‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 124 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

l'importance de l'affaire, el de ne pas employer la sévérité de ses arrêts pour faire exécuter des délibérations qui ruinent entièrement la discipline de l'Eglise, et dont la forme est d'une très dangereuse conséquence, et déclare que pour lui il ne peut s'y soumettre. Il en écrit aussi une autre à l'Assemblée ; mais on croit qu'elle sera arrivée trop tard. Il est même d'avis, que si quelqu'un de ceuK qui ont du zèle pour soutenir l'honneur de l'Église dans les formes canoniques est attaqué, tous les autres se joignent pour sa défense.

« Voilà les sentiments de ce saint prélat, qui doivent, ce me semble, être partout d'un très grand poids : et pour moi, j'y ai tant de respect et de déférence que je me sens obligé de suspendre toute autre pensée, et m'imagine aussi, Monseigneur, que vous prendrez par votre mouvement la même conduite. Mais je suis étonné, que la lettre de Monseigneur d'Angers étant si publique^ celle-ci demeure étouffée, et crois que c'est par dessein qu'on en supprime la nouvelle et le bruit, qu'il est néanmoins, ce me semble, fort à propos de répandre. D'ailleurs, ne jugeriez-vous pas fort utile que chacun en particulier écrivît à Rome pour informer le pape de ses véritables dispositions, qui ne vont qu'à la soumission à ses bulles et au bien de l'Église, empêcher les préventions qu'on essaie apparemment de mettre dans son esprit, et lui faire connaître les grands inconvénients que la délibération de l'Assemblée emporte nécessairement? J'en écris de la sorte au pays de M. d'Alet, et aurais bien désiré que les grands-vicaires de Paris eussent agi dans son esprit. Je pense que leurs intentions sont bonnes ; mais je vous avoue en confiance que leur conduite me paraît pitoyable, et leur mandement très mal conçu. J'espère que vous serez maintenant satisfait de ma diligence, et suis de tout mon cœur. Votre, etc. »

Les amis de M. d'Alet supprimèrent la lettre au roi qu'il leur avait adressée pour être rendue à S. M. par M. le prince de Conti. M. Ferret, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, crut que la lettre de M. d'Angers ayant été mal reçue à la cour, on n'y devait pas commettre la réputation d'un homme de Dieu qui avait plus à perdre que les autres si la chose eût mal réussi. Cette discrétion était fort grande ; mais elle n'était peut être pas assez évangélique. Du moins

elle ne parut pas telle à M. Ârnauld, et il en témoigna son affliction par celte lettre du 10 août :

« Autant que j'avais eu de joie d'apprendre que M. d'Alet avait écrit au roi, autant j'ai eu de douleur de savoir que ses amis ont empêché que cette lettre n'ait été rendue. En vérité je ne sais quelles raisons ils ont pu avoir de s'opposer à l'intention' de ce saint prélat pour lequel ils ont, et avec sujet, tant de vénération. Étant très modéré et très retenu de sa nature, ils devaient croire que ce ne pouvait avoir été que le mouvement de Dieu qui l'avait porté à cette action pour satisfaire à un des plus saints devoirs des évéques, qui est de représenter aux princes les véritables intérêts de l'Eglise avec une générosilé apostolique. La crainte que cette lettre ne fût aussi mal reçue que celle de M. d'Angers n'était pas une raison de l'arrêter. Car cette prétendue mauvaise réception ne fait pas que M. d'Angers ne soit très satisfait de l'avoir écrite, et je vous envoie un billet écrit de Fontainebleau qui vous fera voir que si cette lettre de M. d'Angers ne fait pas tout l'effet qu'il serait à désirer, Dieu en demandera compte aux évêques qui ne l'auront pas appuyée comme ils devaient. C'est bien mal servir les rois que de ne leur pas dire la vérité parce qu'ils peuvent en être choqués d'abord. Car outre qu'il suffît d'avoir satisfait à sa conscience, il y a sujet d'espérer que si l'on persévérait à leur dire la vérité avec fermeté et avec respect^ peu à peu ils y entreraient, et se détromperaient des mauvaises impressions qu'on leur a données; au lieu qu'ils s'y fortifient tous les jours et s'accoutument à gouverner l'Église comme leur État, avec une autorité absolue, parce qu'ils ne trouvent personne qui leur résiste. Il ne faut pas douter que la fermeté de saint Ambroise n'étonnât d'abord Théodose ; mais il en fut ensuite si édifié qu'il disait, qu'il n'avait connu qu'Ambroise d'évêque. Les rois paraissent aimer les lâches, mais ils les méprisent ; et au contraire ils témoignent quelque éloignement des généreux, mais ils les estiment, surtout quand ils ne peuvent point attribuer la résistance qu'on leur fait à aucun intérêt humain, et c'est, ce me semble, ce qui doit engager davantage ce saint prélat à persévérer dans le dessein que Dieu

i. M?. : l'inslinct.

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