Ms. : lui
de ses juges, avec protestation de prouver les causes de récusation en cas de déni.
Cette demande était si juste que M. Mallet fut prié par les autres commissaires de sortir. Mais à peine l'eut-il fait, que, portant avec impatience d'être exclu d'un jugement qu'il affectait avec tant de passion, il employa M. Gaulde auprès de M. Servonnet [pour le prier] de trouver bon qu'il le laissât venir avec les autres ; disant que ce nouveau grandvicaire ne lui ferait aucun mal ni eux aussi, et qu'on n'en voulait pas à lui. Il se rendit à cette prière, et se contenta de protester avant que de répondre que la présence de celui qu'il avait récusé ne lui pût préjudicier, ce qui fut écrit.
On publia faussement' qu'on lui avait fait signifier un ordre de demeurer en arrêt dans la ville, et il a toujours protesté contre cette imposture depuis qu'il eut vu la sentence. Néanmoins, comme il en courait déjà quelque petit bruit dès le commencement de l'instruction de son procès, il demanda la permission aux commissaires d'aller et de venir où il aurait besoin, ce qui lui fut accordé; et il [dit] toujours la messe jusqu'à sa détention. Il ne voulut pas même partir de Rouen pour aller à Paris sans prendre congé du promoteur.
On entendit contre lui six témoins, y compris une femme qui déposa qu'elle avait ouï dire qu'il était janséniste. Mais ils furent tous honteux d'employer contre lui un témoignage si faible et si frivole, et ils réduisirent le nombre des témoins à cinq. Le petit M. Prévost, prêtre, l'un d'entre eux, déposa contre lui qu'il lui avait prêté le livre de la Fréquente Communion, et avait offert de lui prêter aussi Wendrock. M. Servonnet ayant sucette déposition quelques jours après, et ayant rencontré ce prêtre, lui demanda de quoi il s'était avisé de l'accuser de lui avoir prêté le livre de la Fréquente Communion, si c'était un mauvais livre, et s'il l'avait lu, et sur ce qu'il lui répondit qu'il l'avait lu, l'ayant emprunté des Jésuites, M. Servonnet lui répliqua qu'il était bien injuste de l'avoir accusé et de n'avoir point accusé ces Pères.
On mit tant de temps à ouïr ces cinq témoins qu'il parut visiblement que l'on affectait de lasser la patience de cet accusé; ce qui l'obligea de faire le voyage de Paris en la manière que nous l'avons rapporté.
LIVRK XXVI 261
Ayant été enlevé avec M. le curé de la Mivoye, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, dans la prison de l'officialité, ils y souffrirent, les deux ou trois premiers jours, toutes les injures et les insultes imaginables ; et parce qu'on avait défendu au geôlier de les laisser parler à qui que ce fût, ils se contentèrent de gémir devant Dieu et de réciter leur office tout haut aux heures que l'Eglise l'ordonne. Ces bons exemples et les charités qu'ils exercèrent envers les autres prisonniers, qui ne manquèrent pas de pain tant qu'ils furent avec eux, les rendirent si considérables, qu'ils eussent changé cette prison en un monastère et en un lieu de pénitence et d'oraison, si leur ouvrage n'eût été détruit par un moine scandaleux, que l'on appelait le président, parce qu'il était le plus ancien des prisonniers. Ils en firent même sortir plusieurs, soit par leurs aumônes, soit par celles qu'ils procurèrent à des misérables.
Après leurs prières, la récitation de leur office et leurs lectures, ils employaient le reste du temps à apprendre à lire aux prisonniers, et en portèrent un à faire la même chose; et ainsi on réprimait le libertinage, qui était plus grand dans ces prisons que dans celles des juges séculiers par la faute de ceux qui en étaient chargés. Car il semblait que dès qu'on avait passé le guichet, on était dispensé de toutes ses obligations; il n'était plus question ni de réciter le bréviaire^ ni de prier Dieu. On était dans un perpétuel cabaret ; on y fumait ; le jeu des dés et des cartes était l'exercice le plus ordinaire, on y disait mille saletés et on y apprenait plus d'ordures que dans les lieux les plus infâmes ; et tout cela à la porte de l'archevêché et dans le voisinage du promoteur. Enfin on aurait dit qu'il suffisait d'avoir mis là des prêtres pour les laisser ensuite comme de véritables réprouvés.
Il arriva dans ce temps-là dans la prison un accident toulà- fait funeste. Un prêtre, qui était devenu impie après y être demeuré quelque années, tomba malade et rebuta ceux qui lui voulurent parler de son salut. On en fit avertir M. l'archevêque, qui promit de l'aller voir. Mais soit qu'il fût occupé au procès de ces autres prêtres, soit qu'il eût des affaires plus importantes, il oublia ou négligea ce misérable dont l'impénitence l'obligeait à en prendre plus de soin. Ainsi étant mort dans l'endurcissement, il fut enterré comme il méritait.