‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 205 sur 440 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Fermeté des religieuses de Port-Royal. La Sœur Angélique de Saint- Jean écrit à M. Arnauld pour le consulter sur le second mandement des grands-vicaires.

Dieu, qui choisit assez souvent les choses du monde les plus faibles pour confondre les plus fortes, avait dans Port- Royal des épouses intrépides pendant que l'Église ne voyait que de la lâcheté dans la plupart de ses ministres.

La Sœur Angélique de Saint-Jean, qui s'était préparée [dès] longtemps à la persécution par la prière, par les gémissements et par les autres exercices de la vie religieuse, était plus en peine de sauver sa conscience parmi toutes ces révolutions et ces ordonnances irrégulières des supérieurs que de chercher des moyens de se conserver un repos temporel, qui était alors l'unique but des personnes de sa profession. Pour ne pas faire de mauvaises démarches dans une affaire de cette importance, elle consulta M. Arnauld, son oncle, et lui écrivit cette lettre le 9 de novembre '.

« Gloire à Jésus au Très-Saint Sacrement. « Vous savez, mon très cher Père, à quel point nous en

1. Ce passage, depuis : Il fondait son espérance, est barré au ms. et ne figure pas aux copies, sans doute parce que la même chose est rapportée plus loin.

2. Charles Paris d'Orléans (1649-1672) comte de Saint-Pol, puis duc de Longueville en 1663, tué au passage du Rhin.

3. Cette lettre et la suivante se trouvent imprimées dans l'Apologie pour les religieuses de P. R., 2" partie, p. 19 et 21, et au tome I de l'Histoire des persécutions' mais avec de nombreuses lacunes.

sommes, et que le temps est venu de recueillir le fruit de vos travaux, si vous n'avez pas travaillé en vain en cultivant tous avec tant de soin et de charité la vigne de Dieu qui va maintenant être vendangée et foulée, puisqu'elle n'est plantée que pour cela. C'est pourquoi aussi, grâces à Dieu, nous ne nous en étonnons point comme si quelque chose d'extraordinaire et d'imprévu nous arrivait. Car il y a longtemps que nous avons appris que : In hoc positse sumus. Ce n'est donc pas notre peine, puisqu'encore que nous ayons toute sorte de sujet de nous défier de notre faiblesse, nous nous confions si peu dans nos forces en cette guerre, que nous n'y entrons que pour confesser la grâce de Jésus- Christ, qui est notre bouclier et notre force. Mais ce qui nous afflige sensiblement est de voir que Ton ne convient pas de sentiments les uns avec les autres, et qu'on nous parle un langage différent de celui qu'on nous a tenu dans d'autres rencontres, qui ayant bien plus de rapport à la vérité nous a si fort persuadées qu'il n'est pas possible de se faire une nouvelle conscience pour croire présentement autre chose. Je vous parle dans la douleur de mon cœur d'une autre proposition qu'on nous fît hier, d'un autre modèle de signature que celui qu'on vous avait montré quand il fut question de signer, et que la signature vous paraissait si favorable, à cause du mandement qui était bon. Mais qui ne s'étonnerait du changement? Le mandement étant aussi bon qu'il pouvait être, on souhaitait alors de mettre une tête à la signature, pour plus grande assurance ; et maintenant, le mandement étant le plus mauvais qu'il puisse être, on affaiblit et on embarrasse de telle sorte ce qu'on prétend dire pour sauver sa signature, que pour moi, dans mon ignorance et ma simplicité, je croirais agir plus sincèrement de signer sans explication que de m'expliquer en des termes qui seront pris pour renfermer le même sens, et pour l'affirmer même davantage en le disant de son propre mouvement que si on ne faisait que souscrire seulement un mandement qui y oblige. Toutes les personnes qui y voudront trouver ce sens l'y trouveront très clair, et pour les autres, dont la passion cherche à nous perdre, ils y trouveront de quoi nous convaincre d'une fourberie et d'un déguisement, [dont je ne puis pas me résoudre à croire] que nous sommes obligées de faire péni-

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