CHAPITRE XXV
Chute des grands-vicaires, qui se rendent au projet de M. le nonce et donnent parole de faire publier la révocation de leur mandement.
Le samedi 29 d'octobre, les deux grands-vicaires s'élant rendus chez M. le nonce, il leur rendit l'écrit qu'ils lui avaient laissé, leur déclarant qu'il ne pouvait nullement s'en contenter, et qu'à moins qu'ils acceptassent le projet qu'il avait mis entre leurs mains, il s'en retournerait à Fontainebleau sans rien faire, et déclarerait au roi qu'il n'avait pu rien gagner sur eux par la douceur, ce qui très assurément aigrirait Sa Majesté contre eux, parce qu'ils auraient refusé avec tant d'opiniâtreté de donner contentement au pape, après l'avoir si sensiblement offensé.
Le doyen, s'en défendant du mieux qu'il put dans cette audience du samedi qui dura plus de trois heures, insista sur ce qu'ils ne pouvaient point user du mot de rétractation, à cause de la charge qu'ils exerçaient dans le diocèse de Paris; lui, comme doyen de la capitale du royaume, et M. Hodencq, comme curé et archiprétre de l'une des principales paroisses de la même ville, ce rang les obligeant tous deux à conserver leur honneur pour ne pas avilir leur ministère. M. le nonce au contraire défendit toujours son écrit pour ce mot de rétractation, comme pour une chose essentielle, disant qu'un grand prélat du royaume, qui était au-dessus d'eux, n'avait fait aucune difficulté de s'en servir; que bien loin d'avilir par là leur ministère, ils édifieraient toute l'Eglise par leur humilité et par la déférence et l'obéissance qu'ils auraient rendues au souverain pontife; qu'ils devaient cet exemple à tous ceux qui pourraient contester, et qui jusqu'alors avaient refusé de se rendre aux décisions de lÉglise, étant fortifiés par leur ordonnance dans cette contradiction ; et que cette considération les devait empêcher de lui résister plus longtemps'.
M. le doyen se leva, voyant qu'il ne pouvait le fléchir, et lui déclara qu'il ne pouvait se résoudre à une chose capable de le couvrir d'une véritable infamie. Cependant son col-
1. Ce passage depuis : Qu'ils devaient cet exemple, a été barré au m s. et ne figure pas aux copies.
lègue, qui avait apporté à cette audience un cœur affaibli, faisait de son côté tout ce qu'il pouvait pour donner une entière satisfaction à M. le nonce, et disait qu'il fallait voir s'il n'y aurait pas moyen de donner satisfaction à M. le nonce, au pape et au roi tout ensemble; de sorte que M. le doyen revint jusqu'à trois fois au combat, pour soutenir qu'ils ne pouvaient, pour quoi que ce fût, user du mot de rétractation, ni employer le formulaire du clergé, puisque M. le nonce ne pouvait pas se contenter du mandement qu'ils avaient dressé et dont ils se chargeaient de faire la publication pour adoucir l'autre.
Cet affaiblissement des deux grands-vicaires fît prendre de nouvelles forces au nonce, voyant qu'il avait presque tout gagné, et lui fit dire que sans ce mot, ce n'était rien faire, puisque le bref du pape déclarait que leur ordonnance était contraire aux constitutions, et que Sa Sainteté [l'ayant] examiné mûrement et toutes les choses qui y avaient du rapport, il fallait qu'ils employassent ce mot, parce qu'autrement il paraîtrait que Sa Sainteté se serait trompée dans ce bref, ce qui serait très injurieux au Saint Siège et le déshonorerait entièrement. Que pour ce qui regardait la formule, les évêques de France qui étaient sur les lieux avaient jugé à propos de la dresser et de l'envoyer par tous les diocèses conformément aux pieuses intentions du roi; qu'il était nécessaire qu'ils s'en servissent comme les autres pour ne pas se séparer du reste des évêques, et ne pas affecter de s'en distinguer; que l'ordonnance qu'ils avaient faite ayant donné lieu de croire qu'ils avaient en vue de favoriser ceux qui ne voulaient nullement se soumettre aux décisions de foi portées par les constitutions sous prétexte de la distinction du droit et du fait, qui en énervait toute la force et renfermait tout le mal que les évêques de France avaient voulu empêcher par leur formulaire, il était encore nécessaire, afin qu'ils affermissent encore davantage l'autorité des bulles, qu'ils exigeassent de nouveau la souscription de la formule.
Le doyen lui répartit que les deux constitutions et le bref ne laisseraient pas d'avoir toute leur vigueur, s'il voulait bien accepter les offres qu'ils lui faisaient, sans les obliger de se servir ni du mot de rétractation, ni de la formule de l'Asaemblée, étant d'ailleurs très bien informés