LIVRE XXVI
lisons que les œuvres du Révérend Père Rodriguez. Les Méditations du Révérend Père Dupont S sont les lectures des points d'oraison pour cette année. L'année qui vient, Dieu aidant, nous lirons les œuvres du Révérend Père Grisel, puis la Perfection chrétienne du Père Dupont et autres semblables. Tous ces livres sont notre pain, qui a servi jusqu'à cette heure de conduite et de direction à notre communauté qui, pour l'avouer, les tiendra toujours à grand honneur et vénération, comme ils méritent plus que nous ne pouvons dire.
« Vous connaîtrez par tout ce discours, ma chère Mère, que nous ne sommes ni à Pierre ni à Paul, mais à Jésus- Christ, et que nous n'avons aucun autre dessein que de remplir nos vocations, et nous rendre dignes des miséricordes divines et de la vie éternelle. Ma chère Mère, comme je vous parle tout sincèrement, je vous supplie de me mander librement vos sentiments sur ce que je vous écris, et que si, comme je l'espère de votre charité, vous demeurez détrompée, vous me fassiez le bien d'instruire les personnes que vous avez si mal informées de nous.
« Toute autre calomnie que celle de l'hérésie nous serait tolérable ; mais de celle-ci je m'en défends d'aussi bon cœur que je veux vivre et mourir vraie fille de l'Église, et vous demeurer pour jamais, votre, etc. »
Cette lettre fait voir d'une part la politique des Jésuites qui, gouvernant les Ursulines de Paris, voulaient dominer sur tous les couvents de cet institut, sous prétexte d'union entre tous les monastères de l'Ordre, et de l'autre elle fait voir leur horrible aversion contre le livre de la Fréquente Communion, puisque la maison lisant tant d'autres auteurs publiquement dans le réfectoire, dans la communauté et à l'église, la seule lecture de ce livre était capable de faire persécuter toute la maison, à cause que quelques-unes le lisaient en particulier*.
1. Louis Dupont, jésuite espagnol, mort en 1624, auteur de Méditations sur les mystères de la foi.
2. Le ms. terminait ici le chapitre; le sommaire du suivant était i Suite de la persécution des Ursulines de Rouen et de leur confesseur et on lisait ;
Le P. Maréchal, jésuite, étant arrivé de Paris en ce temps-là, apprit Vexil de sa nièce par la bouche même de celte fille qui s'en allait pur
La plus grande occupation des Jésuites était toujours de chercher les moyens de chasser le confesseur qui avait été jusqu'alors invulnérable à leurs atteintes, parce que les supérieurs lui donnaient leur protection, ne trouvant rien à redire à sa conduite. Ils crurent que pour s'en défaire plus facilement, il fallait le noircir d'un crime si noir que les religieuses mêmes n'en pussent ouïr parler sans horreur. Pour cela un de leurs Pères, allant voir la sœur de l'un des archidiacres de Rouen, lui persuada autant qu'il le put que ce prêtre ne consacrait pas, ou qu'au moins il donnait des hosties non consacrées a celles qui ne se confessaient pas à lui; et comme cette fille lui dit que cette séparation était inconcevable, le Père lui en marqua le moyen et lui dit que ce prêtre n'avait qu'à niettre d'un côté celles qu'il avait dessein de consacrer et les autres d'un autre, et faire la même chose en les mettant dans le ciboire. Horrible subtilité, et digne de la théologie d'un Jésuite.
Ayant appelé tout de nouveau à leur secours les Capucins, qui passent pour leurs échos, ces Pères donnèrent secrètement un manuscrit à quelques filles de ce monastère ; mais M. de Sainte Hélène en étant averti supprima promptement l'original et la copie de ce libelle *.
Deux ans après la visite faite dans les Ursulines par M. l'Archevêque de Rouen, M. d'Arnonville, dont le zèle n'était pas selon la science, sollicité par les Jésuites et leurs amis, se mit à crier contre ce monastère, et étant allé trouver à Paris M. de Rouen, se plaignit à lui de ce que tout était perdu dans le couvent de ses Ursulines, que l'on y enseignait les cinq propositions, que l'on y soutenait que Jésus-Christ n'était pas mort pour tous les hommes, et n'oublia ni remontrances, ni prières, ni conjurations pour obliger cet archevêque à y remédier promptement, en renvoyant le confesseur comme l'auteur visible de tout ce
le même chemin, et il en témoigna une si grande colère qu'il déclara que si la cour ne lui en faisait pas raison, le pape en apprendrait des nouvelles.
La plus grande
Le tout a été barré.
1. Ici se trouvent au ms. quelques ligues barrées; elles rapportaient les accusations calomnieuses que le P. Fermauet, capucin, avait portées contre les disciples de saint Augustin dans un libelle intitulé: Instruction aux disciples de saint Augustin.