‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 146 sur 440 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

désordre. M. de Rouen, qui connaissait la probité de ce prêtre et la sincérité de sa foi, promit à M. d'Ârnonville de se rendre dans peu de jours à Rouen, et de congédier ce prêtre au cas que les choses se trouvassent telles qu'il les disait.

Étant arrivé en sa ville, il fit une seconde visite aux Ursulines, assisté de son promoteur et de son secrétaire, entra au-dedans de la maison et écouta toutes les religieuses, en divers jours, puis il fît appeler le confesseur dans son palais archiépiscopal, en présence de M. l'évêque d'Évreux, du grand pénitencier, du promoteur et de quelques autres.

Ayant fait venir ce prêtre, il tint ce discours à M. d'Évreux : « Monseigneur, je suis bien aise que vous vous rencontriez ici, étant fort à propos qu'il y ait plusieurs évêques pour juger un prêtre. Celui que vous voyez est le confesseur des Ursulines de cette ville, homme de bien, et dont la probité m'est connue depuis qu'il est dans ce monastère. Depuis qu'il y travaille, on n'y voit plus de caquets aux parloirs, et je vous puis assurer que ce monastère est l'un des mieux réglés de mon diocèse, pour ne pas dire de toute la France, ce qui n'empêche pas néanmoins, qu'il ne soit accusé de plusieurs choses :

« Premièrement : d'avoir fait vendre pour quinze cents livres de vaisselle d'argent qui servait à l'église.

« D'avoir parlé contre les indulgences.

« D'avoir trouvé à redire qu'on changeât d'habit à une image de Notre-Dame.

« D'avoir tenu en pénitence une personne de dehors huit mois.

« D'avoir dit que la belle-sœur du pape avait faitlabulle,etque les cinq propositions n'étaient pas dans Jansénius.

« D'avoir dit que, s'il était supérieur, les Ursulines n'auraient que des chasubles de futaine.

« D'avoir parlé avec peu de respect des reliques.

« On l'accuse aussi de ne vouloir pas qu'on use de cierges eu certaines dévotions, et qu'il tâche d'en diminuer le nombre aux jours solennels.

« Qu'il n'approuve pas qu'on en brûle devant les images, et plusieurs autres petites bagatelles. »

Sur la fin de la déduction de ces articles, une compagnie survint, et M. d'Évreux se retira.

Le lendemain, M. de Rouen demanda à ce confesseur s'il se souvenait des charges qui étaient contre lui, et en ajouta quelques-unes qui étaient contenues dans une lettre qu'il venait de recevoir du sieur d'Arnonville, quoique rendue par une personne qui ne lui appartenait pas..

M. Servonnet répondit à ces accusations, que l'argenterie vendue n'était pas vendue à son profit; que M. de Sainte-Hélène l'avait approuvée, comme étant utile pour le monastère, et que pour lui il conseillerait volontiers à ces filles d'en vendre encore, jusqu'à la valeur de deux mille livres, pour des raisons connues. En effet le couvent devait 90.000 livres, et en payait quatre à cinq mille d'intérêt.

Que les indulgences données sur des médailles n'étaient pas trop assurées, à cause de ceux qui les donnaient; qu'il fallait joindre la pénitence avec les indulgences, et que du tout on n'en aurait point encore trop.

Qu'il avait demandé pourquoi l'on donnait à une image un habit de toile en été et un d'étoffe en hiver.

Que pour la confession, il n'avait rien à dire, mais que s'il se présentait à lui quelqu'un qui n'eût pas encore quitté ses mauvaises habitudes, ou qui se trouvât engagé dans les occasions prochaines de pécher, il ne donnerait pas l'absolution à ces personnes, quand il y aurait un an qu'elles ne l'auraient reçue, et quand même ce serait aux fêles de Pâques.

Qu'il n'avait jamais parlé en façon quelconque de la belle-sœur du pape, ni de la bulle depuis le mandement de lui, M. l'archevêque; qu'il était bien vrai qu'étant dans fa bibliothèque de l'église métropolitaine, où un certain prêtre nommé Prévost disait que les livres de Bauny n'avaient pas été censurés, il soutint le contraire, et que se départant de deux prêtres, dont ce Prévost était l'un, on lui avait dit qu'il fallait croire que les cinq propositions étaient dans Jansénius, comme nous croyons que Jésus- Christ est au Saint-Sacrement de l'autel. A quoi il aurait répondu en riant : « Messieurs, excusez-moi, s'il vous plaît, je n'ai pas encore étudié cette leçon, » et qu'ainsi il s'était séparé d'eux. M. de Rouen l'interrompit pour lors et lui dit

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