‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 185 sur 440 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

La Mère Agnès, abbesse de Port-Royal, écrit à M. de Contes pour le rétablissement de leurs novices et de leurs pensionnaires. Efforts inutiles pour le retour de M. de Bernières.

L'édification que M. le doyen de Paris avait reçue du bon ordre de la maison de Port-Royal n'ayant produit aucun fruit pour faire respirer ces religieuses et les remettre dans la liberté dont jouissaient toutes les autres, au moins pour ce qui concernait leurs novices et leurs pensionnaires, la Mère Agnès, abbesse de ce monastère, lui en demanda justice par cette lettre datée du 9 octobre :

« 11 y aurait déjà quelque temps que je vous aurais supplié humblement de vous souvenir de nous, si je n'avais cru qu'il ne vous fallait pas presser dans vos grandes occupations, et qu'après nous avoir donné tant d'heures de votre loisir pour vous appliquer à la visite de ce monastère, il était raisonnable de vous laisser quelques semaines et attendre votre commodité, avant que d'oser vous solliciter de donner une heureuse fin au travail que votre charité vous fait prendre pour cette maison. Je ne puis, Monsieur, que je n'espère cette justice de votre part, puisqu'après la déclaration que Sa Majesté a eu la bonté de nous faire par la lettre qu'elle me fit l'honneur de m'écrire, du 1«* mai, qu'elle n'avait point prétendu supprimer notre monastère par une défense absolue de ne plus recevoir à l'avenir des novices, mais seulement jusqu'à nouvel ordre qui serait

donné parrautoritéecclésiastique,lorsqu'il aurait été pourvu à notre couvent d'un supérieur et directeur d'une capacité et piété reconnues, ce qui nous fut encore confirmé par celle que M. Le Tellier se donna la peine de m'écrire en même temps, où il nous mandait qu'il ne pouvait se dispenser de nous dire que Sa Majesté n'avait jamais prétendu nous ôter pour toujours la faculté de recevoir des pensionnaires et des novices, mais seulement jusqu'à ce que, par l'autorité de Messieurs les grands-vicaires, l'on eût établi pour supérieur dans notre monastère un ecclésiastique d'une créance non suspecte à la place de M. Singlin; après quoi nous pourrions recevoir en toute liberté toutes les filles qui se présenteraient pour être pensionnaires ou novices.'

« Il y a longtemps que nous aurions pu vous supplier de nous remettre dans l'état où le roi a voulu que nous fussions remises, aussitôt qu'on aurait exécuté le changement qui s'est fait dans ce monastère il y a déjà plusieurs mois ; mais la peine que vous avez voulu prendre de faire la visite avec tant de soin et d'exactitude nous a portées à différer de vous en parler que vous l'eussiez entièrement achevée, afin qu'ayant reconnu notre innocence et la pureté de notre foi, vous fussiez encore plus persuadé de la justice de notre rétablissement, que le roi a remis entièrement à votre autorité, sa piété lui ayant bien fait connaître que Dieu avait attaché ces sortes d'affaires à la puissance de l'Église. C'est pourquoi, Monsieur, n'y ayant aucun sujet de douter que Sa Majesté ne trouve bon que nous reprenions nos pensionnaires et nos novices, selon la parole royale qu'elle a daigné nous en donner, nous nous tenons encore plus assurées que vous l'agréerez, par la connaissance plus particulière que vous avez de ce monastère. Ainsi, Monsieur, nous n'attendons que votre ordre pour leur donner l'entrée qu'elles désirent depuis tant de temps avec tant d'ardeur, et pour sécher les larmes qu'elles n'ont point cessé de répandre depuis une si dure séparation. Elles attribueront leur bonheur à la piété de Sa Majesté, comme elles n'ont attribué leur disgrâce qu'à son zèle, et nous nous trouverons obligées de redoubler nos vœux pour sa prospérité, et de vous témoigneraussi, Monsieur, notre reconnaissance auprès de Dieu par les prières que nous lui offrirons toute notre

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