‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 13 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

nouveau statut par ceux des chanoines qui s'exposaient à toutes choses plutôt que de le signer.

La conjoncture était trop favorable pour ne s'en pas prévaloir. Ceux qui remuaient les ressorts crurent qu'il était sûr de faire alors ce qu'ils avaient dû avoir observé dès le commencement de cette affaire, et par une humilité pharisaïque ils lui firent dire par ses vicaires généraux, à qui ils portèrent la parole pendant qu'il était occupé à la visite de son diocèse, qu'ils étaient prêts de recevoir de ses mains le formulaire de l'Assemblée générale du clergé de France quand il lui plairait de [le] leur envoyer pour être souscrit par ceux de leur corps.

Ce piège eût été assez bien tendu s'ils eussent eu affaire à un prélat qui reconnût l'autorité de l'Assemblée générale comme une juridiction légitime, ou qui n'eût point été offensé comme il l'avait été lui-même depuis tant d'années dans les droits de son épiscopat, dans sa personne et dans celle de ses amis et des défenseurs de son caractère. Mais il s'en garantit sagement en faisant dire à son chapitre que quand ils auraient remis les choses en l'état où elles étaient avant le statut, il leur enverrait son mandement pour la signature du formulaire. Ce fut ce qui répandit le bruit qu'il avait fait un mandement, et ce qui lui fit donner des louanges publiques par M. de Laon dans l'Assemblée du clergé. Mais la vérité est qu'il ne fit aucun mandement en ce temps-là, et que s'il eût été obligé d'en faire, il y aurait distingué nettement le fait et le droit.

11 fut encore exercé en ce temps là par une épreuve plus dangereuse, parce que c'était une persécution qui ne venait que de tendresse et d'amitié, et qui lui était faite par des personnes dont l'affection pour sa personne lui était connue depuis longtemps. Les visites de son diocèse l'arrêtant alors pour quelques jours dans le village de Crêvecœur, M. le duc de Liancourt lui envoya le sieur Poucet, l'un de ses plus anciens et plus fidèles domestiques, pour lui demander une conférence en quelque endroit sur les affaires présentes, avec le Père Desmares et M. Des Lions, doyen de Senlis, qui prétendaient avoir découvert depuis peu des lumières capables de le mettre en repos sans intéresser sa conscience. 11 était fort malaisé que M. de Beauvais en trouvât le temps et le lieu dans le cours d'une visite pastorale. Il promit

néanmoins de se rendre en son château de Bresles à quelques jours de là, et on ne peut mieux s'instruire de ce qui s'y passa que par cette lettre que M. Hermant en écrivit le 15 du même mois.

« Enfin cette grande conférence demandée depuis tant de temps s'exécuta hier, et nous fûmes surpris sur les onze heures [de voir] arriver à Bresles où nous sommes le seigneur à qui vous avez autrefois écrit une lettre fort célèbre, le confrère * que vous avez vu au mois de janvier, et le Père Guy. Car nous n'attendions que les deux derniers, et le premier n'avait nullement parlé qu'il serait de ce voyage. Nous attendions de grandes lumières ; mais je fus fort surpris quand je trouvai le doyen qui lisait le résultat de l'Assemblée, et qui faisait tous ses efforts pour en faire valoir la substance et pour porter à se servir le plus que l'on pourrait des termes dont il est composé.

« Il voulut supposer d'abord qu'il y a un jansénisme, parce que depuis vingt ans il y a des personnes qui combattent Jansénius et d'autres qui le défendent. On ne put souffrir cet excès, et on lui fit voir que n'y ayant point de secte sans dogme, ce nom n'était qu'un fantôme. Que M. Habert ayant parlé de quarante propositions hérétiques, elles s'étaient trouvées réduites à quatorze; ces quatorze à cinq, ces cinq à une, et cette unique, savoir la seule grâce efficace, à une pure question de fait.

« Ils se réduisirent à dire qu'il fallait se contenter de déclarer par un mandement que l'on recevait toutes les décisions de foi qui sont comprises dans les bulles et dans le formulaire, ou que l'on condamnait tous les dogmes hérétiques qui y sont condamnés, sans promettre silence sur le fait, parce que ce serait rompre en visière.

« Je leur représentai que l'Assemblée ayant voulu faire passer ce fait pour un article de foi, comme il paraît en ce qu'elle menace de punir comme hérétiques selon les canons ceux qui y contreviendront, il faut nécessairement distinguer le fait sans équivoque. Je leur alléguai un passage de saint Hilaire, au livre 10 de la Trinité, qui ne souffre pas qu'il y ait aucune dislance entre le cœur et la langue, et je leur lus les paroles de ce Père qui me paraissaient trèsconsi-

1. Note marginale d'Hermaat : le duc de Liancourt; M. des Lyons.

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