LIVRE XXVI
pensait du livre de Wendrock, s'il estimait que la censure de la Faculté contre la seconde lettre de M. Arnauld fût juste et légitime, quelles étaient ses pensées sur les matières de la grâce, ce qu'il croyait de l'autorité du pape ; et une autre fois, ayant entrepris d'interroger le curé de Saint- Herbland, il lui fit celte demande : « N'est-ce pas vous qui avez dit que je suis fou ? » Et parce que les paroles des accusés ne donnaient. pas assez de prise sur eux à son gré, et qu'il s'imaginait que leurs gestes signifiaient quelque chose de plus que leurs paroles, il ordonna une fois au greffier de marquer qu'ils avaient fait un tel geste et s'étaient mis en une telle posture.
Ce fut ce qui les obligea, ainsi qu'on a remarqué cidessus, d'appeler en cour de Rome, et de s'adresser au bailli de Rouen, et ensuite au Parlement [et à demander] pour relever leur appel; mais le Conseil en interdit la connaisance à ce Parlement, le sieur Mallet ayant représenté, contre toute vérité, que les accusés y avaient quelques parents ^ Le banquier même à qui ils s'étaient adressés pour cet appel écrivit à son correspondant qu'il n'avait, pu faire expédier de rescript, parce que des personnes très puissantes avaient écrit de France pour l'empêcher.
Dans l'instruction du procès, les commissaires excédèrent visiblement les bornes de leur commission, qui ne regardait que l'affaire du jansénisme. Car le sieur de Sainl-Herbland, qui se trouva le plus chargé de tous, fut interrogé sur des discours qu'on l'accusait d'avoir tenus sur le sujet des abus de la cour de Rome, des indulgences, des médailles, des fêtes, du chapelet, des parents du pape, de l'autorité des Jésuites, du scapulaire, de la longueur du bréviaire, de quelques cérémonies de l'Église, des longues méditations que l'on faisait faire aux jeunes ecclésiastiques du séminaire, etc. Mais il ne laissa pas de subir l'examen et la confrontation sur toutes ces choses, quoiqu'il n'y en eût un seul mot dans la commission de ces juges.
L'interrogatoire que prêta le sieur Servonnet suffît presque seul pour sa justification, tant les faits sur lesquels
1. Ce qui précède, depuis : Ce fut ce qui les obligea, est une répétition du passage rétabli plus haut après suppression. V. p. 280. Il y a là un peu de confusion.
il fut accusé paraissent frivoles, ainsi que l'on juge par la lecture de cette copie qui s'est trouvée parmi ses papiers :
1° Enquis pourquoi il avait déchiré les papiers qu'il avait, si ce n'était pas de peur qu'on ne connût ceux avec qui il avait des intrigues ? A dit que non,
2° Pourquoi il les avait jetés dans l'eau ? A dit qu'il les avait jetés en présence de celui qui le conduisait, comme inutiles.
3" De qui étaient les apostilles mises aux arrêts imprimés ? A dit qu'elles étaient de lui.
4* S'il n'a pas déchiré le mandement des grands-vicaires de Paris? A dit qu'il se peut être trouvé parmi les arrêts, et qu'il peut les avoir déchirés avec eux.
5" Quel est un certain Bernager? A dit que c'était son tailleur.
6° Quel est un Jean Baptiste? A dit que c'était son neveu.
7" S'il n'a pas changé son nom de peur que ses lettres ne fussent interceptées. Pourquoi il signait Justinien S. Pèlerin? A dit que Justinien était son nom, S. Servonnet, celui de sa famille, et Pèlerin celui d'un homme qui n'avait aucun lieu fixe;
8° Quel était un certain Desnot? A dit que c'était le frère d'une supérieure ursuline de Rouen défunte.
9° Qu'est-ce que Bellechasse ? A dit que c'était un monastère de religieuses du faubourg Saint-Germain, où il a été une fois entendre la messe, et où il n'a aucune habitude ni connaissance.
10" Quelles habitudes il avait avec l'abbé de Valcroissant ? A dit qu'il n'en avait aucune, mais qu'allant à Bellechasse pour ouïr la messe, son hôte l'avait chargé de le saluer en passant.
Il» Quelles personnes il a fréquentées, et où il a été depuis qu'il est parti de Rouen? A dit qu'il a fréquenté diverses personnes et en divers lieux.
12« S'il n'a pas été chez le Père Le Clerc ? A dit qu'il a couché chez lui en allant à Paris.
13" Quel est le frère Le Comte, et quelle habitude il a avec lui? A dit que c'est un frère de l'Oratoire de Paris, auquel le Père Le Clerc lui avait dit qu'il adressât ses lettres s'il voulait écrire.
14" Quel est Gogibus, et quelles habitudes il avait avec
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lui? A dit qu'il ne le connaît pas et qu'il n'a jamais été chez lui, mais que c'est le maître du logis où logent ceux de la Mivoie qui tirent les bateaux, où on lui avait donné adresse pour faire tenir ce qu'il voudrait pour éviter les frais du port, et n'y a néanmoins rien envoyé.
IS*' Quel est M. Géruit, demeurant derrière Saint-Denis de la Ghartre, et quelle habitude il a avec lui ? A dit que c'est son procureur.
16" Quel est M. Caperon, qui demeure sur les fossés de M. le Prince, et quelles habitudes, etc? A dit que c'est un maître menuisier où demeure le frère d'un nommé S. Ouen, frère d'un des témoins qui ont déposé contre lui.
17° Quelles habitudes il a avec M. Feydeau, et d'où * il le connaît ? A dit qu'il l'a ouï faire des catéchismes à Saint Merry [à Paris].
18° Pourquoi il est allé à Senlis, et quelles habitudes il y a ? A dit qu'il y connaît plusieurs curés qu'il est allé visiter, comme les curés de Baron, de Chamus, etc. avec lesquels il a demeuré à Valence en Dauphiné.
19° S'il n'a pas été à Cinqueux ? A dit qu'il y a été, et qu'il y a séjourné près de quinze jours, pendant le jubilé, parce que le curé du dit lieu est son ami particulier, étant de Lyon, et ayant demeuré avec lui dans le séminaire de Valence.
20° S'il n'a pas été à Liancourt et vu le Père Desmares, et quelles habitudes il a avec lui? A dit que étant à Cinqueux, proche de Liancourt, et ayant un petit lyonnais avec lui qui n'avait pas vu le dit lieu, il l'y mena, et qu'il y avait vu le Père, avec qui il n'avait [aucune] habitude.
21° Que veut [donc] dire : J'ai vu le Père Desmarest A dit qu'il ne s'en souvient pas.
22° S'il n'a pas passé à Beauvais, pourquoi et quelle connaissance il y a? A dit qu'il y a passé, étant le grand chemin de Cinqueux à Rouen, et qu'il n'y a point d'habitude et qu'il a logé au cabaret.
23» S'il n'a pas été à Gournay et vu les religieuses? A dit qu'il y demanda à saluer la Mère supérieure par civilité.
24"^ Quelles habitudes il a au Fossé ? A dit qu'il a vu M. le curé quelquefois à Rouen.