‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 136 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

pays là, d'où je suis plus éloigné du cœur que de corps. Mais il faut faire les choses utilement. Je crois qu'il eût été à propos de [se] concerter ensemble, et que [si] cinq ou six évêques eussent écrit au roi conjointement, cela eût eu sans doute plus de force. La lettre de M. d'Angers est admirable et digne d'un évêque du quatrième siècle. Pour moi, j'ai, pour vous dire les choses. comme elles sont, écrit au pape une lettre dont je vous envoie la copie. M. le cardinal Grimaldi m'avait mandé qu'à Rome l'on était peu satisfait de la formule et des délibérations du clergé, et que l'on était de mon sentiment, mais qu'on ne lui avait pas rendu de réponse précise. Nous verrons si on la fera à ma lettre, qui me semble être dans le sens que vous pourriez souhaiter. « Il est vrai qu'apprenant que tous MM. les Prélats faisaient signer, et même M. de Sens, j'ai fait signer mon chapitre, mais sans mandement. Je le réserve, s'il est à propos, pour la signature de mes curés, et je le ferai tel que celui de MM. les vicaires généraux de Paris. Cependant j'écrirai au roi une lettre qui lui dira ce que je dois sans dissimuler Ici vérité, si on la trouve à propos. 11 faudrait que quelques évêques comme MM de Châlons,deComminges.deConserans, de Beauvais, d'Alet, écrivissent aussi dans les mêmes termes. Ma lettre sera d'autant moins suspecte que j'aurai fait signer*. Enfin, croyez qu'où il ira de mon devoir, je ne craindrai rien du tout, et que je m'estimerai heureux de souffrir pour la justice. Priez pour moi et m'aimez.

« Il ne faut donner copie de ma lettre au pape à personne, jusqu'à ce que je sache s'il l'a reçue, si ce n'est à M. d'Angers, qui doit aussi, ce me semble, lui écrire. »

La générosité de M. de Vence était, ce semble, d'une autre nature que celle de tant de saints dont il a écrit la vie. Car regardant la signature comme un mal, il n'écrivait au pape pour l'empêcher qu'après l'avoir fait exécuter promptement par son chapitre. Et l'exemple de M. de Châlons et de M. de Sens n'était pas capable de le justifier sur ce sujet, puisqu'il était assuré par lui-même, pour savoir de quoi il s'agissait en cela, et qu'il pouvait se souvenir que lorsque M. de Châlons avait souscrit dans l'Assemblée, il avait protesté à ses amis que la conjoncture des choses l'avait obligé à cette condes-

1. Ce passage depuis : Il est vrai, est barré au œs. et ne figure pas aux copies.

cendance, mais que, quoiqu'il pût arriver, il n'ordonnerait jamais de signatures dans son diocèse.

C'était aussi une subtilité assez rare de dire qu'il avait fait signer le formulaire sans mandement. Car outre que c'était se dépouiller de toute son autorité épiscopale pour l'attribuer à l'Assemblée générale du clergé de France, qui n'avait aucune juridiction sur lui, c'était aussi témoigner une prodigieuse indifférence pour les vérités de la grâce et pour l'innocence d'un prélat contre lequel on voulait obliger tout le monde de porter un faux témoignage*.

Quoi qu'il en soit, il écrivit au pape cette lettrequi fut traduite après et imprimée.

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