‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 128 sur 440 · Sic, c'est-à-dire et tant elle est · texte numérisé non relu

Sic, c'est-à-dire et tant elle est

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moment. Mais ce n'est plus vivre que l'état où elle est, qui n'est proprement que le sommeil de ces vierges de l'Évangile qui attendent le cri qui les doit avertir de l'arrivée de l'Époux. Qu'elle est heureuse! et que nous sommes à plaindre de ce que nous n'entrons pas aussi tôt qu'elle dans la salle de l'Époux, et que nous ne l'aurons plus pour nous exciter par son exemple et par ses paroles à rallumer nos lampes quand elles s'éteignent, et surtout dans ce temps-ci où les vents et l'orage nous menacent si fort d'avoir plus que jamais de la peine à les conserver! Mais comme c'est la foi qui allume, il ne la faut pas perdre dans cette occasion, et je fais tout ce que je puis, pour ne voir que par les yeux spirituels qu'elle me donne toutes les choses qui se passent.

« Je suis tout à vous, mon Père, etc. »

La mort de cette grande religieuse suivit de près cette lettre : et voici comment M. Arnauld, l'ayant apprise, continua celle qu'il écrivait à M. Hermant :

« Je ne puis m'étendre davantage, étant tant troublé de la triste nouvelle que l'on me vient d'apprendre présentement de la mort de la Mère Angélique. Je ne sais à quelle heure elle est arrivée. Je savais dès hier après dîner qu'elle était à l'agonie. Vous pouvez croire quelle affliction c'est à celte pauvre maison. Néanmoins Dieu les soutient, et il faut espérer qu'elles auront en elle une puissante protectrice dans le ciel. Ceux qui la blâment sont bien malheureux de médire d'une sainte. Je ne sais s'il plaira à Dieu de la manifester, mais elle ne l'est pas moins dans mon esprit que si elle était canonisée*. Elle est morte après avoir achevé son œuvre, puisqu'elle ne pouvait pas désirer un plus grand fruit de ses travaux que de laisser la maison qu'on peut dire qu'elle a fondée dans une paix, une union et une charité admirables, au milieu de la plus grande tempête qui puisse agiter un monastère. C'est la dernière prière que Jésus-Christ a faite pour les siens en se disposant à sortir de ce monde : Qu'ils fussent Un, comme il était Un avec son Père. Cette bonne Mère a vu ce souhait accompli dans ses chères filles, avant que de sortir de celte vie. Elle n'avait plus besoin après cela que d'aller à Dieu

1. Ces mots depuis : Ceux qui la blâment, ont été barrés au ms. et ne figurent pas aux copies.

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pour recevoir la récompense de ce qu'il lui a fait faire pour ga gloire. Je vous envoie un billet de ma sœur Angélique qui vous fera voir la disposition où Dieu les a mises dans une si grande perte. Je vous supplie de me le renvoyer.

« Je suis tout à vous. »

M. de Beaupuis', bachelier en* théologie, qui était encore à Paris, mandant le même jour à M. Hermant, son ami, celte nouvelle, lui apprit aussi l'extrémité de la maladie de M. de llebours, l'un des confesseurs de Port-Royal.

« La Mère Angélique mourut hier sur les neuf heures du soir. Elle avait perdu la parole et la connaissance dès le matin, s'étant servie jusque-là de l'une et de l'autre pour consoler et encourager la Mère abbesse et ses pauvres filles qu'elle voyait auprès de soi abattues et désolées au point que vous pouvez vous imaginer, témoignant une grande joie de s'en aller à Dieu.

« M, de Rebours ne sera pas longtemps sans [la] suivre. 11 est abandonné des médecins à cause d'une rétention d'urine dont il est travaillé depuis quelques jours, qui vient du défaut des reins et de la faiblesse de la nature, à quoi ils ne voient point de remède, bien qu'il ait encore l'esprit fort sain et la parole assez libre. Comme ce bon homme n'avait été fait prêtre que pour la maison à laquelle il a toujours été attaché, au moment que les hommes l'ont mis hors d'état de pouvoir continuer les services qu'il a rendus jusqu'ici à cette sainte maison, Dieu le retire du monde comme s'il n'y avait plus affaire, ayant achevé l'ouvrage pour lequel il avait été ordonné. Ce qui est sans doute un grand sujet de consolation pour lui et pour ses amis, qui le voient par ce moyen délivré de toutes les peines de cette vie, et sur le point d'aller jouir d'un parfait repos. »

M* deCrèvecœur en donna aussi avis au même M. Hermant par ce billet daté du 7 août à 8 h, du matin.

« Enfin Dieu nous a frappées du coup dont il y a si longtemps qu'il nous menace. 11 nous a ôté celle qu'il nous avait

1. Charles Walon de Beaupuis (1621-1709), élève et ami d'IIermant, fut lié étroitement avec P. R. Il fut directeur des écoles de Paris, puis des Granges, et après leur destruction supérieur du Séminaire de Beauvais tant que vécut M. de Buzenval.

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donnée pour mère fondatrice de la vertu de cette maison. Elle a quitté. les misères de cette vie pour jouir de l'éternité bienheureuse le jour de la Transfiguration à dix heures du soir, après avoir beaucoup et bien souffert tant au corps qu'à l'esprit. Elle a été plus de vingt-quatre heures à l'agonie. Et je puis dire qu'elle "k imité saint Etienne en pardonnant, et priant, et excusant ses ennemis jusques au dernier moment de sa vie.

« M. de Rebours tire à sa fin. Il est à l'agonie, et peut-être mort à l'heure présente. Qu'ils sont heureux au prix de nous! Ne les pleurons pas, mais pleurons sur nous-mêmes. Jamais je n'ai eu une si grande douleur. J'en suis toute accablée * ».

M. Hermant répondit exactement à toutes ces lettres, et se consola avec M. Arnauld par celle-ci, qui est datée du 9 août :

« J'avais appris dès hier la mort de la Mère Angélique, dont votre lettre que j'ai reçue ce matin, me marque toutes les particularités, le reste étant venu à ma connaissance par des billets *. 11 faut bénir Dieu pour une conduite si adorable, et croire que cette grande âme qu'il a exercée par les souffrances d'un si long calvaire sera montée sur le Thabor le jour de la Transfiguration, pour n'en descendre jamais que revêtue de tout l'éclat de son Sauveur. A peine notre siècle a vu une vertu si éprouvée et une chasteté si féconde '. Elle a caché un esprit d'ange dans un corps humain; un cœur de martyr dans les membres d'une vierge. Elle a été éclairée sans affectation, humble dans l'élévation de sa piété, désintéressée au-delà de l'imagination de nos esprits ; pleine de zèle pour l'Église dans toute la modestie de son sexe. Elle a ressuscité dans le cloître le véritable esprit de religion, et fait voir que la grâce de Dieu peut conserver dans la décadence du monde la ferveur des premières années de sa sainte épouse. Elle a été votre sœur par la naissance, et

1. Tout ce passage depuis : La Mère Angélique mourut, a été barré au ms. et ne flgure pas aux copies.

2. Ce passage depuis : J'avais appris, est barré au m s. mais figure aux copies.

3. Les copistes ont cru devoir remplacer ce dernier membre de piirase par : et une charité si grande.

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