LIVRE XXVi
à un ami qu'une honnête mort était préférable à une vie honteuse.
Le mercredi suivant, M. le nonce envoya son auditeur chez ces grands-vicaires pour les inviter de venir chez lui, dans le dessein de traiter avec eux de l'aflfaire de leur ordonnance. M. le doyen s'étant trouvé absent de son logis ne put recevoir cet ordre. Ainsi l'heure de cette audience s'étant passée, cet auditeur revint chez lui pour l'avertir que M. le nonce les attendait. M. le doyen répondit à cet officier qu'il n'avait entendu parler de rien, et qu'il ne tenait point à lui qu'ils n'allassent chez M. le nonce. Ensuite de quoi M. le curé de Saint-Séverin se rendit chez lui, et ils y allèrent ensemble.
M. le nonce les reçut très bien, et leur fit de très grandes protestations d'amitié et d'estime, pour n'être point obligé de se servir de l'autorité séculière. Ensuite il leur présenta le bref, qu'ils reçurent avec respect sans le lire. 11 leur témoigna que le pape était très fâché contre eux de ce qu'ils avaient osé démentir sa constitution par leur mandement, en disant que du temps d'Innocent X, il n'avait été question que des propositions en elles-mêmes, et non de l'auteur, et de ce qu'ils avaient tâché d'éluder les constitutions; ce qui avait porté Sa Sainteté à les obliger de révoquer leur mandement. Il les exhorta de se rendre soumis à tout ce que le pape désirait d'eux, leur disant qu'ils feraient une chose très agréable au roi, qui souhaitait d'eux qu'ils donnassent une entière satisfaction à Sa Sainteté. Il leur remontra qu'ils devaient se conduire en cette rencontre avec toute la sincérité et toute la netteté possibles, évitant toute chicanerie et cavillation, afin d'ôter tout sujet de déguisement et de fuite à ceux qui ne voulaient nullement se soumettre aux ordres et aux décisions du Saint Siège. Enfin il leur dit qu'il fallait qu'ils se réglassent dans leur révocation sur un projet qu'il leur remettrait entre les mains et qu'il leur lut.
M. le doyen répondit que ce projet contenant une révocation de leur ordonnance, ils ne pouvaient pas l'accepter en la manière qu'il était dressé, parce qu'il n'y avait rien dans leur mandement qui ne fût conforme au procès-verbal de l'Assemblée générale du clergé de l'année 1655, et à l'usage de tout temps observé dans l'Église sur les décisions qui s'y
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font; mais qu'ils en avaient un dans lequel ils rendaient à Sa Sainteté tout le respect qui lui était dû, et lui donnaient toute la satisfaction qu'elle pouvait désirer d'eux; que quant au mot de rétractation, ils n'en useraient jamais, n'y ayant rien dans leur ordonnance qui les obligeât de l'employer. M. le nonce insista à leur persuader de se rendre à ce qu'il leur proposait, leur disant qu'il avait ordre de ne point recevoir d'eux de satisfaction conçue en d'autres termes que ceux qui étaient exprimés dans son projet; (ju'ils ne devaient faire nulle difficulté de s'en servir après que M. de Sens en avait usé dans l'acte de révocation de sa lettre pastorale ; qu'il lirait pourtant leur écrit pour y mettre ses apostilles et le leur rendre le vendredi ou samedi suivant. Sur cela ils se séparèrent.
Dans cet entre-temps les deux grands-vicaires firent paraître deux dispositions bien différentes. M. de Contes témoigna d'abord une fermeté merveilleuse, disant qu'il fallait mourir dans une affaire aussi bonne qu'était cellelà. Mais la crainte que l'on avait eue que M. de Châlons et quelques autres amis de M. le cardinal de Retz ne les affaiblissent ne se trouva pas sans fondement; [car ce prélat] lui ayant représenté en une visite ou deux que leur trop grande fermeté serait l'entière ruine de leur archevêque, qui de sa part ne manquerait pas de les révoquer, renversa tellement l'esprit de M. de Contes, que du soir au lendemain ce n'était plus le même homme.
M. de Hodencq s'affaiblit par une autre voie, il reçut trois ou quatre billets de ses amis qui lui mandaient que s'il refusait ce que voulait M. le nonce, on l'exilerait à Perpignan. Celte peur et le prétexte de se voir abandonné de son collègue, qui de sa part craignait aussi d'être proscrit par une lettre de cachet et dépouillé de son temporel, lui fit entièrement perdre le cœur; de sorte qu'en même temps qu'il avouait qu'on l'engageait dans la plus honteuse action du monde, qu'il eût voulu être mort plutôt que de survivre à son honneur, et que c'était une violence horrible qu'on lui faisait, il se rendit à ce qu'on désirait de lui.
Néanmoins le doyen dressa un projet de déclaration sur son mandement qui eût été assez bon s'il eût tenu ferme pour le publier ; car on dit qu'il était conçu en termes capables de satisfaire le pape et de faire taire la cour.
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