‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 112 sur 440 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Emportement du curé de Sainte-Aphrodise, dans la ville de Béziers. JMsr l'Kvêque d'Auioune l'excommunie. 11 se révolle contre lui, le traite d'excoramiinié. Il est déféré par quelques réguliers au commissaire du Saint Office.

Il y avait alors dans Béziers un curé de Sainte-Aphrodise nommé M'' Guillaume Du Puy, qui après avoir été vingt ans jésuite conservait toujours une liaison particulière avec le Père Annat, et servait d'émissaire à sa compagnie pour ruiner toute la discipline du diocèse. Il était tellement prévenu d'une idée affreuse d'aversion contre tout ce qu'on appelait jansénisme [qu'il allait] jusqu'à traiter de jansénistes ceux de la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, parce qu'ils faisaient passer l'assistance à la messe de paroisse pour une obligation.

Il découvrit son sentiment sur ce sujet en répondant à un billet qu'un religieux de Béziers lui avait écrit sur ce sujet, sans doute pour avoir un curé qui autorisât sa prétention contre une obligation si ancienne :

« Monsieur,

« On débite un livre dans la ville de Béziers, approuvé, et que j'ai, intitulé : L'idée d'un bon ecclésiastique, ou les sentences chrétiennes et cléricales de Messire Adrien Bourdoise\ prêtre de la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, où ces propositions sont, folio 44, chapitre des curés et des paroisses.

La première : Je ne pense pas qu'un chrétien puisse autrement s'absenter fêtes et dimanches de saparoiss? qu'un écolier de sa classe.

La seconde : Ceux qui vont tout autre part qu'à leurs paroisses sont bien au hasard d'aller autre part qu'en paradis. J'ai voulu vous mettre ces deux propositions en d'autres termes afin de savoir votre sentiment, et si vous voulez voir le livre, ce sera quand il vous plaira. »

• 1. Adrien Bourdoise (i584-16J5), fondateur du Séminaire de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, était lié d'amitié avec Saint-Vincent-de-Paul et avec l'abbé de Saiut-Cyran.

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Le curé de Sainte-Aphrodise répondit ainsi à ce billet :

« Je trouve que ce ctiardonnet dégoise en janséniste, et qu'il ne prend pas le ton du coq de Saint-Pierre. C'est un personnage qui, pour être de communauté, ne suit pas le commun de l'Église, ni le sentiment des docteurs catholiques. Il faut croire que ce faiseur d'idées mange tout son soûl de l'antimoine, et qu'étant comme il est ennemi des religieux, il ne peut pas être un bon ecclésiastique, ni guère mieux nous en donner l'idée. Quant aux sentences chrétiennes et cléricales qu'il promet au titre de ce livre, je dis que s'il n'en a pas d'autre style et d'autre qualité que celle que vous me marquez, c'est un pitoyable chrétien et un chétif clerc. C'est l'opinion commune de l'Église qui laisse aux fidèles la liberté d'ouïr la messe où ils voudront, et qui n'a jamais dit en aucun de ses décrets : Tu entendras la messe à la paroisse. Je me remets du surplus à ce que vous en savez mieux que moi, et à tout ce que les religieux ont de privilèges. »

L'ignorance, la témérité et l'effronterie de ce curé étaient prodigieuses, mais ces qualités ne le rendaient que plus propre à servir d'instrument aux passions des Jésuites, qui n'ont point de personnes plus dévouées à leurs intérêts que ceux qui, étant sortis de leur société, veulent encore après cela tenir quelque rang dans l'Eglise et en faire les fonctions. Car ils n'en soufTriraient point d'autres, et ne laisseraient jamais en repos ceux qui ne leur seraient pas tout à fait acquis.

Cet ennemi régulier de la discipline s'était déjà révolté contre les ordonnances de feu messire Clément de Bonzi *, évùque de Béziers, qui avait défendu sous peine d'excommunication de séparer les cérémonies du baptême de l'administration de ce sacrement, hors le cas de la nécessité pressante.

M. l'évêque d'Aulonne^ grand-vicaire de M. de Béziers, successeur de ce prélat, ayant reçu des plaintes fréquentes contre ce curé de Sainte-Aphrodise, qui continuait toujours sur ce sujet dans sa révolte contre les règles de l'Église,

1. Clément de Bouzi, évoque de Béziers, mourut en 1659. Son successeur fut son ueveu Pierre de Bouzi (1631-1703) qui reçut la pourpre en 1672.

l'avait exhorté de s'en abstenir; mais c'avait été aussi inutilement que par le passé, et il arriva même une occasion qui le porta à enchérir sur ses anciens désordres. Car il entreprit d'ondoyer un enfant d'une autre paroisse, qui n'était nullement en danger de mort^ sans lui donner les onctions et achever les autres cérémonies de ce sacrement. Huit ou dix jours après, il lui avait donné ces onctions avec le reste des cérémonies, nonobstant la plainte du propre curé et du père et de la mère de l'enfant. Et enfin, quelques jours après, il avait réitéré les mêmes onctions et les mêmes cérémonies à la prière des parents, à cause de l'arrivée du parrain, qui était absent la première fois qu'il les avait faites.

M^' l'évèque d'Aulonne l'ayant excommunié pour un si étrange excès, il appela comme d'abus de son excommunication au Parlement de Toulouse, et il y obtint permission de se faire absoudre ad cautelam par le grand-vicaire de l'archevêque ; car les officiers de M. de Marca, aussi bien que celui qui leur avait communiqué son autorité, ne connaissaient pas de canons plus inviolables que la volonté des Jésuites, et quoique l'absolution de ce curé portât absolument Cum rescindentia et pendente lite, ce qui est toujours opposé aux absolutions ad cautelam, qui ne sont que pour permettre à l'excommunié de comparaître devant ses juges d'appel, de les solliciter, de communiquer avec son conseil, et de faire licitement tous les autr.es actes nécessaires pour sa défense légitime devant le supérieur ; néanmoins le curé excommunié prétendit que cette absolution le rétablissait pleinement dans son premier état; et contre la pratique de tout le royaume, et les ordonnances de nos rois, qui ne souffrent pas qu'en fait de discipline ecclésiastique les appellations aient un effet suspensif, mais seulement dévolutif, il s'ingéra après la première publication de son appel dans toutes les fonctions curiales, jusqu'à monter en chaire et prêcher injurieusement contre Ms' d'Aulonne et la validité de son excommunication. De plus il fit écrire à la cour qu'il n'avait été excommunié qu'à cause qu'il avait prêché contre les jansénistes, mettant Mk' d'Aulonne dans ce nombre.

Pendant ce procès, prêchant le jour de la sexagésime dans l'église collégiale de Sainte-Aphrodise de Béziers, il

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