LIVRE XXV
dérables : Non tardo opus est petitoque longé verbo confessionis, nec intervallo aliquo inler cor atque os relicto, ut quod ad prote&lationem religionis loquendum sit, per infidelem ambiguitatem cogitetur : sed et juxta nos esse oportet et in nobis, ne aliqud inter religionem cordis atque or'is mord fides nostra non ita in sensu sit ut in verbis; sed connexa on atque cordi incunctandam fiabeat et sentiendi et loquendi religionem. Je leur fis voir qu'il n'est pas à croire qu'un évêque en soit quitte devant Dieu pour faire cette distinction du fait et du droit, qui n'est tolérable qu'à des prêtres, et que je ne pouvais comprendre comment ils croyaient pouvoir en consscience faire des efforts pour détourner un évêque de rendre ce service à l'Église, J'ajoutai qu'en cela ils étaient bien éloignés de la générosité de M. Perrault, dont je leur exposai la peine. On se leva pour dîner, et quand le prélat fut éloigné, je leur dis qu'ils étaient les amis de son repos temporel et les ennemis de son salut; qu'il avait raison de leur dire comme Jésus-Christ à saint Pierre: Vade rétro, Satana, non enim sapis quœ Dei sunt, sed qua; hominum; et que s'il suivait leur conseil, il en aurait un jour regret à l'heure de la mort. Cela toucha le seigneur (M. de Liancourt) et l'obligea à déclarer que ces choses étaient au dessus de lui et qu'elles le passaient. On recommença après dîner, mais avec la même faiblesse et sans aucune conclusion, si ce n'est qu'il y a grande apparence que le prélat se porte à se contenter de ces expressions, à moins que quelque autre ne lui donne l'exemple d'une plus grande générosité. C'est l'amertune qui me reste dans le cœur, avec la réputation d'opiniâtre. Il se dit plusieurs choses fausses. Le doyen remit encore sur le tapis ses vieux contes de M. Vincent contre M. de Saint-Cyran, que l'on a ruinés cent fois, et le père Guy voulut soutenir que M. d'Astain (M. Arnauld) s'était relâché en prenant le parti des nouveaux thomistes, ce qui lui avait nui infiniment. Je tâchai de ne pas demeurer muet, et au sortir de la conférence, le doyen me pria de lui pardonner ses faiblesses. Je leur venais de reprocher qu'ils avaient tous une basse et misérable idée de l'épiscopat. Ce n'est pas qu'ils ne souhaitent que plusieurs évêques s'unissent ensemble; mais â moins de cela ils ne peuvent souffrir que notre prélat soutienne le choc. Vous voyez qu'on ne saurait rien lui proposer qui lui soit plus
30 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
pernicieux que ce raisonnement tout humain et tout politique. Jugez de ma peine par cette mortification.
« Sur le soir nous avons eu avis que nos confrères ont résolu de ne faire aucune réponse, et qu'ils s'en tiendront à leurs arrêts, parce qu'ils leur ont trop coûté d'argent à obtenir. J'oubliais de vous dire que M. Tristan ne dit presque pas un mol dans la conférence, et qu'il appuya la restriction générale sans venir au détail du fait. Consolezmoi au plus tôt sur cette peine; car je vous avoue qu'elle est très grande. Comme nous célébrions hier la fête de saint Basile, sou exemple me servit pour faire valoir le mépris qu'il faut faire des préjugés. Mais ces messieurs se moquent de tous les exemples qu'on leur allègue, et ils trouvent de la diversité dans tous les faits. Nous verrons ce que l'on fera à Paris, mais comme l'on tient l'accommodement de M. le cardinal de Retz tout arrêté, je crains que cette conjoncture ne gâte tout. Espérons en Dieu; c'est en lui seul que je veux être tout à vous. »
Le silence qui a toujours été comme naturel à M. de Beauvais, et qu'il affectait quelquefois par maxime, empêchait ses plus confidents de pénétrer dans ses véritables intentions, et il se pouvait faire qu'il n'en eût aucune de fixe en ce temps là, parce que se défiant un peu de lui-même, et ne se Jugeant point assez fort pour soutenir seul toute la violence de cette tempête, il se trouvait partagé entre sa conscience et ses forces. En effet il est certain que les évêques les mieux intentionnés cédaient par principe à l'impétuosité de ce torrent, comme l'on peut voir par ce billet de M. Godeau, évêque de Vence, à M. d'Andilly, copié sur l'original et daté du 19 juin :
« Les choses qui sont arrivées à Port-Royal et l'extrémité où l'on m'écrit qu'est la Mère Angélique me donnent les sentiments que vous pouvez aisément penser. Mais j'estime qu'en cette occasion il faut se taire et ne parler qu'à Dieu. Des coups semblables viennent droit de sa main, et quoiqu'ils soient très rudes, ce sont toutefois des coups de père que nous devons aimer. Tout le raisonnement humain y est confondu, et il n'y a que la Providence seule qui sache ce qu'elle veut faire de cet événement. Après tout, notre pèlerinage sur la terre ne sera pas long. Bientôt nous serons dans un royaume dont la vérité est le roi, et la loi la charité,