‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 215 sur 440 · LIVRE XXVll · texte numérisé non relu

LIVRE XXVll

vous être utile que moi, que vous savez bien que je suis tout tel que je me promets à mes amis. Vous connaissez bien celui qui vous assure qu'il est toujours tout à vous. »

Les amis de M. de Bernières continuaient d'agir pour sa liberté. Mais il prenait le bon parti en se préparant à vivre et à mourir dans la persécution. C'est ce qu'on voit par une de ses lettres, écrite à M. Taignier le 25 novembre, dans laquelle même il lui parle avec compassion de l'engagement de M. d'Aubigny, leur ami commun, et du péril auquel il le voyait exposé. La voici' :

« Je dois répondre à vos deux derniers billets des 10 et 17 du courant, par lesquels on voit quelle est la variation de l'esprit de l'homme, et que Dieu se joue de tous les efforts que l'on a faits pour soutenir la bonne cause. Il est tout visible qu'il s'en veut réserver à lui seul la défense, et qu'il nous apprend qu'il n'est plus temps de parler, mais de souffrir. Je vois bien qu'il s'y faut préparer, et qu'il y a toute apparence que nos solitudes seront continuées. Aussi je vous assure que je ne cherche point à sortir de la mienne, et que je me tiens le plus heureux du monde d'être un peu à l'écart pendant le combat que l'on va rendre. Je ne vous estime pas moins heureux, et si vous avez quelque créance au meilleur de vos amis, vous vous retirerez le plus que vous pourrez de tout emploi. Il y a assez longtemps que vous agissez. Il faut quelquefois laisser faire Dieu, sans employer les remèdes humains. Il est plus puissant que tous les hommes, et il fait pour sa cause lorsqu'ils y songent le moins. Il y a plusieurs années que vous êtes dans l'acablement. N'êtes-vous pas bien heureux que vous soyez déchargé par une voie qui est toute de lui, et à laquelle vous n'avez aucune part? Il faut veiller pour soi et sur soi plus que jamais. Ne voyez-vous pas bien que tout ce que l'on a fait pour M. le cardinal de Retz et pour ses amis n'a servi de rien, et que pour conclusion on va voir un changement dans son diocèse, qui fait rire les amis du monde et pleurer ceux qui l'aiment en Dieu et pour Dieu? Pour mon particulier, je vois depuis mon départ la miséricorde de Dieu sur moi, et me consolant par la lecture des Saintes

i. Ce passage depuis : dans laquelle même, a été barré au ms. et ne figure pas aux copies.

Écritures, je goûte plus que jamais cette vérité, qu'il est temps de se retirer des œuvres extérieures et du grand commerce de lettres, quoiqu'il soit bon en soi et pour de bonnes choses. Mais à présent il faut dire plus que jamais avec l'Apôtre : Omnia miki licent, sed non omnia expediunt. J'espère, mon cher Monsieur, que vous ne trouverez pas mauvaise cette effusion de mon cœur, qui est tout ardent pour vous, et qui veut être plus que jamais uni au vôtre. Songez un peu sérieusement à tout ce que je vous mahde, qui est premièrement pour vous faire voir quelle est ma disposition, et par occasion pour vous faire connaître que je vous souhaite les mêmes biens qu'à moi-même. Je suis persuadé que si vous et moi ménageons bien notre solitude, que Dieu parlera à notre cœur, et que nous verrons les choses tout d'une autre manière, et que nous nous retirerons de bien des distractions, et nous nous séparerons à l'avenir plus que jamais.

« Vous avez bien fait d'écrire à votre ami' en la manière que vous me le mandez. Ses emplois me font trembler pour lui. »

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