansénistes, et leur-déclara que s'ils ne le faisaient pas, il les accuserait de lâcheté au jour du jugement; mais que ce malheur n'arriverait point, puisqu'il était assuré et très persuadé de leur zèle, qu'ils n'étaient point des jansénistes fieffés, et que cette canaille serait terrassée ; qu'on avait écrit au roi qu'il avait prêché contre le droit des curés, et qu'on avait envoyé à Sa Majesté une lettre qu'un religieux de Béziers lui avait adressée sur ce
sujet avec la réponse qu'il lui avait faite. Enfin que depuis la naissance de l'Église, elle n'avait point lancé tant de foudres et tant d'excommunications qu'elle avait fait depuis le jansénisme.
Ce sermon fut une farce perpétuelle qui fît rire la plupart de ses auditeurs. Mais ceux qui avaient les sentiments qu'il faut avoir pour la vérité et pour la justice gémirent de voir une si scandaleuse profanation de ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré dans notre religion, et un mépris si insolent de toutes les règles de l'Église. Son impudence alla jusqu'à mettre en compromis la personne même du pape dans un sermon qu'il fit à Béziers le jour de Saint Pierre et de Saint Paul. Car il dit en propres termes : « J'ai dit autrefois que le pape était moliniste, et quelque chose que l'on puisse dire au contraire, je le soutiens encore et le confirme maintenant, et j'ajoute que non seulement le pape est moliniste, mais même que si le pape n'est pas moliniste, il est hérétique, et. que quiconque nie que le pape est moliniste, nie aussi qu'il soit catholique. »
Les jacobins de Béziers, quelques-uns desquels avaient assisté à celte prédication, crurent qu'il ne fallait pas souffrir plus longtemps que la religion fût outragée par ce déclamaleur furieux. Ils se sentirent obligés d'en écrire à Rome, et adressèrent cette lettre au commissaire du Saint- Office :
Reverendissime Pater,
Negotium Christi agitur et Ecclesise quoties caput ejus visibile contemnitur. Non possumus ex ore sacriiego abhinc paucis diebus scandalose prolala dissimulare. Parochus ecclesicc abbatialis S. Aphrodisli hujus civitalis Bilerrensis, nomine Dupuy, cum die 5 maii praîlerita proposuissel in pulpito publiée concionando sanctissimum D. papam esse molinistam, catholici, tum regulares tura seculares, rite sentientes summum Pontificem, primam reguiam veritalis, a nullo doceri posse^dum contra scandalosum dogma obmurmurarent, in die S. S. Aposloiorum Pétri et Pauli dictus parochus Dupuy nefas adeo aggravavit ut ad tribunal Sancti Officii mereatur advocari. Sunt formalissinia verba concionantis, populo totius civilatis audiente : « Alias dixi papam essse molinistam. Quicquid contra dicatur, modo conlirmo, et addo quod papa non solum molinista est, verum etiam quod si papa molinisla non est, haerelicus est. Quin eliam qui negat papam esse molinistam, negat ipsum papam esse calholicum. » Qua; verba aliis ridenlibus,