‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 125 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

lui a inspiré d'écrire au roi, puisque la plus noire médisance ne saurait attribuer son zèle à aucune passion, ni à aucune vue que celle de satisfaire à sa conscience.

«Pour moi je me croirais fort coupable devant Dieu si je m'étais opposé en cette rencontre au mouvement de sa piété, et au dessein que Dieu paraît avoir de couronner une vie si sainte par une action si digne d'un grand évéque. Car la charge d'un évêque renferme deux sortes de devoirs : les uns qui regardent la portion du troupeau de Jésus- Christ sur laquelle il doit particulièrement veiller, les autres qui s'étendent à toute l'Église, dont les intérêts sont communs à tout le collège épiscopal, selon cette belle parole de saint Cyprien : Episcopatus unus est, cujus in solidum pars ab omnibus tenetur. Il faut avouer qu'il n'y a guère de saint évoque qui ait plus fait dans son diocèse particulier que ce prélat a fait dans le sien. Mais il lui reste encore, pour accomplir entièrement les devoirs de son caractère, de s'appliquer davantage aux devoirs communs de l'Église, et empêcher autant qu'il pourra qu'un prince très religieux ne soit trompé par des évêques de cour qui l'engagent par leurs mauvais conseils à vouloir ne pas suivre l'Église comme un enfant suit sa mère; mais que l'Église le suive, comme s'il en était le père ou le maître. Et ce qui oblige tous les évêques qui ont quelque zèle pour la vérité à parler en cette rencontre, c'est que les évêques de cour font croire au roi et au pape que leur procédé violent et illégitime est approuvé de tous leurs confrères, de sorte que je ne- comprends pas comment un homme de bien peut demeurer dans le silence lorsqu'il voit que l'on se sert de son silence pour opprimer la vérité et pour engager dans l'injustice les premières puissances de la terre. Mais lorsqu'un évêque a commencé à parler, il a grand sujet de se plaindre de ceux qui sont de même sentiment que lui et qui approuvent ce qu'il a fait, s'ils l'abandonnent et laissent croire au roi, en ne disant rien, qu'ils sont joints à ceux qui l'improuvent. Je ne puis croire, Monsieur, que les amis de M, d'Alet ne se rendent à ces raisons quand vous les aurez représentées, et qu'ils ne considèrent qu'étant présentement l'évêque de France le plus regardé, et dont l'exemple peut avoir de plus grandes suites, ce ne serait pas une petite faute devant Dieu de

l'empêcher d'agir,dans la vigueur de son zèle, pour le bien de toute l'Eglise. »

Mais la sagesse humaine de ces amis de M. d'Alet n'empêcha pas que les copies de ses deux lettres ne courussent dans le monde, et dès qu'elles vinrent dans les mains des libraires, il s'en trouva un qui les donna au public en les faisant imprimer avec quelques autres de même nature. Voici ce qu'elles contenaient'.

Cette lettre au roi en produisit d'autres, i3t si elle ne fit pas en ce temps-là un fort grand effet à la cour, elle fit impression sur l'esprit de plusieurs évêques. M. de Beauvais, qui avait été touché de celle de M. d'Angers, était dans la disposition de faire la même chose quand il en trouverait une occasion favorable, et il en écrivit ainsi de Bresles le 10 août à M. Hermant, en lui faisant part des deux lettres de M. de Châlons :

« J'ai fait réponse à la précédente que j'ai reçue de sa part, et sans m'arrêter aux expédients proposés par M. de Sens dont il m'avait donné part, je me suis récrié sur la lettre de M. d'Angers, la faisant valoir autant qu'elle le mérite. Excitant aussi celui auquel j'écrivais à suivre cette conduite, je lui mandais ce que j'avais appris de la lettre de M. d'Alet, soit pour le bruit qu'elle avait été envoyée^ soit pour la suppression. Et que si ce prélat et ceux qui sont unis avec lui faisaient la même chose que M. d'Angers a faite ; si M. de Sens et M, de Châlons écrivaient à S. M. (ce que je ferais aussi), que je m'imaginais que cela pourrait faire un bon effet, et embarrasser ceux qui font plus les mauvais, qui sont plus en repos, à moins qu'il vienne des foudres et des anathèmes de Rome.

« Je fais aussi réponse à cette dernière et je mande à ce prélat que je veux bien écrire à Rome, mais que je ne sais par qui faire rendre ma lettre, ni comment elle y sera reçue, à cause que je ne suis pas moins décrié dans cette cour-là que dans celle de France, et que notre Saint Père ni ses ministres n'ont pas de bonnes dispositions pour moi. Que je ne sais

1. On lit eu marge du ms. : Copier ici ces deux lettres de M. d'Alet au roi et au clergé. Oa ne l'a pas fait, deux pages sont restées blanches. Les deux lettres de Pavillon se lisent dans la Vie de M. Pavillon.,, {Saint-Miel, 17.38), t. Il, p. 26-33.

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