‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 199 sur 440 · LIVRE xxvii · texte numérisé non relu

LIVRE xxvii

Faculté de Paris et cousine de M. Taignier, docteur en théologie, qa'il y reçut tous les sacrements, et fut enterré sans que sa mort, arrivée le 11 octobre, fît aucun éclat dans le monde.

Le deuxième jour de novembre, Dieu finit les peines et les travaux de M. Delahaye, très sage et très vertueux ecclésiastique, que l'on a vu ci-dessus chassé de l'hôpital des Incurables par des soupçons injustes et injurieux à son innocence et à sa réputation. Il avait aussi été chassé du monastère de Bellechasse par une lettre de cachet, quoiqu'il eût signé l'écrit que l'on avait désiré de lui. Il mourut dans le village de Meudon, chez M"^^ la duchesse de Saint- Simon', et édifia tout le monde par sa parfaite résignation aux ordres de Dieu, en déclarant qu'il n'y avait que lui seul à qui il se fallait attacher, et exhortant cette dame, par la charité qu'elle avait pour lui, de n'avoir nulle autre sollicitude que celle-là.

Cette mort fut suivie peu de jours après de celle de M. Perrault, docteur de Sorbonne, qui avait été tellement pénétré de douleur sur les désordres de l'Église que l'affliction de son âme fit une forte impression sur son corps et lui fît perdre l'usage de cette vie dans la fleur de sa jeunesse, au grand regret de ceux qui connaissaient la solidité de son jugement, la pureté de sa vie, l'étendue de sa capacité, et l'ardeur de son zèle pour la défense de la vérité. M. Haslé, aussi docteur de Sorbonne, qui l'avait vu souvent pendant le cours de sa maladie, dans un voyage qu'il avait fait à Paris, écrivit cette lettre à M. Varet, ecclésiastique, leur ami commun, ayant appris la nouvelle de cette mort.

« Ce 10 novembre 1661.

« Monsieur, t< Il est juste que je me console avec vous de la mort de notre très cher ami. Comme je ne doute point que votre cœur n'en soit percé de douleur, vous pouvez aussi vous assurer que j'ensuis extraordinairement affligé, et tous nos amis qui ont appris ces funestes nouvelles. Je reçus hier deux lettres. J'ouvris la vôtre la première, sachant bien

1. Diane Heariette de Budo?, morte en 1670, première femme de Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires. V 22

qu'elle m'apprendrait des nouvelles de celui qui était toujours présent dans ma pensée. Sa lecture m'avait rempli de joie ; mais l'ouverture de la seconde me plongea aussitôt dans une extrême tristesse. Que ferons-nous, monsieur? nos larmes le rappelleront- elles? Gela ne serait pas juste. Il est dans la paix auprès de Dieu avec les anges bienheureux. Le plein repos qu'il possède Téloigne de toutes les agitations de ce siècle ; il n'appréhende plus ni la malice, ni la surprise des hommes, ni même sa propre faiblesse. Ne lui envions point son bonheur, mais gémissons de notre infortune. Que je m'estimerais heureux si je l'avais accompagné ! Puisque les forts s'en vont, pourquoi les faibles demeurent-ils? En vérité je tremble quand je pense à toutes ces choses. Il ne faut pas pourtant se décourager, puisque Dieu peut affermir immobilement les plus faibles roseaux. L'expérience de nos chutes nous fait connaître que nous ne pouvons rien, mais la foi nous apprend que nous pouvons tout en celui qui nous soutient. La perte que nous avons faite en ce décès est irréparable ; mais l'exemple de la générosité de ce cher défunt peut vivre éternellement dans notre cœur, et nous soutenir dans toutes les faiblesses qui nous peuvent arriver, ou de dehors, ou de nous-mêmes.

« Je pense que l'on aura soin de ses papiers. Il avait fait deuxtraitésconsidérables: l'undelaBlanque (de la Loterie), l'autre de la Résidence des évéques. J'ai vu le premier ; mais je n'ai pu voir le second. Il n'en avait pas la copie lorsque je fus à Paris, mais seulement des mémoires qu'il faudrait conserver soigneusement, si la copie ne se trouvait pas. Je crois qu'il vous aura communiqué cet ouvrage.

« Pour ce qui est des affaires présentes, j'ai peine à croire que cette tempête tombe sur les particuliers, et vous avez moins sujet de craindre qu'un autre, n'étant point dans la Faculté ni dans l'exercice du sacerdoce. Un peu de patience et de retraite domestique vous mettra à couvert de tout. Nous avons jusqu'à présent su ce qui se passait. On nous a même mandé que la souscription serait proposée comme un témoignage que l'on rend aux constitutions, comme si on pouvait rendre honneur et déférence à des constitutions par un mensonge, et comme s'il était nécessaire, ou même si on pouvait faire cette déférence par un si mauvais moyen. Peut-être que la malignité de ce temps nous obli-

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