‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 189 sur 440 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

M. de Ghâloua arrive à Paris. Maladie extrême de M. Perrault, docteur de SorboDQe.

Od fut surpris en ce temps-là de voir M. l'évéque de Châlons arriver à Paris dans une conjoncture où les disciples de saint Augustin ne craignaient rien tant que l'affaiblis-

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sèment des grands- vicaires. Ceux qui avaient une plus étroite liaison avec ce prélat savaient sa disposition sur la signature du formulaire du clergé, dont le scrupule lui paraissait une pure bagatelle. Us se souvenaient que quand ils lui avaient témoigné que si on les pressait, ils signeraient volontiers qu'ils souscrivaient la condamnation des cinq propositions en quelque lieu qu'elles se trouvassent, il leur avait répondu qu'ils ne feraient rien, à moins que leur signature ne fût conforme aux délibérations de l'Assemblée. Et ils étaient persuadés qu'il n'avait consulté M. d'Alet dans les derniers temps que parce qu'il se tenait comme assuré que, lui répondant en la manière qu'il avait fait autrefois à M, Arnauld, il pourrait opposer son autorité à ceux qui ne pouvaient se résoudre à la signature, et qu'il avait été fort surpris en voyant ce saint évéque changer de langage depuis qu'il avait fait une plus sérieuse réflexion sur l'importance et les suites de cette affaire.

Ils savaient de plus la part qu'il avait toujours prise dans la cause du cardinal de Retz, que la cour avait dessein de pousser à bout, ne pouvant se résoudre à le souffrir revêtu de la dignité d'archevêque de Paris, et que le désir de le tirer de ce mauvais pas le ferait résoudre à toutes choses. Ceux qui étaient prévenus de ces sentiments raisonnaient alors assez juste, et avaient intérêt de le souhaiter plutôt occupé aux missions ou aux visites du diocèse de Châlons, que négociant dans Paris pour les affaires de l'Église'.

Dans ce temps-là même M. Perrault, docteur de Sorbonne, accablé de peines et de fatigues pour le service de l'Église, était malade à l'extrémité. M. Varet en ayant donné avis à M. Haslé, docteur de la même maison, et directeur du séminaire de Beauvais, leur ami commun, celui-ci lui témoigna sa douleur par cette lettre datée du 27 octobre :

« Monsieur,

« J'étais en peine de la santé de notre cher ami, M. Perrault, mais je ne le croyais pas si mal. J'avais même opinion qu'il était encore aux champs, y ayant bien longtemps que je n'ai reçu de ses nouvelles de Paris. Dans cette incer-

1. Cette dernière phrase depuis : Ceux qui étaient, a été barrée au ms. et ue figure pas aux copies.

titude, m'étant chargé de m'informer de quelque affaire, je ne m'étais pas adressé à lui, selon ma coutume, mais à M. Girard, auquel j'envoyai encore hier un billet, et le priai en même temps de me faire savoir des nouvelles de notre confrère; mais vous, Monsieur, l'avez prévenu. Car quelques heures après on m'apporta celle dont votre charité a voulu m'honorer. J'étais avec M. le sous-chantre, qui était au lit à cause d'une fièvre tierce, M. le principal et M, Chapelle. Je leur fis la lecture de la vôtre. Ils apprirent avec douleur la mauvaise nouvelle qu'elle contenait, et en témoignèrent un extrême regret, aussi bien que M. Hermant et M. Tristan, que je pus voir peu de temps après expressément. M. Hermant sur tous, quoique travaillé d'une fièvre quarte, en fit paraître beaucoup de ressentiment. Il ne peut assez déplorer la perte d'une personne si éclairée et si généreuse, si elle arrive. Je ne puis point vous exprimer la douleur dont mon cœur en est saisi. Je voudrais être auprès de lui pour lui rendre quelques assistances; mais je vois que je n'ai pour lui que des larmes et des vœux. Je sais qu'ils sont bien faibles et peu agréables à Dieu. Tels qu'ils soient, vous l'en pouvez assurer. Nous récitons séparément des prières pour les malades, entre lesquels je puis dire qu'il tient le premier rang; nous en ferons tous encore en particulier de plus fréquentes. Je sais qu'il est également disposé à la mort et à la vie, et que dans l'état où il est, n'étant point embarrassé dans les affaires du monde et dans les charges terribles, il a sujet de souhaiter plutôt le repos de celle-là que la continuation de celle-ci, exposée aux périls de mille tentations, principalement dans ce temps fâcheux, dans lequel les étoiles tombent et les colonnes du ciel tremblent. Comme il n'a jamais rien désiré dans la terre, il n'y a maintenant aucune attache, non pas même à sa propre chair ni à sa vie présente, parce qu'il sait ce que l'Église nous enseigne, que ceux qui meurent avec Jésus-Christ ressusciteront glorieux avec lui, car il descendra des cieux, et ceux qui dorment dans des sépulcres éveillés par son commandement et par la voix d'un archange, et ceux qui étant surpris par le dernier jour n'auront pu avoir de sépulcres, monteront dans les nues, par le milieu des airs au devant de lui, et entreront avec lui dans le royaume. En vérité, Monsieur, ce serait

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une grande gloire à ce généreux malade d'être immolé dès le commencement du sacrifice qui se prépare et que tout le monde attend, et de perdre la vie dans les hommages qu'il rend à la vérité de la foi. Car encore qu'il n'ait point été mis sous le glaive, on peut néanmois dire de lui ce que saint Paul a dit d'un saint disciple : que c'est à cause de l'ouvrage de Jésus-Christ qu'il est présentement près de la mort, et que c'est dans l'étude et les agitations des difficultés présentes qu'il a abandonné sa santé et sa vie, afin d'achever ce qui nous manquait dans le service que nous tâchons de rendre k l'Eglise. Mais ce nous serait aussi une terrible perte de n'être plus appuyés d'un si bon conseil et d'un secours si assuré. Pour moi, je ne saurais me persuader qu'un si grand malheur nous arrive, et j'ai une grande confiance que Dieu nous le donnera encore pour un temps, et qu'il nous demeurera pour notre soutien dans la défense de la vérité, et pour notre consolation dans les traverses qu'on nous suscite. J'espère, dis-je, que je le reverrai encore, et que je lui découvrirai mes pensées et mes peines, que je recevrai ses avis, et que je me remplirai de la plénitude de la douceur de son amour.

« Quoi qu'il en soit, Monsieur, je le retrouverai du moins en votre personne. Le récit qu'il m'a fait souvent de votre vertu m*en a fait concevoir, il y a bien longtemps, une très haute estime. Je ne manquais que d'occasion de vous le témoigner; en voici une qui m'unira éternellement à vous, et c'est dans cette vue, Monsieur, que je prends la liberté de vous prier de me donner de temps à autre des nouvelles de ce cher malade ; un petit billet suffira. Vous obligerez singulièrement celui qui souhaite avec passion d'être,

« Monsieur,

« Votre très humble et très obéissant serviteur. « Louis Haslé, prêtre indigne. »

Dieu avait déjà reçu en sacrifice la préparation du cœur de M. Perrault, et il lui voulait donner la couronne de sa générosité dans un temps où ses plus intimes amis se disposaient au combat ; car il ne véquit plus que peu de jours après cette lettre,

3â2 MÉMOIRKS DE GODEFROI HERMANf

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