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filles les unes après les autres, la conclusion de la visite fut que la nièce du Père Maréchal et sa compagne seraient mises dans deux monastères, que le confesseur serait continué, et qu'à cause du grand nombre de religieuses, le vicaire de Saint-Nicaise serait commis pour en entendre quelques-unes que les Jésuites avaient troublées.
Cette visite, qui excluait tacitement ces Pères, les aigrit plus que jamais, et donna aux Ursulines la liberté de leur refuser de blanchir le linge de leurs sacristies, de ne leur plus faire de sirops pour le prédicateur du carême, sur ce qu'elles n'avaient point de sucre; de s'en défendre quand ils leur proposèrent d'en prendre chez les épiciers et de le mettre sur le compte de leur compagnie, elles crurent qu'en répondant, elles s'engageaient à le payer.
Enfin, après qu'ils eurent compris qu'il n'y avait plus rien à faire pour eux, ils redoublèrent sans bornes et sans mesures les plaintes, les médisances, les calommies, les vengeances. Ils engagèrent les Ursulines des autres provinces à persécuter ces filles sur ce changement de conduite ; mais elles s'en défendirent généreusement, comme il paraît par cette réponse de la supérieure de Rouen à une Ursuline de Paris:
« Ma très chère et très honorée sœur,
« Jésus et son amour vous soient pour très humble saint.
« Je vous remercie un million de fois de vos bons et charitables avis. Vous me ferez toujours 1res grand plaisir de me dire naïvement vos pensées ; j'en ferai toujours l'état que je dois. Je vous supplie aussi en conscience de croire que je vous parle naïvement et simplement, que nous ne sommes ni à Paul ni à Céphas, mais tout à Jésus-Christ. C'est lui qui est mort pour nous et qui nous a acq^uises au prix de son sang.
« Il est vrai, ma chère sœur, que nous avons lu le livre de la Fréquente communion et la Tradition de V Eglise composés par M, Arnauld, docteur de Sorbonne, et nous l'avons lu d'autant plus volontiers que sa lecture n'a fait aucune opération en nos âmes que celle de l'estime de Dieu, de notre vocation au christianisme et en la religion, et de nous faire voir l'obligation que nous avons de nous ▼ 16
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convertir à sa divine majesté par la pénitence, après tant de péchés commis depuis le baptême et la profession de nos vœux. Ma chère sœur, il m'a semblé que ces livres m'ont donné tout de nouveau les instructions que j'ai reçues, en mon bas-âge et pendant mon noviciat, de ce grand homme, M. Gallemant, qui nous enseignait continuellement l'importance d'approcher dignement de la sainte communion, et que la fin de notre profession religieuse ne tendait à autre chose que nous faire embrasser l'état de la pénitence, et que c'était une des principales fins de toutes les religions. Voilà, ma chère sœur, quant aux livres que je voudrais que vous eussiez lus, et je m'assure que vous auriez du respect, tant pour eux que pour leur auteur.
« Venons, s'il vous plaît, au second point de la vôtre qui regarde la personne de notre confesseur, que nous connaissons par expérience être un grand serviteur de Dieu, et quelques autres de ses amis et les nôtres, lesquels tant s'en faut qu'ils se disent jansénistes ou qu'ils épousent quelques opinions particulières répugnantes aux sentiments de l'Eglise, que je n'ai jamais vu personne plus estimer le saint Évangile et la doctrine de Jésus-Christ qu'ils font, à l'exclusion de toute autre qui aurait le moindre sentiment contraire à celle de notre bon maître Jésus, de qui, avec toute l'Eglise, nous devons adorer les plus petites syllabes et faire profession publique de la défendre aux dépens de nos vies, si le temps nous en fournissait l'occasion. Nous ne sommes pas dignes d'un si grand bonheur. Contentonsnous, ma chère sœur, de demander à Notre bon Seigneur et Maître qu'il nous donne la grâce de vivre de la foi, et de mourir constantes en celle que nous lui avons promise en notre baptême. Je vous prie, ma chère sœur, de considérer que nous avons nos supérieurs, et particulièrement M. de Sainte-Hélène qui nous a été donné par Monseigneur l'archevêque, lequel, sans faire tort à personne, est estimé par tout le monde pour le premier ecclésiastique du diocèse. Je vous laisse à penser s'il permettrait que quelque fausse doctrine approchât mille lieues près de notre maison, laquelle il regarde comme à lui avec l'obligation d'en répondre. Dire encore, ma chère sœur, que ces personnes de qui on vous a parlé nous aient promis de nous décharger des dettes que nous pourrions avoir faites pour notre
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bâtiment, si nous nous donnions à eux poursuivre leur doctrine, cela est si faux et une menterie si noire que je ne sais où elle a pu être prise. Notre confesseur et ces personnes que nous avons conservés ne nous ont jamais rien promis ni rien demandé ; ils sont trop gens de bien pour en venir là. S'ils nous avaient vues dans le désir de cela, ils se seraient extrêmement éloignés de nous. Et moi, quelque imparfaite que je sois, si l'on m'avait fait telles propositions que celles que vous dites, et qu'il y eût tout le royaume de France à gagner, je tiendrais telles personnes que cela pour des excommuniés, et [elles] n'approcheraient, autant qu'il serait en moi, jamais de nos grilles. Je crois, ma chère sœur, qu'en voilà assez pour vous satisfaire, et ôter la charitable appréhension où vous avez élé que nous ne soyons ou devenions hérétiques. Je finis en me disant premièrement toute à Dieu, toute à Jésus-Christ, toute à notre vocation, toute à mon ordre, toute à ses saintes lois, et encore une fois rien qu'à cela et pour Dieu à jamais, toute à vous en qualité de Votre très humble et très affectionnée sœur... S' de Saint D. Rel. indig. .
La religieuse de Paris ayant répliqué à cette lettre par de nouvelles plaintes et de nouvelles défiances, la même mère de Saint Dominique, supérieure de Rouen, répondit ainsi à sa seconde lettre :
« Ma Révérende et très chère et très honorée Mère,
« Salut très humble en Notre Seigneur,
« J'ai recula vôtre il y a deux jours, et je ne puis différer davantage de vous en faire la réponse, pour donner la satisfaction que je dois à votre charité.
« Tout premièrement, ma très chère mère, je veux vous assurer que je ne saurais recevoir plus de consolation au monde que de vous entendre me parler franchement et librement comme vous me faites le bien de le faire par la vôtre.
« Cela présupposé, ma chère Mère, je vous supplie de croire que celle-ci est dans une réciproque liberté de franchise et de cœur vers vous, à qui je veux simplement et charitablement dire que notre communauté est dans les mêmes
désirs ef desseins de notre union proposée, et ne s'en départira jamais. Je crois être un même cœur avec vous et vous avec nous, et cela pour l'éternité, quand même ne se ferait pas cette union extérieure des mêmes règlements. Notre glorieux Père Saint Augustin nous le commande si expressément que ce serait grand crime d'y manquer. Ma chère Mère, ce que nous n'avons pas encore exécuté [touchant] cette union extérieure que nous devons faire des mêmes constitutions et règlements n'est pas par un défaut d'affection à cela, ni par inconstance de résolution ; mais par la raison que je vous dirai tout franchement. C'est que notre Révérend Père supérieur les ayant lues et examinées, y trouve moins d'esprit intérieur qu'à celles que nous avons, et même quelque relâche en diverses choses. Cela l'en a un peu dégoûté, et fait différer de nous la donner que premièrement [il n'en ait] conféré avec Mk' l'archevêque. Il nous faut attendre la résolution qu'ils prendront entre eux pour l'exécution de la nôtre, qui est fort considérable, et même préférable à beaucoup d'autres, telles qu'elles pourraient être, étant celle de l'union de la conformité en mêmes pratiques dans un même ordre. Je vous supplie de prier et faire prier la divine Majesté que le tout réussisse à sa gloire et à notre utilité et perfection en l'esprit de notre vocation.
« Je viens, ma chère Mère, au second point de la vôtre, qui est qu'on a voulu faire croire que notre communauté était divisée, et que nous étions en mésintelligence à l'occasion, dit-on, des nouvelles doctrines que les unes veulent et que les autres refusent. Les personnes qui font ces contes et sèment ces fausses nouvelles sont, ce me semble, très coupables de vouloir ainsi diviser et détruire la charité entre les frères, et déchirer la tunique, s'il faut ainsi dire, de Jésus-Christ. Je vous dirai donc véritablement, ma chère Mère, et vous prie de le croire, que nous ne savons ce que c'est que de divisions, que de nouvelles doctrines. Nous ne connaissons que celle qui «st aussi ancienne que le monde et que nous avons apprise des saints Patriarches et Prophètes, et de Notre Seigneur et unique Sauveur Jésus-Christ, lequel nous donne tant de lumière dans son Evangile, qu'il n'en faut point chercher ailleurs, si ce n'est dans les maîtres qu'il nous a donnés en son Eglise pour les interprètes de ?a
divine parole. Je vous assure, ma chère Mère, que nous ne connaissons point cette nouvelle doctrine que vous dites être si pernicieuse. Je ne sais pas même, ni pas une de nos religieuses, les cinq points condamnés par le pape. Il me suffit de croire qu'ils sont condamnés, et que j'ai la volonté de m'éloigner davantage de fausses doctrines que je ne ferais de l'enfer si l'on voulait m'y précipiter.
Voilà, ma très chère Mère, ma confession de foi, que je crois qui doit suffire à quiconque comme vous se mettra en peine par charité de notre salut. J'ajoute encore, pour votre plus grande assurance, que dans notre maison et parmi nos sœurs, il n'est jamais licite à pas une de parler des questions du temps, que je veux ignorer avec elles pour l'amour que je porte à la simplicité chrétienne.
« Ma chère Mère, pour vous faire une plus grande confession de tout mon cœur et de toutes mes pensées, je vous dirai naïvement que ces bruits de notre communauté prennent leur origine dé ce que nous avons un saint homme pour confesseur, lequel plusieurs personnes ont voulu faire passer pour un apporteur de nouvelles doctrines, ce qui est contraire à la vérité. Nous n'avons point eu encore de confesseur qui ait eu moins de nouveautés, ni plus de simplicité et [d'exactitude]' pour les pratiques religieuses. Les mêmes personnes qui ont voulu condamner cet honnête et bon ecclésiastique, notre confesseur, se sont offensées de ce que quelques-unes de nos sœurs ont lu le livre qu'on appelle La Fréquente Communion, composé par un docteur en théologie nommé M. Arnauld, ce qui a, ce me semble, aussi peu de fondement pour nous condamner d'une nouvelle doctrine, puisque ce livre ne parle que de celle qui est si ancienne, et que nous avons tétée avec le lait, qui est de la bonne disposition que nous devons nous procurer pour nous approcher fréquemment et dignement du très auguste sacrement de l'autel, qui est, ce me semble, la chose du monde que nous devons la plus craindre et estimer. Cela donc, ma chère Mère, ne nous a jamais paru une nouvelle doctrine, mais bien plutôt une sainte lumière qui a éclaté dans les ténèbres de mon esprit et des autres qui l'ont lu ; si bien que je puis dire avec vérité et par expérience, que