Ms. : Bannir^ c'est une erreur évidente
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au bref, et d'aller encore au-delà, en se résolvant de révoquer le mandement et tout ce qu'il y a de bon, et d'ordonner de nouveau la signature du formulaire, ce que le bref ne demande pas. Quand on a commencé à glisser sur le penchant d'un précipice, il n'est plus possible de se retenir, et il faut tomber nécessairement jusqu'au fond. Ainsi quand a commencé à faire un pas vers la lâcheté et la timidité humaine, tel qu'est celui d'avoir publié le formulaire par le mandement, il est tout naturel de tomber dans une plus grande lâcheté, et de se laisser intimider par les menaces, et de faire tout ce que la cour demande. On a voulu accommoder le mensonge avec la vérité^ en s'efforçant par un mandement adroit de contenter tout ensemble deux partis contraires, en voulant par un même acte complaire à la cour et contenter ceux qu'elle tourmente. Et Dieu a jeté tout visiblement sa malédiction sur ce dessein, parce qu'il n'y avait pas assez de la simplicité de la colombe mêlée avec la prudence du serpent. On a irrité le pape en donnant un démenti à sa constitution, et si l'on s'était tenu à rejeter seulement le formulaire^ on n'aurait point attiré le bref qui va faire tant de mal. Car il est tout visible que la cour de Rome n'a nulle chaleur pour le formulaire des évêques; mais seulement pour ses constitutions. Certainement il faut dire à ceux qui ont cru contenter la cour et tout à la fois ne rien faire contre l'équité: Usquequo claudicatisin duas 'partes^ La voie de la vérité et de la générosité chrétienne est étroite, de sorte que, pour la bien suivre, il ne faut pas pencher ni d'un côté ni de l'autre. Il ne faut point trembler, il ne faut point balancer ; mais il faut marcher toujours fermement et toujours fort droit.
« Ce qu'il faut dire sur la faute que l'on a faite, c'est qu'on est dans un siècle où l'on est tellement accoutumé de ne rien souffrir pour la cause de Dieu, qu'aussitôt que l'occasion s'en présente, les plus forts tombent dans une espèce d'éblouissement et de langueur, et s'imaginent qu'il est le plus légitime du monde d'employer toutes les adresses et toutes les subtilités imaginables pour se parer de la persécution en soutenant une cause qui naturellement la doit attirer.
« On a véritablement raison dans tous les écrits qu'on publie qu'il fallait distinguer le fait du droit dans le mande-
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ment, et il bon d'écrire pour justifier cette circonstance, comme ont fait très bien les grands-vicaires dans leur lettre au pape, en se contentant de justifier cela seulement; mais il est étrange que dans tous ces écrits on ose soutenir que ce mandement était un moyen admirable pour donner la paix, et que tous les amateurs de la vérité et de cette paix l'avaient reçu avec joie et avec applaudissement. Cela est contraire à la vérité, et on emploierait une grande feuille de papier des noms des personnes de l'un et de l'autre sexe à qui cetteordonnancedesigner le formulaire (par quelques paroles qu'on se soit efforcé de la rendre spécieuse), a paru toute lamentable, et qui ont dit que c'était une chose honteuse de se réjouir et de faire triomphe de cette ordonnance; et que si l'on avait la f;.iblesse de s'y soumettre pour s'accommoder au temps, au moins on ne le devait faire qu'en gémissant et qu'en pleurant. Ces personnes, qui aiment de tout leur cœur la vérité, se réjouirent aussi de tout leur cœur quand elles apprirent que la cour s'opposait à ce mandement et le rendait nul. Au lieu de regarder ce mandement comme un miracle, ainsi que quelques-uns de nos amis, elles regardèrent au contraire la ruine de ce mandement comme une protection toute miraculeuse sur les personnes qui aiment la vérité. En effet cet événement a détourné mille lâchetés, mille confusions, etaréuniceuxqui s'allaient diviser. Je prie Dieu qu'il nous apprenne àsouffriretqu'il nous mette dans le cœur cette parole de l'Evangile qu'on lit en ce saint temps: Beatiquipersecutio7iempatiuntur propter jîistitiam. 11 fautquelesprétresdeJésus-Ghristaientautantde précaution, de délicatesse et de défiance à l'égard des choses qui peuvent faire la moindre atteinte à la générosité sacerdotale et à la fidélité de leur ministère, que les vierges en doivent avoir à l'égard de la pudeur. Il faut que les moindres propositions et les moindres pensées de faiblesse et de relâchement leur fassent horreur. Cependant il a paru que nous avons été assez éloignés de cette délicatesse, de cette défiance et de cette horreur en ces derniers temps, de sorte que tout ainsi que lorsqu'une vierge se relâche de sa première rigueur et se laisse aller à quelque complaisance à l'égard des hommes, il est fort à craindre qu'enfin elle ne se laisse corrompre ; de même nous devons beaucoup appréhender que ceux qui se sont mis dans l'esprit que la voie toute faible et toute
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lamentable de la publication du formulaire par le mandement était assez digne d'être suivie et assez propre à la cause qu'ils soutenaient, ne suivent enfin les accommodements humains qu'on leur pourra proposer, et ne trouvent des prétextes de condescendre aux volontés de la cour, qui leur paraîtront fort honnêtes. Dieu veuille les en détourner par sa miséricorde infinie, et veuille nous donner un esprit de force, de confiance, de constance, d'humilité, de prière, afin que nous demeurions attachés à lui jusqu'au dernier soupir de la vie, et que cette fidélité entière et parfaite, qui est, selon les Pères, la virginité de l'âme, ne soit jamais violée. »
La force de M. l'abbé Le Roy se faisait voir dans cette lettre, mais avec quelque sorte de dureté, et qui avait je ne sais quoi de l'air de Lucifer ', évêque de Cagliari. MM. d'Alet et d'Angers justifièrent dans la suite la conduite que les grands-vicaires avaient tenue, et publièrent quelques années après des mandements dans lesquels le formulaire fut inséré avec de bonnes restrictions, et ceux dont cet abbé craignait la chute furent soutenus par une miséricorde, visible de Dieu, qui leur conserva jusqu'à la fin l'amour de la vérité sans craindre les plus effrayantes menaces de la cour*.