‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 153 sur 440 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Lettres de M. l'évêque d'Angers : lettre de l'évêque de Goutaaces à

ce prélat.

Dans le temps que M. l'archevêque de Rouen joignait la force à l'artifice, pour immoler à la passion des Jésuites quelques ecclésiastiques dont l'innocence lui était connue, M. d'Angers, qui avait été malade depuis qu'il avait écrit au roi, ne perdait pas de temps pour justifier cette lettre si importante, contre laquelle la cour s'était déclarée.

La Mère Agnès, abbesse de P. R., et qui était devenue son unique sœur depuis la mort de la Mère Marie-Angélique, lui écrivit en ces termes le vingt et un août pour l'informer de la suite de la persécution de son monastère ;

« Mon très cher Père,

« Je bénis Dieu de ce que vous vous portez un peu mieux, et je le supplie de modérer vos travaux afin de vous conserver pour le combat où il semble qu'il vous a engagé, et que notre chère Mère a eu tant de joie que vous ayez entrepris. Il est vrai, mon cher Père, ce que vous dites, que la foi nous y donne autant de consolation que les sens nous y font trouver de perte. Nous ne devons plus penser qu'à la suivre, et ne pas trouver le chemin trop rude qui l'a conduite à une fin si heureuse. L'on travaille tant que l'on peut à le semer d'épines.

« Le dessein que l'on a maintenant est de séparer de nous tous ceux qui témoignent être de nos amis.

« Et comme Mesdames de Guémérié et de Sablé en font profession, ayant des maisons dans notre enclos, on voudrait les leur faire abandonner en leur ôtant ce qui leur agrée davantage, qui est d'avoir des tribunes qui répondent dans l'église, dont celle de M"^^ de Sablé a vue dans notre chœur en ayant eu une permission particulière en contractant avec nous. Et comme elle lui est fort nécessaire pour lui ôter les appréhensions qu'elle a de gagner du mal dans les églises, on ne la peut fâcher davantage que de la lui vouloir faire murer. Elle en écrit en cour, mais avec peu d'espérance de rien obtenir. Pour celle de M™» de Guéméné, on lui tient

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cette rigueur avec encore moins de prétexte, sa tribune n'ayant vue que par l'église du dehors. Voilà comme ces dames sont traitées à cause de nous. Tellement qu'il faut conclure de là que nous ne pouvons plus être aimées sûrement que de Dieu et des saints du ciel, parce qu'on ne les en saurait empêcher en leur faisant du mal.

« Dieu nous fait la grâce de n'être pas en trop grand abattement en nous souvenant du courage de notre Mère et d'une parole admirable qu'elle a dite, qui est celle-ci, parlant à M™e la marquise de Sablé qui l'était venue voir : « Madame, la dignité de notre affliction est si grande qu'elle me fait trembler quand je pense que Dieu nous a choisies pour souflrir pour sa vérité. » Y a-t-il rien de pareil? Ma sœur Eugénie et toutes les nièces vous saluent très humblement. Nous envoyons à mon neveu une médaille de notre Mère, croyant qu'il y aura dévotion.,. »

Ce jour-là même M. d'Angers, se croyant obligé de justifier sa conduite dans l'esprit du roi, écrivit cette lettre à M. de Lyonne pour lui en adresser une plus grande ' :

« J'avais prié M. Gaudon* de vous faire savoir que ma maladie m'empêchait de vous faire réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et je m'assure qu'il n'y aura pas manqué. Je commence à me porter, grâces à Dieu, assez bien, il ne me reste plus qu'un peu de faiblesse, mon mal ayant été assez violent. Les médecins l'attribuent à un travail excessif; mais pour le pouvoir modérer, il faudrait n'être point évèque. Si j'avais moins de preuves de l'extrême bonté que vous avez pour moi, j'aurais grand sujet d'appréhender que ma lettre vous fût ennuyeuse par sa longueur, mais je crois que vous demeurez d'accord que j'ai grand intérêt de justifier ma conduite dans une rencontre si importante que celle-ci, et en laquelle je vois bien qu'on me rend de très mauvais offices auprès du roi. Mais

1. Tout le passage depuis : La Mère Agnès, abbesse de P. R. est barré au ms. et ne figure pas aux copies. Cette lettre de la Mère Agaès n'est pas imprimée dans le recueil publié en 1858 par Mi'" Rachel Gillet sous le nom de M. Prosper Faugère.

2. Il y a deux frères de ce nom : l'aîné, Sylvain Gaudon, vécut quelque temps à P. R. et mourut chanoine de Rouen en 1700. ; le cadet Jean, docteur en théologie, fut lié dans sa jeunesse avec l'abbé de Saint-Cyran.

néanmoins je vous avoue ingénuement que je ne puis m'ôter de l'esprit que Sa Majesté ne reconnaisse à la fin qui sont ceux qui lui parlent de ces matières avec le plus de sincérité et de désintéressement, et c'est une confiance que j'ai en Dieu et que je ne puis du tout perdre. Je suis dans l'espérance d'avoir l'honneur et la joie de vous voir à votre passage en quelque lieu de mon diocèse. Mais vous voulez bien que je vous dise que je me trouve dans un étrange embarras, ne sachant où rendre mes devoirs à Sa Majesté, dans l'incertitude où nous sommes de la route que l'on doit prendre et des lieux où on s'arrêtera, et j'ose vous supplier d'avoir la bonté de me vouloir donner sur cela votre avis, par un billet. Si j'étais assuré que M. Gaudon fût auprès de vous, je ne prei^^rais pas la liberté de vous donner cette peine. Mais j'ose tout avec vous, sachant quelle est la tendresse des sentiments de votre cœur pour moi*. »

Cette lettre n'était que la préface d'une plus grande, dans laquelle il éclaircissait celle qu'il avait écrite au roi touchant les affaires de l'Église. Elle fut imprimée comme la première, et elle contenait ce qui suit :

« A Angers, le 21 d'août 1661.

« Monsieur, * « La douleur »

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