‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 176 sur 440 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Dispute secrète entre M. Aroauld et M. Pascal sur la signature du mandement des grands -vicaires.

A.U milieu de la grande guerre que l'on fit en ce temps-là avec tant de chaleur contre les disciples de saint Augustin, il s'éleva parmi eux une petite dispute domestique soutenue par de longs écrits de part et d'autre, mais qui n'altéra jamais la charité. M. l'abbé Le Roy, ni M. Perrault, docteur de Sorbonne, ne furent pas les seuls qui crurent que le mandement des grands-vicaires de Paris n'était pas suffisamment expliqué pour pouvoir être signé en conscience. M. Pascal, qui avait un amour tendre et délicat pour la vérité, se persuada que le but des Jésuites étant de ruiner la grâce efficace, et le pape y paraissant engagé par leurs intrigues, c'était la condamner que de se soumettre à sa constitution, même quant à la foi et quant au dogme, et que dans la suite cela envelopperait la condamnation de la doctrine de saint Augustin.

M. Ârnauld, qui n'avait pas moins de zèle pour la vérité que M. Pascal, ni moins de justesse d'esprit, mais qui avait plus de pénétration dans les matières de théologie, jointe à un grand amour de la paix, croyait que la crainte de son

1. Le passage depuis : Au milieu de ceile tempête est barré au ms* et ne figure pas aux copies.

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ami était trop grande, et composa un grand écrit, qui n'a jamais été imprimé, pour lever tous soupçons, prétendant qu'il n'y avait que le défaut d'attention qui pût empêcher un esprit raisonnable de se rendre aux raisons qu'il alléguait au contraire. Il proposait la question en ces termes : « Si on a droit de supposer que les mots de sens de Jansénius, dans la bulle d'Alexandre VII, signifient plus naturellement la grâce efficace que toute autre chose, de sorte que ce soit donner un juste soupçon qu'on la condamne que de souscrire à celte bulle sans l'excepter, quand même on dirait qu'on ne la souscrit que quant à la foi.

Comme il avait afîaire à un homme fort éclairé et qui faisait profession de raisonner juste, il établit son sentiment sur douze principes et sur douze maximes générales qu'il appliqua à leur contestation, et répondit à trois ou quatre difficultés. Cependant ce grand écrit ne finit pas la dispute, et en produisit un autre, composé par M. Domat', avocat du roi de Clermont en Auvergne, et revu par M. Pascal son ami avec ce titre : « liaisons qui empêchent que je ne me rende à l'écrit intitule : Si on a droit, etc. » et il concluait que cette voie de sauver la vérité étant tout à fait abstruse et métaphysique, il fallait se servir d'une autre qui était meilleure pour la défendre, ou en refusant la signature, ou en la faisant telle qu'elle sauvtM expressément, et sans que personne n'en pût douter, et la personne et la doctrine de Jansénius.

M. Arnauld soutint fortement son premier écrit par un second qu'il intitula: ^Réplique ou réfutation de la réponse à un écrit touchant la véritable intelligence des mots de sens de Jansénius dans la constitution du pape, »

Voici les titres de cet ouvrage de cinquanle-deux pages en grand papier.

Premier défaut général de cette réponse. De n'avoir pas compris quelle est la détermination d'une idée générale à une seconde idée plus distincte, dont il est parlé dans la seconde maxime de cet écrit.

1. Jean Domat (162S-1696), jurisconsulte distingué, petit neVeu du P; Sirmoudj fut très lié avec -MM. de P. Ri, et ami intime de Pascal.

Deuxième défaut général.

Qui consiste en la fausse et imaginaire distinction qu'on a voulu établir entre les mots de sens et de dogme-.

Troisième défaut général.

Pétition de principe, en ce qu'on suppose partout sans le prouver nulle part, au moins à dessein, ce qui fait tout le sujet de la dispute, qui est que la signification des mots de sens de Jansénius, dans la bulle du pape, dépend uniquement de la vérité des choses et de l'intention du pape.

Quatrième défaut général.

De s'être imaginé qu'une fausse détermination n'est pas une détermination, qui est la même chose que si l'on disait qu'une fausse proposition n'est pas une proposition, d'où il s'ensuivrait que les hommes ne se tromperaient jamais.

Cinquième défaut général.

Renversement de l'ordre par lequel on doit juger que le sens d'un auteur est hérétique.

Sixième défaut général.

De n'avoir pas compris la différence qu'il y a entre juger d'une vérité de mathématique, et juger d'une vérité de fait.

Septième défaut général.

Peu d'exactitude à répondre précisément à ce qu'on a entrepris de réfuter.

Additions a la réplique.

Deuxième défaut général.

De n'avoir pas compris que quoi qu'un terme marque une chose individuelle, s'il ne la marque que confusément, il ne laisse pas d'être capable d'une généralité équivoque qui aura nécessairement besoin d'être déterminée par une idée plus distincte quand on la voudra joindre à certains attributs.

Petit écrit de M. N. pour ajouter.

Le détail d'une matière si subtile ne peut guère entrer dans l'histoire. Mais on a cru qu'il était besoin de faire

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