CHAPITRE V
Thèse soutenue au collège de Navarre en faveur des prétentions de la Cour romaine. Lettres de M. Arnauld et de M. de Bernières sur les affaires du tenaps.
Ceux qui flattaient les passions de la cour de Rome trouvaient cette conjoncture trop favorable pour négliger ses intérêts. On en vit une preuve toute nouvelle dans une thèse de grande ordinaire soutenue au collège de Navarre le 44 du mois de juin par un bachelier du nombre de ceux
qu'on appelait Bagotiers, c'est-à-dire qui étaient d'une congrégation gouvernée secrètement par le Père Bagot, jésuite. Cette thèse, dédiée au pape, contenait des éloges extraordinaires au lieu d'épître dédicatoire, et on y voyait ceux-ci entre les autres :
« a) Immobili fideifundamento— Aug. serm. 124 de tempore.
« h) Capiti sanctitatis et Ecclesiœ. — Âmbr. serm. 66.
« c) Episcopalis coronœ principi. — Theod. nov. 24.
« d) Vertici Theologorum supremo. ~ Dionysius de divin., rer.
« e) Doctori omnium christianorum et Patri. — Concil. Flor. c. 25.
« f) Cceli judici nunquam falso, nunquam fallenti. — Hilar. psal. 131'. »
M. de Tulle, qui présidait à cet acte, devait avoir vérifié ces éloges avant que de les approuver par sa signature. Car s'il s'en fût voulu donner la peine, il aurait reconnu en moins d'une heure la fausseté de ces belles citations. Le sermon 124 de saint Augustin de tempore ne contient nul de ces termes de fondement immobVe de V Eglise attribués à saint Pierre. Il parle fortement de son délaissement et de sa chute, que Dieu a permise par un ordre secret de sa providence, parce qu'il devait gouverner son Église et qu'il lui avait confié les clefs du ciel, afin que son péché lui servît à tempérer sa sévérité naturelle et l'obligeât à traiter les pécheurs avec une plus grande indulgence.
11 ne se trouve un seul mot du pape ni de son autorité dans le sermon 66 de saint Ambroise.
La citation de saint Hilaire sur le psaume 134* était absolument fausse et ne fournissait aucun prétexte d'attribuer l'infaillibité au pape. Car voici ce que dit ce saint docteur sur ce que J.-C. avait donné le nom de Satan à saint Pierre lorsque cet Apôtre le voulut détourner de sa passion. Tanta ei religio fuit pro humani generis salute paliendi ut Petrum, primumfilii Dei confessorem, Ecclesiœ fundamentum, cœlestis regni janitorem et in terreno judicio judicem cœli,
1. Ces différentes citations sont empruntées à saint Augustin, saint Ambroise, Tliéodoret, Denis [le Chartreux?], au Concile de Florence, à Saint-Hilaire enfin.